Baxter Dury – Happy Soup spéciale BoBos

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Après une avalanche de critiques dithyrambiques, Discordance a voulu se faire sa propre opinion sur la dernière coqueluche « so cool » du moment.

Image de Baxter Dury - Happy Soup Avec son air naïf, ses cheveux – faussement – rouquins et ses paupières tombantes, Baxter Dury a tout de l’irrésistible cocker qu’on rêverait d’adopter. Déjà fort de cette pochette exposant sa tronche de brave gars, le fils du regretté Ian Dury (Sex and Drugs and Rock n Roll, c’était lui) enfonce immédiatement après le clou avec le titre de l’album. Happy Soup, quel meilleur chapeau pour couper l’herbe sous le pied d’une éventuelle critique et dans le même temps, décrire la savante cuisine de ce disque. Ce serait une erreur, en effet, de se fier à cet air de ne pas y toucher, comme si l’Anglais n’avait pas minutieusement assemblé, brique après brique, tout ce qui fait la cohérence de ce projet qui lui prit six longues années avant d’être mené à bien. Car bien évidemment, rien n’a été laissé au hasard.

Après la tronche d’apprenti imbécile heureux et le titre de l’album, donc, c’est le parti pris du chant essentiellement parlé qui ajoute à l’impression d’intimité, comme si un bon copain s’était mis en tête de vous fredonner son journal intime. Déboires amoureux (Claire, Isabel) et confidences en pagaille sont livrés sur un ton à la fois traînant et détaché, relayés par la voix de Madelaine Hart qui transforme certains titres en quasi duos pour mieux féminiser l’ensemble. Les arrangements sont minimalistes, dépouillés à l’extrême, comme s’il avait déshabillé sa musique jusqu’à l’os. Là encore, impossible de ne pas entendre cette vulnérabilité auto-proclamée. Le ton est très second degré, désinvolte en diable, avec une sorte de « self-moquerie » qu’illustrent les sons railleurs d’une guitare aiguë (Picnic on the edge) ou vahiné, cette dernière allant jusqu’à s’offrir le luxe de quelques fausses notes (The Sun).

S’affirmant ainsi comme une sorte de dandy loser, Baxter Dury met à peu près tout le monde dans sa poche et n’a plus qu’à ouvrir les bras pour récolter les fruits de son dur labeur, de son « accouchement à l’envers » (voir l’interview donnée aux Inrocks).

Il peut être heureux, le fils tardivement prodigue, du résultat. Produit par Craig Silvay (Arcade Fire, les Kills, Arctic Monkeys), ce disque fait un carton auprès des critiques comme de l’édition, laquelle a notamment réussi à caser un titre sur la dernière pub EDF. Il est peu de chroniques, même, qui ne hurlent carrément au génie.

Pour autant, on ne peut pas s’empêcher de s’agacer de l’aspect furieusement bobo de l’ensemble, comme de penser qu’on a déjà entendu ces basses chez The XX, ce phrasé blasé chez Cheveu, ce rire fou chez Gorillaz, ces bruitages de pales d’hélico chez Pierre Lapointe (en version coléoptère, c’est entendu), ou encore cette façon de se mettre à nu chez Rufus Wainwright.

Et de se dire que pour s’affirmer intelligent et maîtrisé à ce point, Happy Soup est peut-être passé à côté de l’essentiel : une honnêteté un peu moins calculée ou mieux, un disque qu’on aura envie de remettre sur la platine, une fois passés les premiers sourires amusés.

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

6 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 11 octobre 2011
    Fred a écrit :

    Pourtant, Baxter Dury à mis près de six ans à faire cet album, panne d’inspiration. Je l’accorde, le résultat à un léger gout de forcer, une honnêteté feinte. Pourtant, le résultat est quand même dix très bonne chanson original, certes pas révolutionnaire, mais j’ai passé un bon moment à l’écoute de ce petit album intime malgré tout.

    Très bonne critique en passant ;-)

  2. 2
    le Vendredi 21 octobre 2011
    isatagada a écrit :

    Hello Fred ! Merci pour ton commentaire.

  3. 3
    le Jeudi 29 mars 2012
    Ludovic a écrit :

    Faire le rapprochement entre cet album et ceux d’XX, Gorillaz ou Cheveu est pour le moins capillotracté, surtout pour ce dernier. Avec de telles références, il est alors aisé de faire l’amalgame « bobo ».
    Par contre, si on pense au Ska de Ian Dury and the Blockheads, au post punk de Joy Division ou aux ambiances spleen de Melody Nelson, on retrouve avec Happy Soup ce qui peut plaire tant au français que je suis quand il marche dans une ville anglaise.
    A l’instar de Lou Reed pour New York, Baxter Dury témoigne de son histoire et de sa culture. En cela, il est honnête.
    Ce qui ne semble pas être le cas de votre critique, Isatagada, qui oscille entre délit de faciès (air naïf, tronche de brave gars, tronche d’apprenti imbécile) et procès d’intention ; comme pour chercher malice et polémique gratuite autour d’un disque modeste dont l’exploitation marketing restera malgré tout confidentielle.

  4. 4
    le Jeudi 29 mars 2012
    isatagada a écrit :

    Bonjour Ludovic.
    Je maintiens absolument ces références qui sont les miennes, davantage que Dury père ou Melody Nelson (et quant à Joy Divison, je les cite assez souvent par ailleurs mais si, honnêtement, je le vois pas le rapport, je serais curieuse d’en entendre davantage quant à votre comparaison : je ne demande qu’à être convaincue !). Nos histoires sont toutes différentes, nos rencontres musicales également, nos références idem ; bon.
    Pour Cheveu notamment, il me semble que j’argumente en parlant de nonchalance. J’ajoute leur titre Happiness en illustration : http://youtu.be/1R_byl4eCRQ. Mais j’avoue avoir ri (la capillarité, tout ça). En parlant de rire, celui de Gorillaz (sorti de la sphère bobo depuis un bail quand même !) est écoutable sur Feel Good Inc. : http://youtu.be/mqCImoZyLVw. Les basses de XX enfin sont sur chacun de leurs titres, mais je choisis Crystalised que je trouve particulièrement réussi : http://www.youtube.com/watch?v=Pib8eYDSFEI. Curieusement, Rufus Wainwright et Pierre Lapointe échappent à votre critique ; ce sont pourtant eux qui seraient le plus « malhonnêtement » cités (mon excuse étant que je les aime infiniment).
    Pour revenir sur le délit de faciès, il faut que je vous dise, tout de même, que c’est justement cette pochette qui m’a fait solliciter ce disque pour le chroniquer, au milieu des dizaines et des dizaines de mails promo que nous recevons tous les jours chez Discordance. Elle me semblait différente de tout le reste, sortir du lot ; j’ai été intriguée, et j’ai demandé le disque pour cette seule raison. Aussi parlons nous ici d’un délit de faciès inversé. Je ne vous apprends pas sans doute que la musique est également un commerce et que le marketing a son importance. En l’occurrence, la cohérence pochette-musique-intention reste un atout majeur pour un disque ; c’est notamment pour cela que j’ai qualifié Baxter Dury d’intelligent. Finalement c’est peut-être ce trop d’intelligence qui m’a ennuyée : tout semble tellement calculé que ça en devient gênant. En tout cas pour moi, ce fut un frein. Comme ce sont encore les êtres humains qui écrivent les chroniques, celles-ci resteront subjectives, ce qui est d’autant plus acceptable si elles sont argumentées. C’est ce qu’il me semblait avoir fait, sans rechercher aucunement la « malice » (oh ! à ce point ?!) ni la « polémique gratuite ».
    Rassurez-vous, la critique dans son ensemble a été assez unanime.
    J’ai eu un avis différent.

    Bien à vous.

  5. 5
    le Jeudi 5 avril 2012
    Ludovic a écrit :

    Bonjour Isatagada,

    She lost control, she lost control again …she lost control
    Picnic on the edge, Picnic on the edge, Picnic on the edge, …

    Merci de votre réponse et bonne continuation !

    Ludovic

  6. 6
    Isatagada
    le Mardi 10 avril 2012
    Isatagada a écrit :

    A bientôt Ludovic ! Et merci du feed-back :-)

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