Caligula

par |
En reprenant le personnage dangereuseument mégalomane de Caligula, Nicolas Leriche métarmophose ici sa danse par des corps torturés et consumés par la folie furieuse qui émane de l'empereur.

claigulaMalgré une technique toujours très classique, le chorégraphe détourne et retourne les conventions si chères à l’Opéra. L’androgynéité est de mise. Au milieu des spartes, tout de noir vêtus et à la gestuelle agressive, deux silhouettes féminines se dessinent. Mais la réciproque est aussi possible; au jeu du travestissement les hommes ne sont pas en reste et se mêlent volontiers au ballet des courtisanes, affichant la même tenue vaporeuse et dénudée.

Simple effet de style du chorégraphe? Peut-être pas…

Ces mélanges de genres donnent en effet lieu à des tableaux qui laissent perplexe. L’un de nos travestis se retrouve par exemple entouré par le corps de ballet, agressif et accusateur. Alors que la tension du groupe face à l’individu semble à son apogée, les violons s’arrêtent et la tromperie explose aux yeux de tous lorsque le danseur se déshabille. Le lynchage continu par une danse saccadée où la détresse du danseur s’accentue au fur et à mesure qu’il semble essayer de se défendre, nu face aux autres, toujours dans un silence effroyable. Pourtant dès le retour de la musique notre homme remet caleçon et jupe dorés du costume de courtisane pour repartir dans la danse sans plus d’explication à cette scène mystérieuse.

Le personnage de Caligula semble se déshumaniser au fil du spectacle. De sa posture royale du premier tableau, son personnage tiendra de King-Kong que du noble romain. Ses épaules se voutent, sa tête semble détachée du corps par l’étirement excessif de son cou et ses jambes arquées donnent à sa démarche un poids démesuré.

Comme une trace de l’humanité toujours présente derrière la monstruosité du mythe, trois danseurs en académique blanc apparaissent régulièrement. Accompagné par un fond sonore électrique et lointain, chaque geste est flotté, calme et grave. Ils portent sur scène le corps de la danseuse étoile, enroulé dans un voile blanc. Une fois sortie de son suaire, face contre sol, la danseuse est rejointe par Caligula pour un étrange pas de deux. L’histoire laissant entendre des pratiques incestueuses entre Caligula et sa soeur Drusilla, l’écho constant entre les partions des deux étoiles n’est pas sans évoquer la fraternité des personnages.

Mais si l’empereur inspire l’effroi à chacun de ses passages, laissant tout le corps de ballet à genoux, ces mêmes personnages affirment une danse presque érotisée en l’absence de Caligula . Les courtisanes s’agrippent à leurs guerriers et finissent par arracher les manches de leur costume pour les entrainer dans une danse où tous perdront le nord et la tête.

Bien que les topos du ballet classique se retrouvent dans les grands ensembles ou dans le personnage de l’étoile, sur pointes et en tutu blanc, la chorégraphie laisse part à la modernité. Les hommes sont portés par les femmes, celles-ci ondulent sans pudeur et même Caligula échangera d’intimes caresses avec un danseur imageant son cheval. Parenthèse dans l’histoire, ce tableau amènera une dernière touche d’humanité dans le déclin du tortionnaire. Comme apaisé par la présence de « l’animal », le monstre rit et laisse l’humain réapparaître.

Grimaçant, titubant et perdu dans sa barbarie, Caligula sera finalement confronté à son double blanc. Un dernier pas de deux entre ces deux hommes, tragique et sensible, qui se finira par la chute de l’Empereur s’écrasant sur scène avant le noir final.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article