Björk – Volta

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Et voilà. Après deux bonnes semaines nécessaires pour prendre un recul indispensable, voici que j'ose enfi en parler. A mes risques et périls, alors que tout le concept Björk reste pour moi quelque chose d'intensément intuitif, personnel, intérieur.

bjorkC’est peu dire qu’il a été attendu, ce disque. La dernière fois que Björk nous avait gratifié d’une galette, c’était en 2005, avec la BO de Drawing Restraint 9 . Mais, le voilà enfin entre mes mains, dans une version collector très peu pratique, et dans le creux

Comme chacun de ses albums solo, Volta a été précédé de son lot de fakes, hoaxes et autres leaks . Mais aussi de quelques frayeurs. On se rappelle les interrogations qu’avait suscité la présence à la production de Mr Timbaland, coupable entre autre du dernier album de Nelly Furtado . Mais quand Björk fait appel à ce monstre des déjections R’n'B, ça n’est pas pour nous pondre des tubes. Face à ses beats convaincants et dévastateurs, elle saborde tout ce qui pourrait se rapprocher d’une mélodie conventionnelle, l’explose littéralement par un chant saccadé toujours sur la brèche.

Le résultat est là. La frustration aussi. Dix morceaux, dont 7 seulement qui méritent d’être écoutés en boucle. Assez peu en comparaison de cette si longue attente. Bref, partons d’un ordre croissant et totalement subjectif de réussite, histoire de finir sur une note positive.

Commençons par The Dull Flame of Desire . La coopération d’ Antony semblait réjouissante. Erreur. Dans cette chanson, tirée d’un poème russe, rien de réjouissant. Pour le coup, la mélodie est intéressante, les voix sont sublimes, MAIS geignardes. Superposées l’une à l’autre ET aux cuivres ridiculement pompeux, elles se changent en une espèce de bouillie informe, qui, de plus, se traîne en longueur. Björk n’a cessé d’évoquer le côté humoristique de ses chansons, leur dérision. Ici, je ne le vois pas, et je n’ai aucune envie de le chercher. Je zappe.

Deuxièmes ex-aequo de mon classement à rebours, Vertebrae by Vertebrae et Pneumonia . Charmantes chansons en soi, uniformes, sophistiquées. Peut-être un peu trop ? Pas déplaisantes, mais pas le genre que l’on mettrait parce qu’on a un besoin urgent de les écouter. Les plus cinématographiques, mais aussi les plus conceptuelles. D’une Björk qui avait envie de s’amuser, on attendait plus de légèreté. Dommage.

Passons aux choses sérieuses : les 7 chansons dignes d’une écoute en boucle.

Avec My Juvenile , Antony se rattrape de justesse, sur la fin de l’album. Dans cette chanson, que Björk dédie à son fils Síndri, on assiste à une sorte de dialogue entre la protagoniste et sa conscience, rôle qu’ Antony joue à merveille. L’aspect, très comédie musicale, est bien mieux réussi que dans The dull Flame . et brille par sa simplicité. D’un autre côté, I see who you are est une gentille berceuse dédiée, elle, à sa fille Ísadóra . Les instruments exotiques qui se font échos et rebondissent dans l’air rendent l’ensemble plein de tendresse.

Passés ces 5 morceaux, on touche à la crème de la crème, et un classement devient délicat. Et force est de constater que les meilleurs crus de cet album sont soit les plus rythmés, soit. ceux de Timbaland .

Avec Hope , il nous surprend -vraiment- tout comme Björk d’ailleurs. Une intro effectivement très samplée, très R’n'B, mais que dire de la suite ? Apaisement total : des percus cools au possible, un petit rythme posé, et dites bonjour à la tranquillité africaine. On n’avait pas été habitué à ça.

Excellent.

Earth Intruders et Innocence sont les chansons les plus catchy et mélodiques. Les plus faciles à fredonner, et aussi deux des plus réussies. Point. Ajoutons que la première fait une introduction parfaite à l’univers africain qui parcourt Volta . Une sorte d’initiation tribale au vaudou. La seconde, avec sa puissance évocatrice et ses paroles incitant au partage, est le remède parfait à toute journée maussade.

Deux mots : bonne humeur !

volta_wallpaper_04 Declare Independance , c’est la réalisation d’un très vieux rêve : Björk goes industrial . Excepté Violently Happy et Pluto, certes infiniment convaincantes, on était jusque là un peu resté sur notre faim, pour ce qui est du déchaînement technoïde. Et là, on est servi : sorte d’hymne punk parodique, avec des cris comme on aimerait en entendre plus souvent, Declare Independence a ce quelque chose de viscéral qui rend le genre industriel si passionnant. De plus, la résonnance du thème de la chanson, entendue pour la première fois le 7 mai 2007, ne manque pas de titiller mes oreilles françaises :  » Declare independance! Don’t let them do that to you! « …

Quant à Wanderlust . Silence

On n’avait pas vu plus belle envolée dans sa carrière depuis, peut-être, Jóga, il y a 10 ans. La progression incroyablement forte des beats hachés contraste avec la fluidité d’une voix qui tantôt plonge dans le grave à la limite du faux, et qui tantôt s’envole et se perd dans sa puissance. Un grand, très grand moment, qui s’écoute fort, très fort, avec beaucoup de basses.

Au premier abord Volta est un album assez compliqué à intégrer dans la discographie de Bjork . Un peu comme s’il n’était qu’un projet parallèle. Cependant, au terme de ces deux semaines d’écoute intensive, j’y retrouve un peu de chaque album passé : les cuivres de Debut, l’esprit pop de Post, les beats lourds d’ Homogenic, le côté cinégénique de Selmasongs, la tranquilité de Vespertine, l’expérimentation de Medúlla, ainsi que la liquidité nautique de [Drawing Restraint 9->117] .

Mais Volta possède une forte identité propre, c’est un joyeux patchwork tribalo-cuivro-hip hop inimitable, et peut se vanter d’être l’album de Björk le plus CHAUD depuis Homogenic . C’est un album au fond martial, brutal – avec quelques moments de pitié.

On dit que la belle islandaise est d’avant-garde, on assimile ses derniers albums à un retour vers le primitif.

Elle dit simplement s’ennuyer vite, et s’empresser de passer à autre chose.

Moi, je dis que futur et le passé s’annulent, faisant simplement d’elle une femme pleinement et merveilleusement de son temps.

Pourvu qu’elle s’ennuie ferme, en ce moment….

Parce que j’ai déjà hâte d’écouter le prochain opus.

En savoir +

Site officiel: Björk.com

Site français: Björk.fr

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 25 mai 2007
    kyra a écrit :

    Suis pas une grande connaisseuse de l’entité Björk, mais je pense que l’aborder sur le versant émotionnel/intuitif est la meilleure façon d’être sincère, et ta chronique donne envie de s’y plonger sans gilet de sauvetage.

    Merci Violhaine :)

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Vendredi 25 mai 2007
    VIOLHAINE a écrit :

    Kyra, avec plaisir, et merci d’avoir lu ce long (très long) article jusqu’au bout !
    :)

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