Musique // CD

Bon Iver – For Emma, Forever Ago

par | mise en ligne le Mercredi 16 décembre 2009

Justin Vernon. L’homme arrive, se pose, pond dix morceaux magnifiques et balance son album, comme ça, comme si de rien était, sorti de nulle part.

51hvqvmg5rl-_ss500_ Bon Iver, cassé en deux par l’abandon de sa copine, se retire aux fonds des bois, avec sa barbe, sa six cordes et sa canne à pêche, le temps de méditer sur cette rupture.

En ressortent dix chansons, truffées de ces petites mélodies venimeuses qui te tuent à petit feu, qui s’insèrent si profondément en toi qu’il est difficile d’y résister. Difficile de ne pas se laisser bercer, de ne pas céder à la tentation de se morfondre, de s’oublier, complètement. Juste pour le plaisir presque coupable que ça pourrait apporter. Juste parce que cette tristesse fait finalement du bien. Une voix haut perchée, parfois démultipliée, portant l’émotion si haut qu’il ne lui reste plus alors qu’à crier pour expier tout ce qu’il a, comme sur l’héroïque Skinny Love, toujours juste et jamais larmoyante.

Neuf chansons d’une mélancolie pure, d’une profonde introspection, menant alors à un dénuement et une sobriété admirables. Mais au-delà de ces qualités, la véritable réussite de cet album est d’être tout simplement arrivé à capter une ambiance, une atmosphère, ce petit quelque chose qui fait que cette musique évoque un endroit bien particulier. Pas étonnant alors que ce soit la forêt que cet ensemble ravive, une forêt touffue, en plein hiver, froide, mais d’une lumière pure, protectrice. C’est un voyage dans cette étendue boisée, coupant du monde extérieur, que constitue cet album, un périple dans la forêt de Justin Vernon, celle dans laquelle il nous racontera ses histoires et ses peines.

Un périple qui se termine sur les sept minutes de Re: Stacks, cocon d’une chaleur presque maternelle, de cette émotion diffuse, entre mélancolie, nostalgie et espoir, qui annihile toute velléité de tenter autre chose qu’appuyer sur la touche Repeat. Encore et encore, jusqu’à l’infini.

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A propos de l'auteur

: Pacush Blues, sur ses 20 ans, aime le pâté en croûte, les jantes alliages, 5ive et le jokari. Il écrit sur Discordance depuis quelques années, mais tout le monde sait que ce n'est qu'une piètre couverture par rapport à ses activités liées au KGB. Malgré cela, celui-ci centre la plupart de ses articles sur de la musique minable et sans intérêt : repoussante, velu, bourrine, expérimentale et souvent particulièrement pète-couilles. Mais Pacush aime la chaude transpiration des salles de concert, et te fera donc partager quoi qu'il en soit chacune de ses sorties nocturnes avec un enthousiasme par-delà le réel. Observe et apprends.

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