Best Of Musique 2010

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On remet les compteurs à zéro pour 2011 : retour subjectif sur l'année passée par six chroniqueurs et photographes de Discordance.

Eymeric

Joanna Newsom – Have One On Me

Belle comme un ange de Botticelli, la voix nasillarde, quelques accents précieux Joanna Newsom semble faire son retour inchangée, un siècle après avoir été une des héroïnes disparues de Pique-Nique à Hanging Rock. Le soleil californien, les feuilles d’automne pressées entre les livres, un peu de terre d’Eden se retrouvent pris dans cette fresque musicale. Comme Joanna Newsom le dit elle même sur 81′ : « I tilled it with my two hands / And I called it my very own / There was no one to dispute my claim »

Dhafer Youssef- Abu Nawas Rhapsody

Des notes lumineuses s’élèvent dans l’air puis, autre temps, autre rythme, autre atmosphère, on tombe d’un décor à l’autre comme dans un rêve. De la suspension du temps à la surprise, on croit s’évanouir un instant dans la nuit avant qu’une étrange pulsation de désir nous saisisse. Dhafer Youssef fouette la coque de ce bateau-ivre, orchestre la mer à l’humeur bipolaire, un sourire au coin des lèvres. Une merveille à réserver aux amateurs de mystère.

Warpaint - The Fool

Morceaux solaires, de ce soleil qui fait naître les mirages (Undertow), pas lents dans la ville aux frontières floues (Shadows) ou vertige (Warpaint). Un top placé sous le signe du rêve et du soleil californien ne pouvait trouver meilleure conclusion qu’avec l’album qui a révélé Warpaint.

Samuel

Warpaint

Warpaint — The Fool

Après un parfait EP en 2009 (n’ayons pas peur des mots), ce LP offre une autre facette du groupe où chaque parole, chaque note structurent une atmosphère dans laquelle on plonge corps et âme, et alors qu’on y plonge, cette atmosphère alterne et chaque piste devient un univers aussi hypnotique qu’imprévisible. Dessinant une mélancolie en clair-obscur, The Fool s’impose comme un album fascinant, mais surtout envoûtant.

Four Tet — There Is Love In You

Le Mozart électro ! Kieran Hebden déploie ici toutes ses ressources de génie : autant peut-il se montrer dansant, autant peut-il fournir des pistes bien plus organiques et complexes. Neuf pistes d’électro aériennes qui nous font toucher le soleil. Rien que ça.

Deerhunter — Halcyon Digest

La structure d’Halcyon Digest surprend par une ouverture trompeuse : Earthquake, un morceau qui aurait la logique de clôturer l’album, mais le voilà pointe d’un iceberg qui cache sous sa surface vaporeuse un courant plus pop, un album magique. Desire Lanes et Helicopter sont incontestablement parmi les meilleures chansons produites en 2010.

Flying Lotus — Cosmogramma

Tout simplement impressionnant : l’esprit du hip-hop, l’âme du jazz, un corps électro. Cet album est un bijou organique dans un écrin expérimental. Il serait inconcevable de passer à côté, ne serait-ce que pour les majestueux Do the Astral Plane et … And the World Laughs with You, featuring Thom Yorke.

Ariel Pink’s Haunted Graffiti — Before Today

Kitsch à souhait, voire parfois complètement anachronique, la force de cet album réside dans le fait qu’il fonctionne malgré tout ! Ça peut sonner comme le générique d’une vieille émission (Can’t Hear My Eyes) ou comme un vieux jeu vidéo (L’estat), on peut y entendre un cri de Tarzan (Beverly Kills) ou quasiment plagier Joy Division (Revolution is a Lie) : le tout relève quasiment de l’épreuve de force ! Ajoutez à ça des titres de chansons disons… improbables (Menopause Man). En somme, c’est hier qui s’invite aujourd’hui pour nous offrir une nostalgie des plus audacieuses.

+ Mentions honorables aux excellents A Sufi and A Killer [Gonjasufi], La Reproduction [Arnaud Fleurent-Didier] et My Beautiful Dark Twisted Fantasy [Kanye West].

3 concerts : les expériences éclectiques.

sufjan-stevens2

Sufjan Stevens  : assister à Impossible Soul en live est une expérience en soi. Assister à un concert de Sufjan Stevens aussi en fait. Talent et générosité sont au rendez-vous et le public ne peut qu’être aux anges. Quel talent !

Grinderman : Nick Cave et Warren Ellis nous montrent ce qu’est le rock, le plus viscéral, celui qui vient des tripes, allant jusqu’à transcender leur travail studio. Grinderman, c’est excellent sur disque, mais c’est cent fois mieux en live.

DJ Shadow  : La Shadowsphère nous fait vivre la musique culte du DJ, cet illusionniste nourri par une volonté d’expression transcendante et transcendantale. Un des moments forts de 2010 qui on l’espère annonce un bon album en 2011.

Mentions honorables aux performances de Warpaint, Swans et bien sûr l’ultime concert d’Isis.

Et l’année prochaine ? En matière de musique, les attentes sont vaines tant la scène est dense et prompte à faire émerger un énième petit génie. Mais dans le genre prévisible, on espère les albums de Radiohead, Nick Cave and the Bad Seeds, M83 et bien sûr DJ Shadow, et surtout, on se réjouit à l’avance du retour de Godspeed You! Black Emperor.

Julia

Owen Pallett (Final Fantasy)

Owen Pallett – Heartland

Celui-là, on l’attendait au tournant et il ne nous a pas déçus : album symphonique aux atours pop, Heartland façonne un univers aux multiples entrées. On passe de l’intimité de Keep The Dog Quiet à l’amplitude de The Great Elsewhere, du calme à la tempête et on se délecte des nombreuses trouvailles. Encore plus lyrique qu’auparavant, Owen Pallett cuvée 2010 c’est l’audace sans la surenchère.

Caribou — Swim

Le génial Daniel Snaith signe avec Swim un album proprement réjouissant : tube de l’année (Odessa), hymne langoureux à la gloire du dieu Ra (Sun), credo tropical (Leave House), ritournelle de Nintendo (Jamelia), tous les coups sont permis. On a trouvé la recette pour rester en été toute l’année !

The National - High Violet

Affublé de l’étiquette de « groupe le plus classe du rock », The National poursuit avec brio le chemin tracé par The Boxer. Comment ne pas être happés d’entrée de jeu par le magistral Terrible Love ? Difficile aussi de rester insensible à England ou Anyone’s Ghost. High Violet c’est une averse new-yorkaise, et Matt Berninger qui débarque de nulle part avec un parapluie . Peut-être pas le chef d’oeuvre du groupe, mais un superbe album.

Syd Matters – Brotherocean

Le quatrième album des Parisiens explore les profondeurs de la vie aquatique et on se laisse porter par le flot mélodique. Le single Hi-Life cache d’autres très bons titres comme We Are Invisible et Lost. Plus lumineux que ses prédécesseurs, Brotherocean n’en est pas moins plein de détours et de recoins insoupçonnés.

SayCet — Through The Window

Une bulle en suspension dans l’air, le bruit de pas dans la neige, le vol d’un oiseau : Through The Window capture des instants organiques et en extrait leur substance électronique avec grâce.

3 concerts de 2010

Clues à la Route du Rock (Saint-Malo) — 20 février

Un set puissant autour de deux batteries et de la voix d’Alden Penner, toujours sur le fil. Orage scénique (Haarp, Approach The Throne) ou fragilité assumée (You Have My Eyes Now), Clues offre un son à double tranchant.

The Antlers au Scopitone (Paris) — 2 mars

Malgré une configuration de salle difficile, toute l’intensité de l’album Hospice se retrouve en live autour des trois musiciens menés par Peter Silberman. Les tempêtes Sylvia, Kettering et Two nous font encore frissonner…

LCD Soundsystem au Berlin festival — 10 septembre

Un James Murphy très en forme a transformé les pistes de décollage du tarmac de l’ancien aéroport Tempelhof en pistes de danse pour décollage immédiat vers les sommets de Yeah, Daft Punk Is Playing At My House et Get Innocuous. Extatique.

2010 et la musique extrême par Yves Tradoff

Dillinger Escape Plan – Option Paralysis

Il est vrai, DEP devient de plus en plus « accessible » avec les années. Si sa musique reste très énergique et tout aussi singulière, les compositions se font de plus en plus fines et l’intensité des titres fait l’objet d’une bien plus grande variation. Cette évolution réussie prouve que le groupe a encore bien des choses à dire et à nous apprendre. À compléter impérativement par une date live.

Kruger – Death, Glory And The End Of The World

Kruger a produit cette année son troisième disque, celui qui vient confirmer que son post-métal poisseux mérite une place de choix. Le disque est un mélange entre des rythmiques bulldozers sur lesquelles se greffe une voix atypique et de longs passages atmosphériques dont la progression s’avère aussi maîtrisée que désespérée : tout simplement le chaos dans une galette. Désormais, Kruger n’a plus qu’à manger les kilomètres pour expliquer au monde ce qu’il a à dire.

La chronique : http://www.discordance.fr/kruger-la-gloire-au-moins-10605

Meshuggah – Alive

Il fallait un disque live de cette trempe pour compléter une carrière brillante consacrée à l’exploration de la musique mathématique et déshumanisée. Meshuggah l’a fait et l’a bien fait. Le son est aiguisé comme il se doit — les guitares ont huit cordes, excusez du peu — et la musique est si carrée que l’on en vient à douter que ces gars soient effectivement faits de chair et de sang. Le combo suédois vient ainsi prouver que le courant musical fascinant qu’il a grandement contribué à créer n’a pas à rougir de ses racines.

Casey – Libérez la bête

Il y a une chose qui ne risque pas de changer : Casey est en colère et elle le sera probablement encore pendant longtemps. Toutefois, la rage qui la fait bouillir semble mieux canalisée. Les paroles sont construites sur des bases solides, plus qu’auparavant, et l’instru s’est enrichie, ce qui n’est pas négligeable. Un disque d’une densité déconcertante qui nous fera tenir en haleine un long moment, au moins jusqu’à la sortie du prochain album de Zone Libre avec qui elle a décidé de remettre le couvert.

2010 en trois concerts : il n’y a pas que les musiques extrêmes

Gogol Bordello par Phil Barbosa

Gogol Bordello à l’Élysée Montmartre — 18 mai

Gogol Bordello est une tribu avec un chef à moustache, mais pas de leader. Chaque membre est un chauffeur de salle à part entière, ce qui a le don de transformer chacune des apparitions du combo en un bordel aussi chaotique que vivant. Une bonne raison de parler des gitans en évitant les lugubres histoires d’expulsion, de discrimination et toutes ces choses proprement dégueulasses.

Le report : http://www.discordance.fr/gogol-bordello-gypsy-attack-15013

Morcheeba au Bataclan — 12 octobre

Après sept ans d’absence, Morcheeba a marqué son grand retour avec une série de concerts en France – le Bataclan était plein à craquer, évidemment. Toute sa discographie y est passée, sans pour autant négliger le petit nouveau Blood Like Lemonade. Skye Edwards a charmé les foules grâce à une voix apaisante et une joie manifeste de retrouver ses fondamentaux. Ovations méritées et nostalgie d’une carrière passée à détendre et à faire planer les gens.

Le report : http://www.discordance.fr/morcheeba-retour-en-grace-21405

Rodrigo y Gabriela au Zénith de Paris — 19 novembre

Rod y Gab ont réussi l’impensable : remplir des salles sans avoir à ouvrir la bouche. Le duo a laissé parler les guitares au Zénith de Paris dans un show plein de vie et de virtuosité. Gab a géré la session rythmique avec un jeu percussif tout simplement impressionnant tandis que Rod disséminait ses mélodies flamencos dansantes. Le guitariste de Testament est également apparu le temps de quelques morceaux. Un vrai show malgré un line-up minimaliste.

Le report : http://www.discordance.fr/rodrigo-y-gabriela-sans-voix-23180

Benjamin Dierstein

Crystal Castles – Crystal Castles II

Après un premier album qui avait fait l’effet d’une bombe en 2008, les deux fous furieux de Crystal Castles reviennent avec un album plus discret, plus sobre, mais toujours aussi torturé et magistral. Une pièce de maître capable de hanter les tympans pendant de longs mois.

Beach House – Teen Dreams

La dream pop à son sommet : certainement l’album aux arrangements les plus aboutis et aux harmonies les plus cristallines de ce qu’on a pu voir ces derniers temps. Un chef d’œuvre qui a ouvert la voie cette année à toute une vague de pop raffinée, mais dont aucun représentant n’a réussi à relever le niveau des deux Américains.

Caribou – Swim

Un album sensuel et chaud qui prend le contrepied de l’IDM actuelle et mélange allègrement electronica, pop, house minimale, disco et techno progressive avec un sens de la mélodie imparable. Le must electro-pop de l’année.

PVT – Church with no magic

Avec cet album surpuissant, écartelé entre expérimentations terrestres et harmonies célestes, PVT délivre une pop mutante, complexe, qui transforme le math-rock en symphonie divine. Ajoutons-y les albums de !!! et Gonjasufi, et Warp, en plus d’être la référence electro, a prouvé qu’il était devenu un label phare de l’indie pop.

LCD Soundsystem – This is happening

Depuis 2005, James Murphy règne sans conteste sur la galaxie electro-rock, et il vient de prouver avec ce troisième album que ça n’est pas prêt de changer. Références eighties, kraut, glam, punk, house, tout passe à la moulinette pour un résultat tonitruant, une formidable machine à danser.

Melchior

Top 5 CD

- Belus — Burzum
- Owen Pallett — Heartland
- Arcade Fire — The Suburbs
- Electric wizard — Black masses
- Liturgy — Renihilation

Top 3 live

Woven Hand au Berns Salonger, Stockholm

Woven Hand @ Berns Salonger, Stockholm © Melchior Tersen

Arcade Fire à Rock En Seine

Arcade Fire @ Rock En Seine © Melchior Tersen

Om à Villette Sonique

Photo de Une : Mona D’Oatmeal Queen

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

5 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 23 décembre 2010
    Simon a écrit :

    Merci Melchior,
    si Arcade Fire n’avait été mentionné dans aucune liste j’aurais été découragé…

  2. 2
    Nicolas Brunet
    le Jeudi 23 décembre 2010
    nico a écrit :

    D’un autre côté, Suburbs n’est pas excellent non plus.

  3. 3
    le Samedi 25 décembre 2010
    Domino a écrit :

    D’un coté Arcade Fire n’est pas excellent non plus…

    Par contre Warpaint quelle claque! Et rien que Theresa Wayman vaut le détour ah ah, juste devant la bassiste!

  4. 4
    Cindy Rocher
    le Jeudi 30 décembre 2010
    Cindy R a écrit :

    sur la même longueur d’ondes que Ben pour les albums 2010 !!
    j’aurais ajouté Blue Sky Noise de Circa Survive en best album de l’année pour ma part ^^ souvenir mémorable avec Phil A. lors du concert à la FDO.

    pour les best shows ever of 2010 :
    en tête : The Prodigy – Zenith de Paris
    Pendulum – Elysee Montmartre de Paris
    Festival Rock dans tous ses etats – Evreux

    En découverte in extremis de fin décembre je vous conseillerai d’aller jeter un oeil aux sons envoûtants d’Experimental Aircraft. (checker sur leur myspace (http://www.myspace.com/experimentalaircraft): le morceau Stellar m’a submergé en quelques notes incisives… Leur album Third Transmission a apporté LA bouffée d’air frais que j’attendais en cette fin d’année. Je vous le consent l’opus date de 2008 mais la découverte est récente. GAS !!! : Groupe A Suivre donc ;)

    Un retour sur Lungs de Florence + The Machine et en particuliers sur le titre Cosmic Love me ferait presque regretter 2009…

    C.

  5. 5
    Yves Tradoff
    le Vendredi 31 décembre 2010
    Yves Tradoff a écrit :

    Merci Melchior, grâce à toi j’ai réparé une erreur de taille : ne pas avoir écouté le nouveau Electric Wizard. Du lourd.

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