Bale de Rua

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Compagnie crée par Fernando Narduchi, Marco Antonio Garcia et Marciel Silva en 1992, la compagnie Balé de Rua a su se faire un nom reconnu au Brésil et dans le monde entier. Après avoir été l’un des clous de la Biennale de Danse de Lyon en 2002, la troupe revient en France pour une représentation au Trianon jusqu'au 23 mars.

balederua_trianon_hdsQuand on dit Brésil, ce qui nous vient généralement à l’esprit c’est le soleil, la plage, le carnaval… Au-delà de ces images d’Epinal, cela reste un pays où les inégalités économiques sont parmi les plus élevées au monde. Heureusement, et les exemples sont nombreux dans le monde de la danse, la misère laisse parfois éclore de grandes merveilles comme ce Bale de Rua .

Un « ballet de la rue » qui nous apparaît d’abord cadré comme un vieux show de Broadway . Bizarrement, cette image de la rue ne nous apparaît pas tout de suite. Le fond de scène quadrillé par une haute structure métallique, véritable cadre à danseurs, ainsi que les costumes blancs agrémentés de chapeaux, ne sont pas sans rappeler quelques images cultes à la West Side Story . Nos latinos occupent la scène en lignes bien rangées, à la façon d’une comédie musicale, fragmentant leur danse par de long  » Aaaaah  » béats, bras grands ouverts. Pourtant, face aux percussionnistes qui font monter leurs chants du fond de la scène, ces jeux trop occidentaux laissent naître l’humour. Les danseurs se cherchent et surtout cherchent le public ! Hochements de tête, sourires, apostrophes ou chants, tous les moyens sont bons pour susciter le rire. Et ça marche ! Dès les premières minutes, nous voilà transcendés par la joie de vivre qui déborde de ces artistes.

Les chorégraphies s’enchaînent et ne se ressemblent pas. Mais elles manquent cependant de cette force tellurique que l’on sent bouillonner sans pouvoir s’échapper. Malgré la qualité de la danse, les enchaînements d’ensemble chorégraphiés par Marco Antônio Garcia, ne volent pas plus haut qu’un spectacle de Kamel Ouali et les rares solos affirment surtout une réelle qualité de danseur… de hip-hop. Heureusement qu’il reste la seule danseuse de l’équipe qui traverse régulièrement la scène de son pas léger de Samba, entraînant ses collègues dans un jeu de déhanchés incroyables.

Délaissant leur costume pour un simple cycliste noir, les danseurs continuent leur danse frénétique lorsqu’apparaît un porteur d’eau. Ou plus exactement un porteur de peinture qui n’a pas moins de six seaux sur ses épaules. Notre courageux se faufile et commence à peindre ses partenaires durant leurs enchaînements. Forts de cette nouvelle armure, les danseurs se jettent dans une démonstration de capoeira enchaînant saltos, flips, roues sans les mains et autres spécialités ou la gravité semble avoir perdu son effet. Mais l’apogée arrive au tableau suivant, entièrement guidé par une voix-off, sorte de conscience ultime de leur peuple et de leur histoire.

Sept danseurs reviennent sur scène, six portent des seaux, l’un reste seul. Soudain les danseurs boivent la peinture des seaux et la recrachent sur le corps de notre Caliméro. Marqué par ces geysers, le corps du danseur se courbe, se crispe et commence à rentrer dans une transe digne des cérémonies rituelles. Les yeux écarquillés et blancs, la bouche grande ouverte, le corps ratatiné et tendu, le danseur nous donne à voir une image du Brésil bien loin d’une esthétique pour touristes, mais tellement plus authentique. Ces convulsions, cette douleur vécue nous jettent en pleine figure ce que nous voudrions ne pas voir, la réalité cachée derrière les cartes postales.

La transe apparaît également dans un tableau magnifique où la danseuse, vêtue d’une longue robe rouge, éclairée par un spot orange, part dans une danse tournoyante et foudroyante. Au rythme déchaîné des percussions, ses bras fendent l’air, ses cheveux volent et la femme nous apparaît ici plus forte que jamais, maîtresse de la danse comme de la vie. Comme pour finir sur une note d’espoir le dernier tableau laisse tout d’abord éclore d’énormes roses fluos sur la structure métallique du fond de scène. Véritable bouquet final du spectacle, le public finit ivre de joie, chantant et même dansant avec certains des danseurs descendus chercher quelques volontaires pour un moment de Samba partagé.

Finalement  » la Rue  » est bien là. Comme un groupe d’amis, la troupe nous raconte leur histoire. Celle du Brésil populaire, celui où l’on rit et l’on pleure mais où l’on n’oublie jamais de vivre. Le Brésil des favelas, qui se base sur le partage de toute une communauté.

C’est ces quelques rayons de soleil que nous ont offerts ce soir les danseurs du Bale de Rua .

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Bale de Rua au Trianon: http://balederua.lespectacle.fr/

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 9 mars 2008
    Thierry a écrit :

    Tu décris très bien cette compagnie, les chorégraphies etc… Çà me dirait bien d’y aller faire un petit tour

  2. 2
    le Lundi 10 mars 2008
    Lola Amora a écrit :

    Moi je lève un seau de peinture à la santé de Thierry qui trouve que ce spectacle est très bien décrit alors qu’il l’a pas encore vu! lol ^^

  3. 3
    le Mercredi 12 mars 2008
    herwann a écrit :

    j’avais également adoré…

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