Broadcast and The Focus Group – Investigate Witch Cults Of The Radio Age

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Plutôt bien accueilli par les critiques, cet album semble être victime d'une certaine incompréhension de la part d'une partie de ses auditeurs. Pourquoi ? Tout simplement parce que cet album n'est pas l'album « traditionnel » de Broadcast (même si ce terme ne s'applique jamais réellement à Broadcast) que certains attendaient.

Image de Ghost Box Label Broadcast étant désormais une valeur sûre du monde de la pop électronique, et le disque étant publié sur Warp, on aurait effectivement pû s’attendre à quelque chose de plus proche de leurs albums précédents. Pour comprendre pleinement ce disque, il faut prendre en compte la deuxième partie de l’équation : Julian House, alias The Focus Group, fondateur du label Ghost Box

Fondé en 2004, ce label est l’un des plus intrigants de la scène musicale actuelle, avec une identité graphique très spécifique (toutes les pochettes sont dessinées par M. House himself), associée à un style musical particulier : le hauntology (ou hauntological, c’est selon). Cherchant plus à évoquer une atmosphère rétrofuturiste (plus précisément, la façon dont le futur était imaginé dans les décennies précédentes… tout un programme), et s’inspirant de programmes radios ou télévisuels, ce courant peut donc s’exprimer sous diverses formes : on trouve ainsi aussi bien du hauntology à l’état pur dans les collages étranges – et souvent magnifiques – sortant chez Ghost Box que s’immisçant dans le folk électronique de Mordant Music, voire dans le dubstep de Burial.

A priori donc, rien à voir avec Broadcast, même si la pop électronique souvent mélancolique de ces derniers paraît parfois toucher à des territoires similaires. Mais c’est précisément ce qui fait tout l’intérêt de cet album : il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition des genres des deux groupes, mais bien d’une collaboration. Il en résulte un son unique, définitivement nouveau, quelque part entre les deux. On retrouve avec plaisir la voix inimitable de Trish Keenan, les sonorités de synthétiseurs analogiques qui ont marqué les deux précédents albums de Broadcast; mais ceux-ci sont mélangés, dilués dans l’atmosphère sombre et oppressante créée par The Focus Group. Et alors que l’on pourrait imaginer que ce mélange se révélerait indigeste, il renforce en réalité les éléments des deux groupes : soutenues par cette atmosphère sombre, les mélodies de Broadcast paraissent encore plus mélancoliques, alors que les collages de The Focus Group sont enrichis par ce chant spectral, flottant sur les diverses couches sonores.

Image de Brodcast and The  Focus Group Bien évidemment, cette oeuvre est donc nettement plus expérimentale que les différents albums (excellents au demeurant) de Broadcast – et même que ceux de The Focus Group. Les premières écoutes risquent donc bien de se solder par une incompréhension, une impression d’être noyé dans un torrent bruitiste sombre. C’est avec le temps que se dévoilera l’ordre régnant derrière ce chaos apparent, que s’exprimera la mélancolie profonde cachée sous ces vingt-trois morceaux finalement pas si abstraits que ça. Et, par là-même, que le génie régnant sous cette oeuvre apparaîtra. Des titres comme le glaçant Make My Sleep His Song ou le superbe Will You Read Me, semblant banals au premier abord, se montrent progressivement dans toute leur splendeur; et l’on distingue plus nettement, ici et là, des éléments qui font toute la richesse de ce disque, comme cette frappante explosion de synthé au milieu de Libra, The Mirror’s Minor Self, la mélodie de violon de You Must Wake, l’introduction de Reception/Group Therapy, la superbe mélodie vocale de Royal Chant

Mais au-delà d’une simple expression d’un style résolument nouveau, ce disque est aussi une porte d’entrée privilégiée au courant hauntology, qui recèle de nombreuses perles, mais qui reste pour le moment injustement réservé à une très petite frange d’auditeurs. Une fois cet album apprivoisé, n’hésitez donc pas à vous attarder sur The Transactional Dharma Of Roj, probablement l’un des meilleurs disques électroniques de 2009, ou sur We Are All Pan’s People de The Focus Group, nettement moins sombre, mais tout aussi passionnant que cette collaboration (j’insiste) avec Broadcast.

Il ne faut donc pas s’attendre à l’écoute de ce disque à un nouvel opus de Broadcast, sur lequel serait venu se greffer Julian House, en prélude à leur nouvel album (qui devrait être publié cette année) : il s’agit bien d’une collaboration totale, chaque artiste jouant un rôle égal, aboutissant à quelque chose de nouveau, et à vingt-trois morceaux passionnants, contenant tous des éléments (souvent dissimulés) captant votre attention et vos émotions, et participant à la construction globale d’un album s’écoutant comme un tout.

C’est remarquable.

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A propos de l'auteur

Image de : C'est après avoir découvert Sonic Youth à 14 ans que je suis devenu passionné inconditionnel de musique. Après avoir découvert pendant 2 ans la scène rock indé, je découvre Autechre et Boards Of Canada et me rend compte que l'electro, c'est chouette également. Aujourd'hui, vous trouverez de tout dans mes écoutes et coups de coeur, de l'electro expérimentale à la noise, en passant par le hip hop, l'ambient, le glitch hop, etc, et en gros toutes les micro-étiquettes (skweee, hauntology, etc) que l'on peut rattacher de près ou de loin au genre "musique". J'écume les salles de concert de la région lilloise, et suis moi-même joueur de piano et de synthé.

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