Ben Howard, “How to Keep Your Head Up”

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Ben Howard raconte dans une de ses chansons qu’un homme n’est pas une île. Pourtant, perdu dans l’océan humain qui se masse devant la Mairie du troisième, le voilà qui donne la vision gracieuse d’un mirage exotique. On ne sait où se sont envolées les 12 heures d’avion mais nous ne sommes définitivement plus à Paris. Cette chronique est une carte postale de Teahupoo.

Curieux choix que celui de Black Flies pour commencer un concert. Amateur, on aurait probablement choisi le déluge de notes d’un hit pour attirer l’oreille. Mais après la puissance du tsunami Rover, Ben Howard attend la note juste pour monter sur son board et investir la scène comme son spot personnel. Passée la surprise, de cette voix rauque de vieux bluesman sort un petit gringalet blond blé anglais. Les riffs charment doucement les oreilles avec des airs de chants de baleines. Le banc grouillant et bruyant s’est apaisé, le monde est toute ouïe.

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C’est ce moment que choisit Ben pour jouer son titre le plus connu. Le picking suit les pulsations du cœur au moment du take-off. Joli trick que ce Old Pine qui dans cette tombée de nuit , transforme la scène en coin du feu sur la plage. On sent le sourire qui s’installe sur tous les visages, les souvenirs fusent, les bons, ceux qui nous réchaufferont encore dans quelques hivers, quand l’océan sera loin.

Et puis la lèvre de l’eau se fend, c’est l’adrénaline de la descente. La foule est une houle qui hulule les choeurs de Wolves. Vent de voix cacophones. Mer de mains. La fin de la chanson gonfle, enfle jusqu’à devenir une vague sauvage. Sans en savoir la part d’exagération, il semble que toute cette assistance garde des loups loin dans ses placards. Des mois d’attentes, de déception, de frustration, de rien qui semblent exploser comme une averse estivale.

Suivent les accents folks d’Everything qui rappellent définitivement Donovan. Il ne reste plus une place de libre sur la grille de la mairie. Le rouleau des souvenirs entraine avec les notes ces personnes du passé, qui gardent une place précieuse et ressortent à l’audition de belles balades acoustiques.

Keep Your Head Up, bien plus nerveuse, est l’aerial de ce court concert. Figure de style aérienne qui donne la chair de poule et une grande bouffée d’air et d’émotion. La piste se termine par une basse abyssale et entérique.

« I’ll always remember you the same
Eyes like wildflowers with your demons of change
May you find happiness there
May all your hopes turn out right »

L’envol dure le temps de The Fear, laissant le public en liesse. C’est ce même élan qui accompagne vos pieds longtemps après un après-midi de ride.

Le set se termine sur cette 7ème piste. On se console maigrement en souriant face à la belle coïncidence du chiffre qui est aussi celui du nombre de vagues dans un même cycle. On  regrette tout de même de ne pas avoir entendu Diamonds qui aurait fait un très beau rappel, ou Gracious qui aurait été ce moment de silence sous la vague. Reprendre son souffle.

La soirée ne s’arrête pas là. Le travail de chroniqueur amateur est très proche du surf dans un sens. On rame à travers la foule, sans savoir si on aura une seule chance de faire une bonne session.  On joue des coudes pour arriver au line-up parfait, dégotter le bracelet passeport magique. Pas tout à fait à l’aise à côté des locaux : tous ces animateurs Ouï FM, Fun Radio et consorts légitimes… Quelque déception quand Ben explique qu’il n’a le temps de répondre à personne avant le set. Tout comme le surf, c’est une activité de patience, d’attente à 80%. Bien sûr, attendre entourée Valentina del Pearls et de Miss Glitter Painkiller, un verre de rhum Sailor Jerry à la main est autre chose que de poireauter à cheval sur une board pleine de wax, engoncée dans une combinaison trop serrée par 12°C.  Mais les deux ont le charme du pouls qui s’accélère, parce que le meilleur doit être à venir. Parce que si l’on marie la chance à l’enchainement de mouvements précis, le meilleur ne peut qu’arriver. Se laisser porter par les flots, revient à se laisser aller au flow des évènements. Et de finir dans une salle où l’on marie des gens, avec des surfeurs et de nombreuses bouteilles de rhum vanillé (encore). Le groupe a l’air trop fatigué pour une interview entière, l’entourage souffle que quelque chose de léger pourrait passer. Qu’auriez-vous demandé si vous n’aviez le temps que d’une question, qu’une seule chance pour attraper la vague ? Plutôt que sa guitare préférée ou l’état de sa vie amoureuse, plutôt que de poster ces questions que vous lirez ailleurs, il a semblé évident qu’après un set aussi marqué il n’y avait qu’une seule question de pertinente à poser.

Discordance : Si la vie est une session de surf, que faire pour garder la tête hors de l’eau après un wipe-out* monumental ?

Ben Howard : Alors que faire si tout devient totalement merdique… Je suis plutôt têtu moi. Je remonte sur ma planche. Encore. Et encore…

Soit. Alors la prochaine fois, Discordance remontera au line-up** pour soutirer d’autres leçons de Ben Howard.

*Pour les non-initiés, le wipe-out est ce moment où la vague vous essuie de la planche comme un vulgaire moustique, il est souvent suivi d’un effet machine à laver assez compliqué à gérer en oreille interne. cadeau bonus

** Endroit où l’on attend la vague. Faut vraiment tout vous apprendre.

Photos extraites de l’album de Ben Howard, Every Kingdom (Island Records / Tôt Ou Tard), sorti le 24 octobre 2011.

 

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Site web : http://www.benhowardmusic.co.uk

Un grand merci à Fanny, Margaux et Romain de l’organisation des Soirs d’été, chouette festival s’il en est.

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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