Bertrand Soulier

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Bertrand Soulier est un auteur compositeur plutôt spécialisé dans les tubes... des autres. Et ça doit être certainement très frustrant de n'entendre ses chansons que derrière la voix des autres. Quoi de plus naturel donc que de prendre son courage à deux mains et de tout faire pour pouvoir s’approprier entièrement ses petits bébés.

2895279699_f0d7dcef52-2 Bertrand lui, il n’aura pris son courage qu’à une main et demie, trouvant le moyen d’enregistrer ses chansons sans pour autant prendre le risques des multiples étiquettes qui peuvent rester coller à jamais dans la vie d’un artiste.

Tout simplement intitulé Discorama ou le best of imaginaire, le premier album de notre trentenaire s’apparente à une compile d’un artiste qui serait né dans les année 50 et qui regrouperait donc ses meilleurs chansons de 1977 à 2007. Il y a visiblement de l’idée et à la vue de la rubrique Muséum que cache son site, il est clair que notre chanteur n’a pas fait le travail à moitié. Ses pochettes de disques déclinant Bertrand Soulier sous les traits de Gainsbourg ou de Maxime Le Forestier sont un excellent moyen de crédibiliser l’artiste imaginaire crée pour l’occasion.

Très intéressée par l’esprit farfelu qui a pu avoir une idée pareille, me voici donc à lui poser quelques questions quelques heures avant son passage sur la scène de la Bellevilloise. Attention ça balance !

Bertrand Soulier c’est votre vrai nom ou c’est le nom du personnage ?

Bertrand Soulier : En fait je m’appelle John McKonfield mais j’ai trouvé que Bertrand Soulier c’était mieux ( rires ). Non, non. Mon vrai nom c’est Bertrand Soulier .

Vous avez écrit et composé pour de nombreux artistes. Pendant combien de temps avez-vous fait cela ?

Bertrand Soulier : En fait je continue toujours. C’est un modèle économique qui permet de vivre. C’est à dire que quand on écrit une chanson pour Florent Pagny, on arrive à en vivre, mais quand on sort un disque c’est difficile avant d’être émergeant. Donc ça permet de se faire un peu connaître et de remplir le frigo.

Dans votre bio vous affirmez clairement que la musique est un moyen de vous sortir d’une rupture douloureuse. Vos chansons sont-elles des exutoires ?

Bertrand Soulier : Plus maintenant, je crois. Mais j’ai toujours écrit mes chansons sur des bloc-notes, comme ça me venait à l’esprit. Soudainement. Vous savez, écrire des chansons c’est un passe-temps, ce n’est pas un métier. Donc parfois c’est un exutoire mais parfois ce sont des histoires qu’on a vues ou qu’on nous a racontées. Quand on est ado, on écrit les pires chansons mélancoliques parce que ça faisait deux semaines qu’on sortait avec la fille et qu’on pense qu’on ne s’en remettra jamais. Mais en devenant adulte on est mieux dans ses baskets et on essaie plutôt de faire partager un peu de son expérience aux gens, plutôt que de passez son temps à se plaindre.

Donc vous composez et vous écrivez ?

Bertrand Soulier : Ouais

Est-ce la musique qui prime ? Les paroles ? Les deux à la fois ?

Bertrand Soulier : Je suis un ancien publicitaire et pour moi une chanson c’est un slogan donc j’ai une phrase qui vient tout de suite avec un rythme. Et puis après je fonctionne avec mon téléphone portable où j’enregistre mes paroles dans des brouillons. Alors j’ai des tonnes de brouillons avec des bouts d’idées et même s’il me faut deux ans pour avoir la chanson en entier, une fois que j’ai toutes mes petites phrases qui sonnent bien, je les arrange et en un quart d’heure la chanson est faite. Ça prend deux ans et un quart d’heure en fait.

Dans votre album c’est vous qui avez choisi les musiciens qui vous accompagnent ?

Bertrand Soulier : Ouais, le bassiste est un de mes meilleurs amis, on se connaît depuis des années. C’est un choix très étrange car ce n’est pas un musicien professionnel, mais moi je suis bassiste et je ne voulais absolument pas jouer de la basse sur mon album. Je me suis dit que si je prenais un musicien que je ne connaissais pas ou même une recommandation d’un pote, j’allais passer ma vie à l’insulter. J’ai donc choisi de prendre un vrai ami pour être sûr de ne pas l’insulter. Quant à mon batteur, c’est un batteur professionnel. On se connaît depuis des années et on a fait énormément de concerts ensemble.

Vos musiciens suivent-t-ils vos compositions à la note près ou ont-ils une part de liberté dans l’instrumentation ?

Bertrand Soulier : Il y a quand même assez peu liberté. J’arrive en studio avec une pré-production, mais après si le musicien veut essayer quelque chose, je suis toujours ouvert. Soit c’est bien, soit ça ne l’est pas, mais ça fait longtemps qu’on travaille ensemble. C’est une tournure d’esprit. C’est vrai que dès que vos musiciens connaissent votre univers, ça permet de gagner un temps incroyable.

Au niveau de la promo de Discorama comment l’organisez-vous ? Car j’imagine que le concept du best-of imaginaire ne doit pas être des plus facile à vendre ?

2896121218_6a9e16f087-2Ça a été assez compliqué pendant trois mois et puis après ça a été simple car c’est vrai qu’il y a eu beaucoup de papiers. Donc les journalistes vont faire un tour sur le net où les choses sont bien expliquées. C’était un peu compliqué à faire comprendre à tout le monde : à la maison de disque, aux attachés de presse et puis c’est surtout qu’il y a plein de gens qui s’en foute du concept, ils entendent le titre à la radio et donc vont acheter l’album à la FNAC sans s’intéressera au processus de création. Mais c’est très marrant car ça permet quand même de présenter son travail aux gens et comme je suis assez versatile musicalement, ça me donne des indications sur ce que les gens aiment bien et ça me permet de voir ce que je pourrais appuyer sur mon deuxième album. Pas au niveau commercial pour en vendre plus mais plutôt parce que quand on fait un disque, autant le faire pour faire plaisir aux gens.

Vous avez quand même trouvé une sacrée bande pour vous suivre dans vos délires car sur votre site web, il y a plein de pochettes de CDs, des faux albums avec de faux tubes…

Bertrand Soulier : C’était l’idée de s’éclater un peu. Je ne voulais pas faire l’éternel premier album du chanteur français avec sa gueule plein pot, avec les mêmes arrangements, avec la batterie derrière et la guitare devant que tout le monde a. Ça me fait un peu chier la nouvelle scène française. L’idée c’était de se marrer en faisant le disque et puis de se démarquer un peu. Je ne sais pas comment font les journalistes, car avec en une semaine la sortie des albums de Da Silva et de Joseph d’Anvers, ça doit être difficile de faire deux papiers sans répéter deux fois la même chose.

Et puis j’aimais l’idée de faire un premier disque comme si c’était le dernier. Vous savez quand on fait un disque on ne sait jamais combien on va en vendre. Être disque d’or aujourd’hui c’est un accident. Personne ne peut dire que son disque sera disque d’or. Donc c’est aussi un album sur la fin d’un monde, c’est un vrai clin d’oeil à tout ce qui a était fait avant. Chaque chanson a son tube de référence à une époque et ça me plaisait bien de faire sonner une chanson de 2007 comme si elle avait était écrite en 1971.

Vous n’avez pas peur qu’on dise que c’est une solution de facilité que de prendre l’ambiance sonore d’un autre pour composer ?

Bertrand Soulier : La chanson de toute façon elle est écrite, c’est intemporel. Qu’il s’agisse de Ne me quitte pas ou de Smell Like Teen Spirit de toute façon il y a un mec qui chante sur de la musique. Après ce qui est drôle, c’est quand votre propre label vous dit que pour le single ce sera tel morceau et que vous vous auriez préféré tel morceau et que tout ce qu’ils trouvent à vous répondre c’est « Non ça sonne trop 74 ». Ça me fait hurler de rire, car en ce moment il y a quand même la Terre entière qui se tripote avec Duffy et Amy Winehouse qui sonnent typiquement seventies. C’est un éternel recommencement. Ce ne sont jamais que des boutons que l’on tourne avec des potards qui crachent du son. Je ne sais pas si c’est de la facilité ou pas, en tout cas c’était marrant.

Et puis il y a plein de gens qui écoutent le disque et qui n’ont pas son histoire. Hier il y a quelqu’un qui me saute dessus et qui me dit « C’est toi qui fait ça, c’est fort on dirait du Manu Chao » Et t’as envie de dire « Ouais c’était l’idée ». Donc au lieu que les gens disent « lui il a tout pompé sur untel», moi je le prends au contraire comme un compliment. Et après sur scène les gens ressentent les chansons différemment et se rendent compte que c’est au moins aussi moderne que ce que font Joseph d’Anvers et Da Silva .

D’ailleurs sur scène comment est-ce que vous travaillez votre mise en scène par rapport à votre personnage ?

2895993248_d4f761c55b-2 Bertrand Soulier : Je suis quelqu’un qui parle assez peu. J’arrive, on joue, on se casse, je balance deux trois vannes et puis voilà. Je n’ai pas voulu rentrer dans le truc dire « Bonjour j’ai 65 ans » et de faire le mec que je ne suis pas. Pour moi c’est important de séparer les deux.

Mais on sent la barrière fragile car par exemple sur votre site il y a la partie Une vie de con qui est la continuité de votre ancien blog et d’un autre côté il y a la partie Muséum avec vos fausses pochettes et la vie imaginaire de votre personnage.

Bertrand Soulier : Discorama c’est une expérience. C’est à dire que lorsque le deuxième album va sortir, toute cette affaire de Discorama va disparaître, il n’y aura plus les pochettes et tout ça. Il restera bertrandsoulier.com avec mon blog La vie de con que j’ai commencé il y a 6 ans sous le nom de Fucktélérama .

Vous le voyez comment alors votre prochain album ?

Bertrand Soulier : Je suis entrain de l’écrire. Ce sera un concept qui sera super simple à expliquer à tout le monde. Il n’y aura plus de faux personnages. Il y un truc important dans Discorama, c’est qu’on est en permanence dans des références qui datent de plus ou moins longtemps. Moi quand j’écoute le dernier album de Bioley, je me dis qu’il aurait pu l’appeler Discorama sans soucis. Tout le monde fait des disques Discorama parce que nous sommes tous fans d’un paquet d’artistes qui influencent nos compositions.

Vous semblez bien révoltés contre la chanson française, c’est ce que vous aviez envie de dire avec cet album ?

Bertrand Soulier : En fait je suis vraiment révolté contre un marché. Je pense qu’il y a des gens qui me cassent les couilles dans la chanson française et qui pourraient sûrement faire des trucs beaucoup plus intéressants mais tout se ressemble. Moi j’aime bien les chansons qui sont comme des OVNIs. Si je vais voir un concert de Vincent Delerm, j’ai l’impression de voir un mec de mon bureau. Ce que me raconte Vincent Delerm, c’est ce que me raconte mon collègue et en fait le soir je vais voir un autre collègue qui me raconte encore une fois ses vacances sur la plage abandonnée et tout le tralala.

Donc non ! Le rôle d’un artiste c’est de nous vider la tête, de nous faire rire, de nous mettre en colère, de nous faire pleurer. Ce n’est pas juste de se regarder dans un miroir. Le truc est tellement énorme en ce moment dans la chanson française, le nombre de gens qui on une page Myspace, qui font une chanson et qui pensent qu’ils sont en train d’écrire un album. Comme si tout chacun pouvait enregistrer un album parce qu’il a trois chansons sur son Myspace. Il y a un moment ou on a envie de dire aux gens : faites des chansons si vous voulez, pour vous marrer, mais c’est un métier. C’est une industrie, je pense qu’on est là pour faire chier. Et les gens qui ne font pas chier, me font chier.

Mais vous vous contredisez, car au tout début de l’interview vous m’avez quand même dit qu’écrire des chansons ce n’était pas un métier mais une passion. Et là vous me dites l’inverse…

Bertrand Soulier : Faire des chansons c’est une chose, vouloir faire des disques en est une autre.

Ça c’est dit. Je voudrais juste revenir sur la partie Une vie de con . Comment vous est venue l’idée de cette espèce de journal intime de l’artiste.

Bertrand Soulier : En fait le premier blog s’appelait fucktelerama.com, c’était histoire de retranscrire au jour le jour la naissance de mon premier album. Et maintenant c’est la vie de con pour raconter ce qui se passe une fois que le CD est sorti. Le problème c’est qu’au début on n’a rien à perdre. Après beaucoup plus. Dans fucktelerama j’allumais les maisons de disques, je disais « J’ai vu machin et franchement quel connard » mais maintenant que j’ai atteins mon but, je ne peux pas continuer à leur taper dessus alors je raconte plutôt des anecdotes sur mes collègues, des histoires qui ne font pas de mal.

41kgo1tnmyl-_sl500_aa240_Et voilà. Vingt-cinq minutes d’interview pour en arriver à la conclusion que la chanson française est à bout de souffle. Pas sûr cependant que la meilleure façon de se renouveler passe impérativement par le tir à vue sur ses collègues.

Pour ce qui est de l’album en lui-même, Bertrand Soulier s’amuse avec les clichés du passé et ça marche plutôt bien. Car notre artiste a pensé à tous les allergiques aux choeurs façon Claudettes en laissant toujours pointer un piano incisif et rieur derrière ces longues onomatopées mielleuses.

Des arrangements qui sonnent assez variétoches et des textes qui survolent l’amour, qui l’esquivent, le frôlent et qui n’oublient pas de mettre un peu de dépression post-alcoolique ( La Vie De Con ) ou de nostalgie enfantine ( Pavillon Sous Bois, Le Fils De Ma Mère ). Le plus drôle étant quand même le dernier titre, Atari, qui remixe toutes les chansons de l’album au cas où l’auditeur aurait loupé un truc.

Sceptique donc, mais toujours à l’affut d’une étincelle révélatrice me voici donc dans la salle sombre de La Bellevilloise. « Je suis quelqu’un qui parle assez peu. J’arrive, on joue, on se casse, je balance deux trois vannes et puis voilà ». Plus le concert avance, plus cette phrase de l’interview fait écho dans ma tête.

Difficile de mieux résumer la prestation de Bertrand Soulier. Un « Merci d’être là quand même, car on est vendredi soir et je sais que c’est dure de louper la Star Ac’ », deux ou trois autres petites mises en jambes du même genre et puis un « Merci à la prochaine ». Un concert plein de surprises et de folies musicales.

Bertrand Soulier a certainement beaucoup de talent, mais ses rancoeurs l’empêchent visiblement de donner quelque chose de vraiment personnel. Que ce soit dans ses chansons ou sur scène.

Crédits Photos: Stv

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

10 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 5 novembre 2008
    emma a écrit :

    quel rapport entre Da Silva et Joseph d’Anvers???
    L’un fait de la chansonnette, l’autre travaille avec les Beasties Boys et Bashung et est en lice pour le Prix Constantin!!
    Tu as l’air bien aigri Mr Soulier. Et tu devrais réécouter d’Anvers, qui n’a rien de chanson française…
    Et qui fait avancer les choses en France, musicalement (cf The Do ou d’autres aussi d’ailleurs)
    bien à toi
    emma

  2. 2
    le Mercredi 5 novembre 2008
    pam a écrit :

    je ne l’ai pas vu en concert mais je dois dire que lire cette interview m’a, étrangement, donné envie d’y aller.
    j’ai tout simplement trouvé très drôle la phrase qu’il a sorti à la place d’un banal « merci d’avoir été là ».
    et si finalement, c’était peut être la rancoeur, son truc personnel?

  3. 3
    le Jeudi 6 novembre 2008
    nathalie a écrit :

    au moins ca change un peu du discours de tous nos chers chanteurs

  4. 4
    Pascal
    le Jeudi 6 novembre 2008
    Pascal a écrit :

    Un peu de provoc’ et de mauvaise foie, certes, mais rien de bien méchant. Bien que ne partageant pas toutes ses analyses, je le trouve très honnête dans ses réponses, évitant soigneusement tout ce qui pourrait ressembler à de la langue de bois. C’est pas si courant que ca…

    Et même si sur les photos on dirait Delerm en concert, il m’a bien donné envie d’aller le voir…

  5. 5
    le Jeudi 6 novembre 2008
    FZ a écrit :

    IL ETAIT CHEZ LEVAILLANT SUR INTER L AUTRE NUIT. CE MEC EST FOU ET CA FAIT DU BIEN

  6. 6
    le Jeudi 6 novembre 2008
    Xavier D a écrit :

    Soulier le mec qu’on adore detester

  7. 7
    le Dimanche 9 novembre 2008
    dasilva a écrit :

    joseph d’anvers c’est bien de la merde quand même

  8. 8
    le Vendredi 21 novembre 2008
    francoise a écrit :

    pour un mec qui n’a pas d’univers i met un beau bordel dans la presse

  9. 9
    le Vendredi 21 novembre 2008
    nap1128 a écrit :

    Bonjour,

    Interview très sympa…
    Un chanteur pas commun…
    un vrai artiste !
    Sinon il y a une autre chanson très sympa : l’ABCD…

    @+

    PS… et Pavillons-sous-Bois bien sûr… qui fait scandale en ce moment… ;o)

  10. 10
    le Jeudi 15 novembre 2012
    soulie a écrit :

    bjr, moi aussi je m’appelle soulié mais sans R bien que ma tante a épousé un Soulier avec un R , je ne vous dis pas les réunions de falille : avec ou sans R ? moi aussi je compose des chansons au piano !! j’aimerai bien lui faire parvenir ! alors si vous pouvez m’aider àn le joindre , merci

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