Buddy Guy: Le blues retrouvé

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Métropolis, Montréal. Le 7 avril 2011. Assister à un concert de Buddy Guy, c’est être témoin d’une histoire d’amour, celle entre un homme de 74 ans et sa guitare. En résulte un blues aussi exalté qu’exaltant pour le plus grand bonheur du public, mais aussi au nom de quelque chose de plus vaste, de plus viscéral.

À la recherche du blues perdu… Pour commencer, il est important de distinguer deux formes de blues : le blues traditionnel alias le vieux blues, celui entre autres de Son House, Skip James et Robert Johnson et le blues électrique, celui de John Lee Hooker, Muddy Waters ou encore B.B. King. Buddy Guy appartient définitivement à la seconde catégorie. Et quant à être plus précis, il joue un Chicago Blues.

Buddy Guy a 74 ans et sa vie est dévouée au blues, un dévouement presque mystique ou la poursuite sans fin d’un rêve. L’artiste voit la venue de chaque spectateur comme un acte de soutien à cette forme musicale. Et la question se pose donc : le blues a-t-il tant besoin de soutien ? Est-ce une espèce en voie de disparition, un genre de dinosaure ? Il est évident que l’âge d’or de cette musique est derrière elle. À l’heure du hip-hop et de l’indie rock, le blues est une figure du passé ou une niche, à l’instar du jazz et du punk, et quand bien même des festivals y sont consacrés, on ne vend plus autant de disques, on ne diffuse pas les nouveautés sur les ondes radiophoniques. Alors Buddy Guy se bat à sa façon, avec sa guitare, avec son club, Legends, à Chicago, il consacre son existence à maintenir le blues en vie. Et en définitive, le blues rock est celui qui vit le mieux la modernité avec des groupes comme les White Stripes ou les Black Keys. Guy se sent un peu seul, portant sur ses épaules l’histoire du blues qu’il tient à offrir lui-même en cadeau au public, car les radios s’en foutent donc : « They don’t play blues at radio no more so If you want blues, call me ! ».

La performance a son lot attendu de solos de guitare ou de piano et ses surprises comme un bain de foule où l’artiste chantera et jouera au milieu d’un public au comble de la joie. Ce n’est pas gratuit, ce n’est pas seulement pour le spectacle, le blues, c’est une proximité, c’est un partage. L’émotion est indissociable de sa musique, l’humanité est comme un énième instrument dont les cordes vibrent à l’unisson, retentissant dans toute la salle du Métropolis. L’audience est conquise d’avance, pourtant l’artiste vit son set comme une conquête, comme s’il avait à prouver quelque chose. Guy prétend ne pas avoir répété avec ses musiciens, il ne vient que pour le public. « I’m not throught, I’m gonna be here all night ».

Du côté de chez Jimi… Buddy Guy était une des influences de Jimi Hendrix, mais lorsqu’on le voit jouer, on devine que le fils de Vaudou est devenu à son tour une influence pour ce qui est de ce jeu au corps-à-corps avec l’instrument, jouant avec les dents, le bras, allant jusqu’à se frotter le dos avec les cordes frôlant on se le demande, l’improvisation. « Nobody sleeps with me but my guitar » chante-t-il. On veut bien le croire.

La générosité de l’artiste et de ses quatre musiciens est grande et son discours vient du cœur, alors on lui pardonne aisément les brutales interruptions en plein morceau et ses imitations hommages de John Lee Hooker et de son ami Éric Clapton parmi d’autres. À tant défendre le blues, Buddy Guy fait presque figure d’un artiste engagé à tendance mélodramatique, une victime de son époque, un survivant d’antan. Le format de son concert est loin de ce à quoi nous sommes habitués : deux heures sans pause. Loin de la petite heure avec son rappel d’une dizaine de minutes des groupes de la scène actuelle. Guy clôture son set avec une reprise de Fever à tendance jazzy, une déclaration d’amour à son public, aux gens qui croient encore au blues.

Il joue comme si le blues était perdu dans ce monde fait de hip-hop et autres genres privilégiés, il joue pour garder ses souvenirs, son héritage. Il joue comme pour un devoir de mémoire, mais par-dessus tout par amour de la musique, par amour du blues, parce que ça le rend heureux, tout simplement. Et il est fort à parier que c’est ainsi qu’il vivra sa vie jusqu’à son dernier souffle, sa dernière note, ressuscitant le blues avec une totale dévotion, abolissant toutes limites, surtout celles du temps.

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Site officiel: http://www.buddyguy.net/

Site Buddy Guy’s Legends: http://www.buddyguys.com/

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

1 commentaire

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  1. 1
    Melissandre L.
    le Jeudi 10 novembre 2011
    Melissandre L. a écrit :

    Complètement jalouse!

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