Baroufe à Chioggia

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L'expression «faire du baroufe» évoque-t-elle quelque chose en vous ? Pour ma part, je l'identifiais plus ou moins à un vacarme assez confus. «Violentes manifestations de protestations » nous dirait ce cher monsieur Robert. Mais la vraie signification de ce mot est à découvrir dans toute sa splendeur du côté du Théâtre Clavel où se joue jusqu'au 27 décembre prochain, la pièce de Carlo Goldoni « Baroufe à Chioggia ».

dossier_baroufe_03-070001C’est pourtant bercé par le murmure des vagues que la pièce débute. Faux calme précédant la vraie tempête qui ne tarde pas à nous emporter. Envolée de jupons, bustes maltraités dans des corsets arrachés, cheveux tirés. Ici les femmes ont leurs mots à dire et n’y s’arrêtent d’ailleurs que très rarement. Mais pour les pardonner rappelons la raison d’un tel baroufe : les hommes !!

Bien loin de leurs marins, nos Dames ont du mal à se tenir et se satisferaient bien du pauvre Toffolo, la Marmotte comme on l’appelle au village, personnage naïf et peu aimé. Mais pas de chance, au jeu de la délation les enchères montent vite et provoquent des règlements de comptes qui dépassent de loin la gravité réelle des faits… Pour notre plus grand plaisir. Nous voilà donc avec un Beppé monté sur ressort prêt à étrangler notre Marmotte pour avoir osé regarder d’un peu trop près sa belle Orseta et un Tita Nane qui ferait bien de même depuis qu’il sait que le Toffolo en question vient d’offrir des fraises à sa chère Lucieta . Passons la jeune Checca qui se languit devant le beau Tita Nane, ainsi que nos deux femmes mariées, Dona Pasqua et Dona Libera .

Pour maintenir l’ordre à Chioggia, deux personnages aussi caricaturaux que charismatique : Maître Vicienzo et l’Illustrissime Isidoro . Car si le premier fend l’espace de sa démarche d’empereur, moulé dans une sympathique tenue de cuir et glaçant le public de son regard d’acier, le deuxième joue la star qui se fait désirer pour finalement apparaître, frôlant le mètre 90, debout sur son tabouret. L’Illustrissime en question ne touchera d’ailleurs pas le sol une seule fois, porté par Vicienzo ou avançant sur les tabourets que celui-ci dispose inlassablement les uns devant les autres. Vicieux et manipulateurs nos deux hommes de pouvoir tentent alors de profiter des règlements de comptes qui se trament, pour se retrouver en entretien privé avec nos demoiselles. Mais c’est mal connaître les femmes de Chioggia que d’imaginer qu’elles se laisseront faire.

barclav92-bis_1_Bref tout se finira bien, mais surtout accrochez vous à votre fauteuil car vous en aurez pour une heure et demi de jeu très marqué, où chaque personnage a sa caractéristique comique. Des références à des genres complètement barrés viendront également ponctuer se tourbillon digne d’une comedia dell arte . Un petit passage en l’honneur du Parrain avec des personnages qui jouent les marins, ça se déguste. Le théâtre Clavel possède en plus ce petit escalier qui fend les gradins, nous surprenant toujours par des entrées et des sorties de tous les côtés, allant chercher l’attention du public jusqu’au dernier rang.

On aurait de toute façon du mal à s’endormir vu le rythme effréné que tiennent les acteurs tout au long de la pièce. Antoine Herbez a en effet fait travailler son équipe comme des cascadeurs, chorégraphiant des scènes de folies dans lesquelles nos femmes se tirent les cheveux et se roulent parterre pendant que nos hommes en sont à se décoller des torgnoles dignes des plus grands films du genre. Le tout sur une scène franchement minuscule et en assurant les textes comme il se doit.

Un travail peaufiné et réglé comme une montre Suisse mais qui trouve toute sa force dans des personnages aux caractères très (trop?) marqués qui donnent un comique et une énergie toute nouvelle à ces tendres histoires de coeur. Petit clin d’oeil à toutes les femmes, l’image de fin se soldant par nos marins à genoux en pyramide et nos dames assises dessus criant « Vive les femmes de Chioggia !! »

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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