Broken Flowers

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Entre Road trip désabusé et rêve onirique, Broken Flowers, Grand Prix du Festival de Cannes 2005, appartient à cette catégorie de films à clés multiples qui laissent au final le spectateur aussi désemparé et perdu que le personnage de Bill Murray lui même.

brokenDon, célibataire endurci ayant fait fortune dans l’informatique, reçoit un beau jour une étrange lettre anonyme lui annonçant qu’il est le père d’un jeune homme de 19 ans. Cette nouvelle va le bouleverser beaucoup plus qu’il ne veut bien se l’avouer et c’est poussé par Winston, son ami et voisin, que Don va parcourir les États Unis sur les traces de son passé, à la recherche de ses anciennes petites amies, dont l’une d’entre elles pourrait bien être la mère de son enfant.

Entièrement construit sur le personnage de Don, Broken Flowers est une sorte de Bill Murray Show ou plutôt faudrait t-il parler d’un Bill Murray anti-show . Le regard désabusé et mélancolique, la démarche guindée, enlaidi dans d’horribles survêtements rapiécés et donnant l’impression de porter toute la tristesse du monde sur ses épaules, Bill Murray est parfait dans la peau de ce Don Juan moderne et vieillissant, faisant le bilan de sa vie et n’y trouvant qu’occasions gâchées et vains regrets.

À l’instar de son rôle dans le Lost in Translation de Sofia Coppola, il arrive à transmettre au spectateur une palette incroyablement riche d’émotions et ceci par un simple haussement de paupières ou un léger plissement de lèvres. Performance d’acteur certes, mais pas très original en définitive pour Bill Murray qui semble se complaire dans ce registre depuis quelques temps déjà.

Mais réduire ce film à la simple prestation de Bill Murray, si bonne soit t-elle, serait un peu trop simpliste. Les seconds rôles y ont une place prépondérante et apportent énormément au film. Jeffrey Wright en voisin éthiopien, fan de romans policiers, est irrésistible de drôlerie et Sharon Stone, Julie Delpy ainsi que Jessica Lange y sont éclatantes.

C’est bercé par le jazz funky de Mulatu Astatke, talentueux artiste éthiopien des années 60/70, que le spectateur traversera les États Unis dans une sorte de brouillard éthéré, dans lequel tout se ressemble et tout se confond. Partout les mêmes aéroports, les mêmes routes, les mêmes voitures de location, les mêmes chambres de motel et si chaque rencontre est différente, le regard des ex-conquêtes de Don est quant à lui toujours identique. Un regard empli d’une profonde tristesse, vestige d’un amour aujourd’hui perdu.

Car ce film est avant tout une histoire sur le temps qui passe, sur ces instants perdus et ces occasions manquées. Avec son ambiance très onirique, Broken Flowers en déstabilisera certainement beaucoup. Oscillant en permanence entre rêve et réalité, et essayant constamment de désorienter le spectateur et de le pousser à se forger sa propre interprétation des choses, Jim Jarmusch en vient presque à se la jouer David Lynch .

Le panache et la folie en moins.

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Image de : Fondateur de Discordance.

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