Bons Baisers de Bruges

par Ren|
Deux tueurs à gages irlandais sont envoyés à Bruges sans en connaître la raison. Ray (Colin Farrell) broie du noir, s’imaginant déjà en enfer, pendant que Ken, son plus érudit comparse (Brendan Gleeson) développe un intérêt trop franc pour l’histoire de la ville. Un seul objectif apparent: oublier. Pour cela, rien de tel qu’une surenchère d’humour noir.

bruges Bons Baisers de Bruges (intitulé plus sobrement In Bruges en anglais) n’a aucune leçon à donner et c’est ce qui constitue indéniablement l’un de ses plus grands atouts. Les personnages montrent la voie: Farrell, en salaud négligeant qui se refuse en permanence au moindre effort – surtout dans le domaine culturel – mais qui ne donne jamais l’impression d’y prendre plaisir pour autant; jusqu’à ce qu’il révèle avoir laissé un enfant sur le carreau lors de sa dernière mission, un acte dont il ne peut se remettre.

Lorsque Harry ( Ralph Fiennes, brûlant) ordonne à Ken d’exécuter Ray, il décidera, conformément à ses principes, de l’envoyer à la place dans une ville lambda du continent avant d’en informer aussitôt son boss. Arriva ce qui devait arriver: règlement de comptes, course-poursuite sous la neige dans les rues d’une Bruges transcendée sous fond de guitare électrique, intervention d’un nain raciste américain dopé aux tranquillisants pour chevaux… Ce film conserve tout au long une ironie palpable qui nous incite à chercher une interprétation pour chaque scène, aussi ostensiblement grossière soit-elle. Comme cette altercation entre Ray et un Canadien irritable dans un restaurant de la ville, qu’il prend pour un Américain et qu’il accuse coup sur coup des évènements du Vietnam et du meurtre de John Lennon.

Ray est paumé, et le restera jusqu’à la dernière seconde. Farrell, quant à lui, a rarement été aussi convaincant. Plus que son accent dublinois enfin libéré, c’est son étrange jeu de sourcils (sans plaisanterie) qui semble prendre ici tout son sens. Le sentiment de culpabilité apparaît sporadiquement sur son visage, mais s’efface toujours dans un jemenfoutisme exacerbé.

Sans arrogance, Bons Baisers de Bruges impose une certaine classe. Visuellement tout d’abord, Martin McDonagh démontre une mainmise sur Bruges, la peignant sous différentes nuances, tantôt désespérément vide, tantôt bouillante, tantôt sauvage. La musique accompagne ces sauts d’humeur efficacement, même si l’exercice ne consiste au final qu’en une suite de variations de la mélodie principale. Mais plus que tout, c’est l’intervention de Ralph Fiennes qui sublime l’intrigue dans son ensemble, comme si le personnage représentait la « clé », à la fois celle de la narration du film ainsi que de son audacieux et souvent dérangeant sarcasme. Fiennes seul a le pouvoir de résumer Bruges telle qu’elle est ici construite. Son destin, bien plus ironique que tragique, n’en reste pas moins le plus touchant, réduisant le monologue final de Ray au rang d’anecdote. Mais là encore, Farrell sait montrer qu’il en a conscience.

Réalisateur prometteur, Martin McDonagh met notamment en scène une séquence étonnamment pertinente de questions existentielles dans un cercle fermé, ainsi qu’un éventail de réponses possibles, non sans un désir affiché de préserver l’opacité au coeur du mouvement. Quitte à donner l’impression de ne jamais faire de choix. C’est tout le mérite de sa création et, surtout, la source de son charme grisâtre.

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2 commentaires

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  1. 1
    Stedim
    le Mercredi 25 juin 2008
    Stedim a écrit :

    Marrant comme ,au visionnage de la bande annonce, j’ai eu l’impression qu’il s’agissait d’un sacré nanar !

  2. 2
    le Mercredi 25 juin 2008
    Ren a écrit :

    Je crois qu’avec un film pareil, une bande-annonce ne peut avoir qu’un effet aléatoire.. ceci dit je n’aime pas le trailer pour autant. En VO ça passe déjà mieux.

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