BabX – Je bricole toujours, mais avec des nouveaux jouets

par |
BabX était en concert à l’EMB de Sannois le mardi 12 février dernier pour présenter son nouvel album « Drones Personnels ». Un disque sur lequel l’artiste s'est amusé à saupoudrer ses chansons de nouvelles sonorités, plus psychédéliques et électroniques. On a voulu en savoir plus sur ce troisième disque,à la fois poétique, tourmenté et lyrique. Pour ce faire, avant son entrée en scène, Babx nous a gentiment accordé un peu de son temps. Entre deux M&Ms grignotés dans les loges, il nous a parlé de ses drones personnels avec enthousiasme et générosité.

8573586856_49fb36d0c5_c

Ton nouvel album Drones personnels a des sonorités plus rock et psychédéliques que sur tes précédents disques. C’était une envie de ta part ou ça s’est construit au fil de la composition du disque ?

À chaque fois que j’aborde un album, que ce soit pour moi au quelqu’un d’autre, je me pose la question de quelle identité il va avoir et de ce que je vais pouvoir faire. Faut que je puisse m’amuser et me passionner. Quand tu planches pendant un an et demi sur un truc, il faut bien que tu trouves quelque chose qui t’obnubile assez. Donc là je voulais prendre le contre-pied de mon précédent album, et même des autres disques que j’avais réalisés et qui étaient assez acoustiques avec des arrangements de cordes et de cuivres. J’étais un peu allé au bout de ce son-là que. Pour prendre le yang de cette sonorité, j’ai voulu essayer d’être plus électrique et de travailler sur la matière de l’électricité et de l’électro. Mais sans être électro d’ailleurs. Je n’ai pas une grosse culture électro en fait. Je voulais juste injecter des sons qui soient plus synthétiques. Je voulais faire évoluer le langage, les outils, la palette des choses tout en gardant mon identité. Je bricole toujours, mais avec des nouveaux jouets !

Comment s’est passée la composition de ce troisième album ?

Je l’avais déjà bien en tête avant. J’avais le titre avant d’avoir les chansons. Une fois que j’ai tout ça dans la tête, c’est un peu comme une grande image à l’intérieur de laquelle il faut zoomer. En fait, j’ai écrit pas mal de chansons. Toutes les chansons qui correspondaient pour moi à ce que j’entendais dans l’idée de « drones personnels », je les gardais et je creusais. Il y a des chansons que j’aimais beaucoup, mais que je n’ai pas gardées parce qu’elles n’étaient pas de ce son-là. J’essaye de trouver une cohérence.

Trois ans séparent tes deux derniers albums. Tu aimes prendre ton temps ?

C’est surtout que j’ai énormément travaillé pour les autres, notamment pour Camélia Jordana ou L. Et j’ai fait d’autres projets qui n’ont rien à voir à côté. En fait, tout prend énormément de temps quand tu t’investis vraiment. J’ai mis un an, voire un an et demi, pour écrire ce disque. Entre la fin de la précédente tournée et le début de cet album, il n’y a pas vraiment trois ans. Mais j’admire ceux qui sont capables de sortir un disque tous les ans. J’en serais incapable. Les Beatles ont fait ça, mais ça a tenu six ans !

Tu attaches beaucoup d’importance à tes textes.

J’essaie de faire de la musique tout court. Les mots sont un instrument parmi d’autres. Tu ne le manies pas de la même manière, mais,quelque part, c’est pour arriver au même but. La musique est différente des mots dans la mesure où il n’y a pas de sens déterminé derrière. Justement ce que j’aimerais bien avec mes mots, c’est d’arriver à créer les mêmes sensations que parvient à faire la musique sans qu’on ait besoin de réfléchir au sens trop concret du mot.

C’est vraiment Léo Ferré qui t’a donné envie d’écrire ?

Oui, quand j’étais jeune ! À vrai dire quand j’étais ado, j’adorais le hip-hop. Dans l’écriture,
C’est le rap qui m’intéressait le plus. Je trouvais que la chanson c’était très « plamplan » et assez bourgeois. Le hip-hop c’était le seul truc qui pour moi dégageait une vraie énergie, une vraie essence et qui travaillait vraiment sur le langage. Quand j’ai entendu Ferré, j’ai entendu la même chose : une manière de scander, de remplir du papier, comme le font les rappeurs. Les rappeurs ils envoient du bois ! Et Ferré c’était pareil. À cette époque, j’écoutais aussi énormément de free jazz qui selon moi dégageait la même liberté.

8573597412_d9a0933b3a_c

Sur ton album on peut entendre la voix de camélia Jordana. Qu’est-ce qui te plaît tant chez elle ?

Tout ! C’est une des personnes les plus merveilleuses qui existe. Humainement d’abord, mais aussi en tant que chanteuse. Il y en a une comme elle tous les cinquante ans ! C’est une interprète incroyable. Tu lui donnes le bottin téléphonique, t’auras l’impression d’avoir écrit un chef-d’oeuvre ! Il y a un truc super qui se passe quand on chante tous les deux. C’est une pote super. Je n’arrive pas encore à trouver le truc qui m’emmerde, vraiment ! Peut-être qu’avec les années ça viendra, mais pour l’instant elle a tout bon !

Quels sont les autres artistes avec qui tu aimerais collaborer ?

En duo, pas tant que ça. Je ne suis pas vraiment fan des duos. Mais, il y a un tas d’artistes avec qui j’aimerais travailler. Pas que dans la musique d’ailleurs. La danse, la mise en scène, le cinéma m’intéressent aussi beaucoup. J’adorerais un jour travailler avec Brigitte Fontaine ! Conan Mocassin aussi. Ce sont des gens avec qui je ressens des affinités artistiques.

La chanson Tchador Woman revient sur l’histoire de Mana Al-Sharif, femme saoudienne, qui avait marqué l’actualité en 2011 en se filmant en conduisant. Qu’est-ce qui t’a motivé à lui consacrer un morceau ?

Tout ce qui se passe dans le monde m’intéresse. Mais, les gros titres des journaux, je m’en fous un peu. Ce n’est pas ça qui me fait réagir. Par contre je suis très curieux et jamais rassasié d’essayer de comprendre ce qui se passe. Là-dedans il y a des événements qui sont des symboles au moment même où ils se passent et qui pour moi sont très forts. Vu qu’on est submergé par un flux d’actualité constant, on n’a jamais vraiment le temps de s’arrêter sur ce que signifient ces choses-là et en quoi ça résonne sur notre inconscient à nous. Cet album je l’ai écrit au moment où avait lieu le Printemps Arabe, même les Printemps Arabes, et je pense que ça m’a beaucoup influencé, que ce soit dans ma manière d’écrire ou la musique qu’il y a derrière. Mon truc ce n’est pas de lire le journal et de commenter l’actualité en disant ça c’est bien ou pas. Je ne me sens pas du tout être un chanteur « engagé ». Pour moi, cette femme qui a pris le volant, c’était symboliquement un geste très fort par rapport à la lutte des femmes et à la liberté.

Sur cette chanson, on a beaucoup évoqué Bashung. C’est quelqu’un à qui tu pensais quand tu l’as écrite ?

Non, justement, j’essaie de ne pas ressembler à Bashung ! (rires) Déjà quand j’y pense pas ça y ressemble, alors si je pensais à lui ce serait encore pire ! D’ailleurs je pense qu’en lisant le texte séparément, on ne pense pas à Bashung mis à part qu’il y a les mots « rêve » et « madame » dans le morceau. Or, tu ne peux plus associer ces deux mots sans que ce soit référencé à Bashung. Perso, à la base, je pensais plus à une musique à la Sonic Youth avec des guitares super crados et une mécanique un peu rouillée derrière. Pour la voix, j’avais envie d’un truc qui sonnait comme le chanteur de LCD Soundsystem. Une voix pêchue, sans trop de réverb et assez funky. En fait, tout ça mis ensemble a fait que ça ressemble à du Bashung ! Et ça fait chier ! (rires) Non, Bashung est une très belle référence. Il a marqué la musique d’un truc dont on est tous plus ou moins héritiers.

Tu as grandi dans une famille d’artistes. C’était logique pour toi de devenir chanteur ?

Oui ! Je crois que je n’ai jamais vraiment voulu faire autre chose ! Tout petit déjà je voulais faire un métier artistique. Le métier en question a changé au fil des périodes, mais l’envie a toujours été là. Je n’ai jamais eu le moindre doute par rapport à ça. Quand j’étais petit, je croyais que les musiciens avaient des pouvoirs magiques. Donc je me disais que c’était cool !

En savoir +
www.babx-music.fr

Interview réalisée avec Sabine Swann Bouchoul de Rock n’ Fool : http://rocknfool.net/2013/04/13/babx-en-interview-les-mots-sont-des-instruments-comme-les-autres/
Crédits photo : Sabine Swann Bouchoul

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article