Barcella

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Concert intimiste pour Barcella , venu "souffler ses vers" accoudé à un comptoir entre flow hip-hop et gouaille malicieuse. Un joli moment et un artiste rare.

4e saison pour le festival GéNéRiQ qui s’étend de Dijon à Mulhouse, en passant par Besançon et Belfort et qui traverse même la frontière allemande avec deux dates (dont une annulée) à Freiburg. Avec pour volonté de créer un espace culturel mobile où les artistes se produisent dans des lieux atypiques, les initiateurs du festival tentent de sortir des sentiers battus et d’investir des lieux atypiques comme une bibliothèque, un centre de réadaptation, un temple protestant ou encore un musée.

Deuxième date pour toi aujourd’hui dans le cadre de ce festival. Hier soir, tu jouais à l’Entrepôt de Besançon. Ça s’est bien passé ?

Barcella : Oui ! On avait une petite centaine de personnes et on a fini sur les tables. On a eu une belle écoute.

Te voilà aujourd’hui à Mulhouse au bar le Greffier. Est-ce que tu aimes ces scènes intimistes ?

J’ai une tendresse vraiment prononcée pour les lieux intimistes où l’écoute se fait. Et nous on a cette chance de pouvoir faire à la fois des gros festivals parfois devant 5000-6000 personnes et de revenir dans des lieux beaucoup plus confinés comme ici. Les deux approches sont différentes et j’aime les deux. On est content de continuer à jouer dans des bars aussi parce que c’est de là qu’on vient, du spectacle de rue et ça continue à être des endroits où on rencontre des gens authentiques.

Quelles sont tes influences musicales ?

Je viens au départ du hip-hop. C’est mon école à moi. J’écoute beaucoup d’artistes comme Oxmo Puccino, Akhenaton, Fabe. Après j’ai une vraie tendresse aussi pour la chanson dite ancienne vague comme Bourvil, Brel, Feret, Brassens, Barbara. Et moi, je suis à mi-chemin entre tous ces artistes.

Est-ce que Barcella est inclassable ?

Inclassable ou tout à fait classable au final. Peut être hybride, mais à classer dans la résonance des gens qui au départ ont eu des parents qui écoutaient Brel et qui ont grandi dans les années 80 avec NTM. Donc on est forcément le reflet de ces vibrations là. J’essaie de faire en sorte que ma musique soit fidèle à ce que je suis c’est-à-dire un mec qui aime IAM et qui aime Bourvil. Ce n’est pas si compliqué à comprendre. Je pense que ce n’est même pas un grand écart. C’est comme si on demande à quelqu’un « toi en général, tu es triste ou tu es joyeux ? ». Je suis triste et joyeux. Dans une vie, tu pleures et tu ris.

Pourquoi accordes-tu beaucoup d’importance aux mots ?

Parce que c’est une question de sens. Je pense que les mots ont un sens et que l’on cherche tous à donner du sens à nos vies et à nos trajectoires. Et puis je viens d’une école pédagogique puisque j’étais à l’IUFM. Je donne beaucoup de cours autour de l’écriture et des ateliers poétiques. Et réellement, un mot est un mot et il n’est pas là par hasard. Et j’aime l’idée qu’avec de simples mots on peut rencontrer la sensibilité du plus grand nombre et de faire vibrer les gens à des moments où ils ne s’y attendent pas. C’est cette communion qui me plait. C’est cette vision artistique du partage qui m’intéresse. J’aime la langue française, je la trouve belle, je la trouve riche. Tout comme j’aime beaucoup Raymond Devos et tous ceux qui ont su jouer avec cette langue. J’écoute beaucoup moins de chansons anglo-saxonnes même si je respecte beaucoup et qu’il y a des choses que j’aime, mais ce n’est pas ma première culture.

T’es-tu trompé d’époque ou bien es-tu heureux de vivre au 21e siècle ?

Image de Barcella - Bar le Greffier // Festival GéNéRiQ Je suis très heureux de vivre dans ce siècle parce qu’il y a beaucoup de choses à faire. Il y a de la matière à modeler et on a la possibilité de faire évoluer et changer un monde qui en a besoin. Si on vivait dans le meilleur des mondes, il n’y aurait sûrement pas d’artistes. On n’aurait peut-être pas besoin de créateurs de sons. Il est certain que l’on vit une époque qui est difficile, mais il ne suffit pas de dire qu’il y a des problèmes. Il s’agit justement d’apporter des réponses. Et je pense qu’il y a des tas de ponts à créer entre les disciplines. Moi je suis à mi-chemin entre la chanson d’hier, le hip-hop et le slam. J’aime la poésie visuelle par le biais des photographies et des films. Le travail sur l’image m’intéresse beaucoup. Les hommes vibrent au contact de l’art, des mots et des émotions qui les traversent. Je pense que le travail d’un artiste finalement c’est d’essayer de rencontrer cette vibration et de mettre des mots dessus. Mettre des mots sur ses peines ça nous aide à les comprendre et à les dépasser. Mettre des mots sur ces petits bonheurs qui nous traversent ça nous aide à les rendre éternels aussi. Il faut savoir parler sinon on développe des cancers. Ce qu’on arrive pas à dire on va forcément – inconsciemment – le digérer en notre for intérieur. Ce n’est pas un hasard si parfois j’ai mal au dos ou à d’autres endroits. Si on regarde mes yeux, on voit que mes traits se dessinent vers le bas parce que j’ai beaucoup pleuré ces dernières années. C’est cette lecture du monde qui m’intéresse. Rester authentique et ne pas se mentir en disant que l’on vit dans un monde fantastique alors que ce n’est pas le cas, et arrêter de dire que c’est forcément dramatique alors qu’il y a plein de solutions.

Si on pouvait faire un voyage à travers le temps, là tout de suite, tu voudrais aller où ?

Tout d’abord je choisirais mon vaisseau spatial pour voyager et ce serait un accordéon parce que c’est la plus belle machine à voyager dans le temps qui soit. J’aimerai que ce soit Olivier Urbano qui joue de cet instrument. Où est-ce que j’irai ? Je ne peux pas te répondre franchement… parce que j’ai pas envie de te le dire…

Un indice : tu irais dans le futur ou dans le passé ?

(sourires) J’irai dans le passé ! Je vais aller voir ce que je n’ai pas vu avant de naître. Je vais aller voir la vie de mes parents et de mes grands-parents. J’ai envie de savoir qui j’étais avant de naître. Quelles sont les choses qui font que je me suis dessiné ainsi ? Pourquoi moi je suis artiste alors que mes parents n’ont rien de tout ça ? Pourquoi je suis allé chercher cette énergie d’essayer de créer des choses ou en tous cas d’essayer de réinventer le monde ? Alors que je viens d’une famille dans laquelle c’est quelque chose qui n’a pas du tout été encouragé ? J’aimerai comprendre pourquoi je suis comme ça et pourquoi j’ai besoin de faire ça …

Quel est le bilan pour l’album Boite à musiques ?

Image de Barcella - Bar le Greffier // Festival GéNéRiQ Je suis ravi ! Après un mini album de quatre titres qui s’appelait « L’air du temps » on a mis six ans à retravailler des textes et à ressortir ce vrai premier album. Pour des jeunes artistes indépendants comme nous, le premier album, c’est vraiment une carte de visite, c’est la première image que tu laisses de toi. Il a ses qualités, il a ses défauts. J’en ai tout à fait conscience comme chaque futur album aura ses qualités et ses défauts. Simplement il a une belle histoire parce que c’est des chansons qu’on continue à chanter, ça fait sept ans qu’on les chante et qu’elles ne nous lassent pas. On vient d’être élus album de l’année par le magazine Francofans. Ça nous fait bien plaisir ! On a eu pas mal de prix d’auteur par exemple le concours Jacques Brel. Et puis il y a eu d’autres petites distinctions comme l’opportunité d’aller sur France Inter, on était invités au JT de France 2. Et puis on voyage. Aujourd’hui on est à Mulhouse grâce à la grande compagnie de train que tout le monde connaît et grâce au Festival GéNéRiQ. Je suis vraiment content que mes chansons dépassent les frontières locales et régionales, mais aussi internationales puisqu’on va aller aux États-Unis dans pas très longtemps. On a aussi prévu d’aller en Chine. Cet album nous a permis de faire des choses intéressantes donc c’est bien la preuve que les chansons voyagent. Et parce qu’elles voyagent, elles nous aident à voyager et à rester curieux.

Est-ce qu’un deuxième album est en cours d’écriture ?

Oui ! Il y a beaucoup de chansons que l’on joue déjà sur scène avec les musiciens qui m’accompagnent. Ces chansons ne sont pas sur le premier album, mais seront sans doute sur le deuxième. Je suis quelqu’un qui écrit beaucoup. Je pense avoir deux albums d’avance. Après il faudra choisir les titres… Il faut savoir qu’il y a des chansons que l’on n’enregistrera pas parce qu’il y en a qui sont faites pour vivre sur scène et qui n’auraient aucun intérêt sur un support fixé comme un album. Et inversement il y a de belles chansons qui sont très sympa à écouter chez soi, mais qui n’ont pas grand intérêt à être jouées en concert.

Qu’est ce qu’on peut souhaiter à Barcella pour la suite ?

Je souhaite vraiment garder les gens qui sont autour de moi, de continuer à travailler avec la même équipe c’est avant tout une aventure humaine. C’est une volonté d’aller à la rencontre des autres… Et tu peux aussi me souhaiter de rester curieux. Le jour où je perds ma curiosité et où j’ai plus envie d’aller jouer dans les petits patelins, je serai sans doute un mec triste à connaître. Mais pour l’instant j’ai encore très envie de faire ces choses-là ! (sourire)

Mini live-report – Bar le Greffier – Mulhouse le 14/12/2010

« Mulhouse, Gare de Mulhouse, 2 minutes d’arrêt ».

Mathieu Barcella et son accordéoniste Olivier Urbano sont arrivés de Besançon par le train pour poser leurs valises chez Pascal et son Greffier. Un lieu qui porte bien son nom pour accueillir ces amoureux des mots et des notes d’antan. Pour donner le ton Barcella commence par un récit impro-poético-slamique entre les tables. Attentif le public est suspendu à ses lèvres et laisse échapper ça et là des petits rires amusés. Barcella rejoint ensuite son musicien sur la petite scène intimiste et feutrée.

Souffleur de vers tel un équilibriste sur le fil Barcella tente de conquérir un public qui finalement n’est pas si facile à dompter. Il relève le défi avec son style à mi-chemin entre chanson française et hip-hop. Les quelques regards captivés aux premières tables ne sont pas suffisants pour l’artiste rémois. Barcella se rapproche alors du zinc. « Je vais les avoir ! Même s’il ne sont qu’une dizaine, mais je vais les avoir ! » souffle-t-il déterminé. Et c’est alors qu’il repioche dans son répertoire et rejoue à capella cette fois-ci avec comme seul accompagnement les notes de son vaisseau spatial à voyager dans le passé. Souffleur de versMémé, et Bigbadaboum auront enfin l’accueil escompté : des mains qui battent la mesure, des sourires aux lèvres et des étoiles dans les yeux.

Bonus Track

Crédits vidéo : Anne-Laure
Crédits photo : Frank

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A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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