Beat Up Club – Cycle Bukowski

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Bukowski est souvent plus connu pour sa prose scandaleuse que pour son oeuvre poétique. Pourtant, la compagnie du théâtre Pixel a fait le choix de mettre en scène quelques uns de ses poèmes dans un petit théâtre du 18ème arrondissement de Paris.

beatupDans le cadre du Beat Up Club, une série de quatre spectacles sur le thème de la Beat Generation (bien que l’appartenance de Bukowski à ce courant soit débattue), on assiste à un pari osé : mettre en scène divers poèmes de Bukowski sous forme de tableaux.

Le choix des poèmes a été judicieux ; on ressort de cette heure de représentation avec ce sentiment de désabusement cruel propre à son auteur. Les poèmes racontent cyniquement la fatalité et l’absurdité de nos vies, dans un monde matérialiste et vide de sens. «  Et je n’arrêtais pas de me dire / Je suis un idiot / Je suis un idiot / De manger cette pastèque / Mais quoiqu’il en fût / Je continuais à la manger.  ». On sourit de ces courtes histoires, parfois amèrement lorsqu’une jeune femme raconte ses malheurs puis clôt son récit par un enthousiasme « Mon amour est brisé /  mais la bourse était à la hausse / aujourd’hui  ». La critique paraît aujourd’hui un peu facile mais elle reste lucide et touchante, et quelque part encore d’actualité : violence de la société américaine, primauté du dieu Argent…

Bukowski apparaît alors dans toute sa grandeur, loin de l’image d’obsédé sexuel ivrogne due à ses oeuvres plus connues, Journal d’un vieux dégueulasse ou Contes de la folie ordinaire . La provocation crue et parfois choquante de ses romans devient juste et touchante.

Le jeu des acteurs est toutefois inégal. Peu de réel contact avec le public, pourtant peu nombreux et très proche. Parfois, ça crie plus que ça ne joue. Pourtant, on ne peut détacher les yeux de certains tableaux tellement le jeu nous trouble, que ce soit par l’humour (lorsque les trois jeunes femmes nous racontent leur parcours amoureux notamment), par la déchéance (Fourmis défilant sur mes bras ivres) ou encore par une triste lucidité («  Certains seraient jeunes et rien d’autre et/ Certains seraient vieux et rien d’autre, / Et tout le reste serait pareil. »).

Les poèmes n’ayant peu (ou pas) de rapports entre eux, le spectateur se perd un peu dans ce chaos, en cherchant un lien là où il n’y en a pas. Le public doit alors accepter, de même que dans une pièce du théâtre de l’absurde, de ne pas saisir de sens, de finalité à la représentation, et simplement se laisser mener par cette prose mouvementée, pour ne pas dire chaotique.

Entre poèmes récités et mise en scène traditionnelle, le théâtre Pixel offre tous les jeudis soirs jusqu’au 5 Mars une nouvelle approche de l’oeuvre de Bukowski .

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En savoir +

Théâtre Pixel : http://www.theatrepixel.com, 18 rue Championnet 75018 Paris.
Mise en scène : Arny Berry
Avec : Alice Bié, Aïda Bouleckbache, Gabrielle Jéru, Victor le Lorier et Benjamin Rousseau.

Charles Bukowski : L’amour est un chien de l’Enfer, Grasset
Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, Éditions du Rocher .
Jouer du piano ivre comme d’un instrument à percussion jusqu’à ce que les doigts saignent un peu, Grasset .

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

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