Barbara Carlotti – L’amour l’argent le vent

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Prononcez hors de nos frontières le prénom de Barbara, et vous vous rendrez compte que seule existe vraiment celle qui n'a pas de nom de famille. En France, c'est un peu la même chose ; et pourtant. Depuis quelques années, une autre Barbara est en train de se faire un nom - et pas seulement de famille.

Barbara Carlotti est aussi blonde que « l’autre » était brune et tant qu’à faire, aussi femme et lumineuse que l’interprète de l’Aigle Noir semblait maigre et sombre. Apparemment aux antipodes l’une de l’autre, une caractéristique essentielle les rapproche néanmoins : celle d’appartenir à la « grande chanson française » dont, loin d’en rougir, on aurait plutôt envie de la brandir en étendard.

Comme un fait exprès, la jeune femme est du genre à côtoyer ceux qui, ces dernières années, ont rendu à la musique chantée en français ses lettres de noblesse. Outre toutes ces autres occasions que l’on a sûrement manquées, on se souvient ainsi que Florent Marchet l’avait invitée au Café de la danse pour le concert Florent Marchet and friends , ou des regards complices échangés avec Bertrand Belin sur la plage de Fnac Indétendances. On se souvient aussi du projet Imbécile, avec Olivier Libaux. Dis-moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es.

Musicalement, ce nouveau disque est assez bluffant. Barbara Carlotti a décidément le goût des arrangements complexes et à la fois, d’une parfaite fluidité. On pourrait parler de variété si le mot n’avait pas été ridiculisé tant et tant de fois ; si l’on sous-entendait par là une musique nourrie par un peu tous les genres, de la pop au classique en passant par le jazz (Ah ! la belle orchestration de Ouais ouais ouais ouais… hyper classe avec son intro de batterie délicate aux balais et sa flute traversière), pour en faire un style d’une grande richesse. Il y a de quoi écouter mille fois ces titres aux strates élaborées avec passion l’une après l’autre, aussi gouteux qu’un mille-feuille et miraculeusement, aussi digestes qu’un sorbet. Accessibles et savants.

En outre, la femme est assez parfaite : à la fois  classe et chaleureuse, capable d’emportements sanguins (savoureux « Et toi tu couches avec cette conne ! » – Dimanche d’automne) comme d’émotions subtiles, de joies vives ou de questionnements plus graves ; personnalité d’une rare complétude.

Cette palette s’exprime toute entière dans l’album, conçu au départ dans l’angoisse d’une maison de disques perdue et, au fil de voyages en Asie et en Amérique du sud, libéré, décomplexé. C’est un peu comme si Barbara-la-Corse avait  réappris à cette occasion ce que l’on sait lorsqu’on est insulaire : que l’on est peu de choses après tout, dans ce vaste monde. Et qu’on n’a pas grand-chose d’autre à faire, finalement, que de toujours essayer de se réaliser de la plus sincère des façons.

Cette authenticité se ressent notamment sur le très beau Nuit sans lune qui conjugue texte poignant ( « Ah ! Aillleurs ! Partir Ailleurs … » ) et sonorités électro, pour une atmosphère à la David Bowie peuplée de synthés, à la croisée des chemins entre Blade Runner et Midnight Express. La maturité est bel et bien là, comme elle l’avoue sans complexes dans J’ai changé, jolie confession aux arrangements vintage avec, curieusement, des accents de Marie Laforêt. Consciente d’être sur un chemin, Barbara Carlotti livre des instantanés de vie de façon très imagée. Grande Autoroute est l’un des morceaux les plus réussis, avec ses paroles qui sonnent aussi bien que l’excellent couple guitare électrique / basse hypnotique qui sous-tend la chanson de bout en bout : « Oh Insomnie ! Idiote symphonie / Oh Insomnie ! Héroïque agonie ». Quatorze ans, dont on chante volontiers le régressif refrain à tue-tête (« Ahhhhh, toutes les nuits, bouger son corps sur le dancefloor ! » fait la peinture d’une jeunesse inconséquente et/ou inconsciente ; en tout cas, passée. L’occasion de n’oublier ni d’où l’on vient, ni que l’on ne fait que passer.

Le texte, en s’accordant toujours à la perfection avec l’atmosphère musicale du titre, permet de visualiser l’ensemble, comme si chaque chanson s’accompagnait d’une mise en scène très cinématographique. Le gainsbourien Mon Dieu mon amour, en duo avec Philippe Katerine est de ceux-là (« fenêtre ouverte, il faisait chaud … nous chantions au milieu de la nuit, les litanies »), mais partout, les mots sont choisis. Poétiques, ironiques ou déterminés, ils sont assemblés de façon à ne pas seulement faire sens, mais aussi pour ce qu’ils sonnent admirablement.

La voix, enfin, est merveilleuse ; pas seulement pour son timbre, mais surtout, en ce qu’elle restitue une large palette d’émotions. A la fois voluptueuse et profonde, elle se fait sensuelle par moments (« Je marche nue […] et j’aime … Le vent l’amour et l’argent »), extrêmement légère (Marcher ensemble) et même espiègle (Occupe-toi de moi) ou alors réfléchie (J’ai changé), voire grave (Ouais ouais ouais ouais…).

Barbara Carlotti, en fait, s’affirme une impressionnante actrice-chanteuse, formidablement sensible et douée. Autant que belle (plus que ça : radieuse), spirituelle, passionnée, et pour ne rien gâter, évidemment  intelligente.

On ne voit franchement pas comment cette sorte de perfection faite femme ne pourrait pas définitivement donner son nom au prénom Barbara. En France et dans le monde.

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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