Barbara Panther

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Barbara Panther jouait pour la première fois à Paris lors du festival Berlin Next. Son album éponyme, déjà sorti au Royaume-Uni, sera dans les bacs en France le 16 mai prochain, et elle le défend en interview dans un français parfait.

Car si Barbara a bien fait son album à Berlin, ses origines sont complexes. « Je suis née à Bruxelles, mais je suis d’origine rwandaise. J’ai d’abord fait de la danse contemporaine, alors j’ai tourné, j’ai habité à Venise pendant un an pour une école de danse avec Carolyn Carlson, j’ai été à New York pour faire l’école de danse de Alvin Ailey, j’ai eu des cours de danse à Paris aussi, et j’ai évidemment vécu à Bruxelles. » Pourquoi Berlin, alors? « Pour la musique électronique, qui n’est pas très développée à Bruxelles; et puis j’avais été une fois en vacances à Berlin et je suis tombée amoureuse de la ville. Je compte rester là pour finir mon album. » L’ambiance de la ville, c’est sa musique, mais aussi une certaine façon de vivre et de travailler: « Au début j’ai bien aimé l’ambiance, parce qu’il y a beaucoup d’espace, on te laisse tranquille, pas de deadline, pas de compétition, les gens travaillent ensemble, c’est assez généreux: le temps et l’espace pour créer ton propre monde. » Pourtant, elle n’a pas le sentiment de faire partie d’une scène berlinoise: elle est venue pour travailler, pas pour aller dans les clubs tous les soirs. Mais elle cite tout de même Jahcoozi (avec qui elle partage l’affiche à la Gaîté Lyrique, et sur l’album duquel elle prête sa voix) et Modeselektor, dans les groupes qu’elle aime bien.

C’est cependant avec l’anglais Matthew Herbert qu’elle a choisi de travailler pour son album. Une signature qui suffit à allécher, mais qui, en réalité, est arrivée tardivement: « Le label, City Slang, était pressé pour sortir mon disque et il y avait encore un peu de boulot; ils m’ont demandé avec qui j’aimerais travailler, et j’ai dit Matthew Herbert, qui a accepté. Il connaissait déjà pas mal ma musique et on a eu un premier rendez-vous à Londres pour parler, se connaître, et après on a fait un essai et je suis allée dans le Kent où il y a son studio, pour voir comment ça se passe, si on pouvait travailler ensemble. Et ça s’est super bien passé, c’était complètement organique : il comprend la musique, bien sûr, mais surtout il comprend vraiment ma musique à moi, l’électronique mais aussi la mélodie. Alors on a fait ça en trois semaines. L’album était déjà écrit par moi donc il n’y avait plus grand chose à faire. »

Très naturellement, c’est aussi l’anglais qu’elle a choisi pour les paroles, alors qu’elle sait jongler avec le flamand, le français, l’allemand, l’italien, l’espagnol. Un choix international, évidemment, qui a été pour elle la langue de la danse contemporaine, où tout le monde vient de partout et où l’enseignement se fait inévitablement dans cette novlangue-là. Mais c’est aussi le choix délibéré d’une langue qui ne lui est pas complètement naturelle : « Si je pense quelque chose en flamand ou en français, et je me demande comment je vais le traduire, et alors là tu peux choisir le mot que tu veux dans le dico, même si c’est pas correct, parce que ça n’a pas besoin d’être correct vu que ce n’est pas ta propre langue. Tu choisis des mots qu’un anglophone ne choisirait jamais parce qu’il n’a pas eu à chercher. » Les textes, elle les écrit tous elle-même, et y mélange les thèmes qui lui tiennent à coeur. « Quand j’écris un morceau j’essaie d’être très honnête et d’aller chercher l’inspiration très profondément, dans l’essentiel, et quand je dis l’essentiel, je montre mon ventre. Alors je pense que c’est pour ça cet aspect primitif, couplé avec la musique très technologique, très futuriste. C’est quelque chose que je suis, l’ancien et le futur deviennent le présent quand on cherche loin en soi, c’est pour ça que je parle toujours de l’énergie, comme dans cette chanson où je dis « listen to the beat of the mother earth ». »

Et les paroles qu’elle écrit font parfois penser à l’Afrique, d’où elle vient ; de même, on pourrait croire qu’elle essaie d’y faire référence avec sa robe très surprenante, faite de longs cheveux bruns, qui évoque un costume tribal (en tout cas dans une représentation fantasmée de l’Afrique comme l’Europe en a développé). « C’est drôle, dès qu’il y a quelque chose qui est ancien ou en rapport avec le corps, on pense toujours à l’Afrique. J’ai d’autres costumes qui n’ont rien à voir avec l’Afrique. Celui-là je l’aime beaucoup, je le mets souvent; mais peut-être aussi que c’est parce que je le porte et que je suis black, qu’il évoque l’Afrique. C’est intéressant, quand c’est ancien on pense tout de suite Afrique. C’est parce que les êtres humains viennent de là. » Elle se revendique nomade à cause de son sang tutsi, et dit que Berlin, forcément, elle ne s’y installera pas définitivement.

Mais c’est là qu’elle a construit son disque, avec une électro très charnelle. On a déjà observé, notamment chez d’autres artistes liés à Matt Herbert (Micachu par exemple) ou chez Herbert lui-même d’ailleurs, ce retour au corps depuis quatre ou cinq ans dans une musique très technologique, qui à ses origines était volontairement robotique (voir l’ironique Human after all de Daft Punk). « C’est une bonne chose car c’est une évolution dans la musique, de mettre de l’âme dans quelque chose de très technologique. Il faut mettre son coeur dans son intelligence, le coeur et la tête vont ensemble. Sufjan Stevens par exemple, c’est hyper électro, mais il chante, et c’est hyper mélodieux, harmonique, sur des beats et des arrangements qui sont complètement fous, c’est magnifique. C’est un peu comme du jazz : on peut avoir des arrangements hyper compliqués, mais du moment qu’il y aune chanteuse dessus, c’est écoutable, ça passe à autre chose. »

Barbara Panther aime surprendre; quand on l’interroge sur ses influences, elle parle sans sourciller de la musique baroque. « J’adore, et quand on me demande ce que je fais je dis toujours, je fais du eclectic baroque moderne. En baroque, il y a la mélancolie mais aussi la joie. Et la musique est pleine d’ornements et j’aime bien les ornements, parfois je commence avec les ornements et après je trouve la basse, le beat. » Et bien sûr, elle compte jouer sur l’éclectisme de ses talents, le baroque de son électro, la modernité de ses sons, pour séduire le public français: on prévoit déjà des concerts à Nantes, à Lille, et la dame enchaîne les interviews – attention, on risque de beaucoup entendre parler d’elle dans les prochains mois.

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A propos de l'auteur

Image de : Live from Paris

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