Les amours vintage de Barbarossa

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Ah l'analogique, madeleine de Proust du musiciens souffrant du mal de la surproduction : Barbarossa ne se cache pas de sa passion pour les vieux claviers Casio avec lesquels il a composé son nouvel album Bloodlines.

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La rentrée sera douce avec Barbarossa. Après quelques singles (Turbine, The Load puis Pagliaccio), le Londonien sort un deuxième album en septembre, histoire d’enchaîner après une année bien remplie de tournées avec ses acolytes de Junip. Il y officie aux choeurs et divers tambourins, ce qui n’est pas pour nous surprendre : comme les Suédois, James Mathé sait faire beaucoup avec peu. Toutefois, son nouvel album Bloodlines suit une ligne sensiblement plus électronique. De la balade inaugurale Bloodlines (perle de l’album), on passe en effet au dansant Turbine, la suite de l’album alternant titres susurrés s’appuyant simplement sur une ligne mélodique et d’autres au rythme plus enlevé. La particularité vient surtout de la façon de chanter de Mathé, clairement inspirée par la soul et le r’n'b.

Comment as-tu démarré Barbarossa ?

J’ai débuté ce projet vers 2006, alors que j’écoutais la musique de Sufjan Stevens, Iron & Wine. J’ai appris la musique au piano, mais je me suis décidé à prendre une guitare. C’était vraiment excitant et inspirant, puis j’ai commencé à donner quelques concerts. J’avais joué dans quelques groupes avant, mais sans être au premier plan. Je n’étais pas vraiment fier des chansons que j’écrivais avant ce moment. Quelque part, je pense qu’écouter cette musique m’a donné envie de me lancer.

Des amis, des musiciens que je respecte, sont venus à mes concerts et ont trouvé ça vraiment bien. Je ne pensais pas que pouvais le faire, même si c’est ce que j’ai toujours voulu. J’ai donc commencé à beaucoup bosser les chansons, ma voix, et j’ai sorti un EP sur le label Fence Records en Ecosse, puis l’album Chemical Campfires.

Fence Records est un collectif, c’est ça ?

Oui, et c’est aussi un label, géré par King Creosote. Il y a vraiment de bons musiciens là-bas, une bonne scène. On a fait des festivals etc. Après Chemical Campfires, j’ai ressenti que ce n’était pas tout ce que j’avais envie de faire. J’ai grandi en écoutant la Motown, Stevie Wonder et Otis Redding, de la dance music, du hip hop. J’ai donc reposé la guitare acoustique, et comme j’adore les équipements vintage, notamment les claviers Casio, j’ai pris mon temps et j’ai commencé à écrire avec ces claviers, des orgues.

Apparemment, selon une interview que j’ai lue et qui date de 2010, tu avais déjà commencé cette recherche à cette époque ?

Oui, ça m’a pris un peu de temps. Le problème était que je voulais la même émotion, ce qui était compliqué au début, sans utiliser la formule plus conventionnelle piano/guitare. Je voulais utiliser ces instruments que j’adore, et ça a pris quelques temps avant d’arriver à ce que je voulais et non simplement de drôles de sons comme si je jouais avec des jouets !

Combien d’instruments penses-tu avoir utilisés pour ton nouvel album Bloodlines ?

J’aime me mettre des restrictions quand je fais un album, donc je n’ai utilisé que trois instruments principalement. Un Casio pour les sons d’orgue, un autre pour la ligne mélodique, et un omnichord, c’est une sorte d’autoharpe électronique. J’aime quand il y a de l’espace dans la musique, je n’ai pas envie de tout remplir.

Te décrirais-tu comme un artiste folk ?

Pas vraiment, ça a toujours été pop. C’est de la musique mélodique, je pense que c’est finalement plus teinté de soul que de folk. Mais comme ce sont des albums intimistes, je comprends que ce soit vu comme folk.

La voix est aussi plus proche de la soul que de la folk…

Tout à fait. Je suis content si on me range dans la catégorie folk, car j’en ai écouté beaucoup, mais il y a aussi de la soul et un apport électronique. Il y a donc des trois !

Quels sont les principaux thèmes de Bloodlines ?

Mon songwriting parle de choses de la vie comme l’amour, la perte, les regrets, devoir affronter un challenge. Ça commence avec quelque chose de personnel, j’essaie d’écrire des paroles assez ambiguës, et peut-être que les gens peuvent s’identifier.

On écoute l’album comme une sorte de voyage à travers plusieurs états émotionnels…

Il y a bien sûr de la mélancolie, de la tristesse, mais aussi beaucoup d’espoir. Il y en a dans chaque chanson, je ne me laisse jamais, ni à l’auditeur, l’impression qu’il n’y a pas de solution. Jamais (rires). Je pense qu’il y a toujours une solution, quelle que soit la dureté de la situation, on peut s’en sortir. Certaines personnes, quand elles écoutent quelque chose de mélancolique, trouvent tout de suite un aspect pitoyable. Alors que moi, quand j’écoute des artistes comme Nick Drake, j’ai l’impression de m’élever, d’être « énergisé » !

Tu as pas mal tourné avec Junip pour faire leur première partie, tu joues aussi avec eux dans le groupe, dans quel contexte les as-tu rencontrés ?

Je connais José (Gonzales, leader de Junip NDLR) depuis longtemps, on a fait des concerts tous les deux. On est resté amis et il m’a demandé de jouer sur son projet solo, puis dans Junip. J’ai joué soixante concerts avec eux récemment ! La performance est chouette, le plus fatigant c’est l’installation, les soundchecks… Après la tournée européenne, nous avons enchaîné avec les Etats-Unis, c’était incroyable. Nous avons dormi dans un bus pendant deux mois. J’adore leur son, donc c’est un peu un rêve de jouer avec eux.

Tu cites le film de Vincent Gallo, Buffalo 66, dans tes inspirations : qu’a-t-il de si spécial pour toi ?

Je ne sais pas, c’est juste que j’adore la musique, l’esthétique, l’utilisation du film, puisque lui aussi est assez obsédé par l’utilisation d’équipements analogiques. Ça m’a vraiment parlé. Cette ambiance poussiéreuse, vintage, m’a accompagnée durant la composition de l’album.

Ce côté rugueux, imparfait ?

Exactement, car l’album a été réalisé de façon totalement analogue, on l’a joué live et enregistré, avec toutes les petites erreurs qu’on a pu faire. Je pense que c’est ce qui rend le son humain, j’adore entendre les petits craquements. Je suis très fier qu’il y ait eu peu de corrections sur cet album, c’est rare de nos jours.

Crédits photo : David Fairweather

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En savoir +

Barbarossa, Bloodlines (Memphis Industries), sortie le 9 septembre 2013.

En concert à la Flèche d’Or (Paris) le 21 septembre 2013.

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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