AV – « Noir et sexy »

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AV : deux initiales pour un nom de scène énigmatique derrière lequel se cache en fait Adrien Viot, un jeune artiste très prometteur dont le premier EP, Venus Bar, est sorti le 29 avril dernier. Un disque, sur fond de rouge et noir où la pop se mêle à la cold-wave dans un élan de synthés et de guitares obsédant. Le tout surélevé par des textes finement ciselés, chantés et assumés en français. AV, sombre et touchant, glaçant, mais dansant ! C’est dans son Vénus Bar à lui, celui qui a servi de décor à la pochette de son EP, que l’artiste nous a donné rendez-vous pour papoter un peu. Entretien.

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Ça fait quoi d’avoir sorti son premier EP ?
C’est un soulagement. On peut commencer à penser aux choses sérieuses. Mais en même temps, c’est beaucoup de stress et beaucoup d’angoisse.

Mais pour l’instant, tu as eu de bons retours.
Oui, plutôt. En tout cas, pas de mauvais retours de journalistes. Mais c’est important que le public aime aussi. C’est qui me préoccupe le plus, c’est que la salle soit remplie à chaque concert.

Entre la publication de tes premiers morceaux et la sortie de ton EP, il s’est passé pas mal de temps. Deux ans environ. Pourquoi ?
Avant de sortir quelque chose, je voulais être prêt pour le live. Je voulais prendre le temps, faire mûrir les morceaux, les écouter. Moi, j’ai besoin d’écouter les morceaux. Si je m’en lasse, je les mets de côté. On a aussi voulu tester quelques personnes sur le projet, des gens pour le mix notamment. Je dois avoir sur mon PC une cinquantaine de versions de Venus Bar. Je ne voulais pas faire les choses dans le désordre.

Au niveau de la composition des morceaux, tu fonctionnes comment ?
Y a vraiment pas de processus de travail, dans le sens où j’arrive toujours avec des mélodies de voix, des choses. Je bosse principalement avec deux personnes qui sont Philippe Thibault et Alexandre Armengol Areny. Tout est basé sur un échange entre nous trois. Après, moi je fais toujours les textes. On s’échange des compos, des fois ils me proposent des nouveaux refrains. Après, moi je reviens derrière. C’est un long processus. C’est pour ça aussi que ça a pris du temps. C’est parce que j’aime bien faire du collage, parfois mélanger trois chansons en même temps. J’essaie surtout de faire en sorte qu’il n’y ait pas de fonctionnement préétabli. Sinon, après, c’est comme dans les vieux couples, à partir du moment où il y a des habitudes, on se lasse.

Donc, plusieurs personnes participent au projet AV ?
Le projet AV a été fait qu’avec des copains. C’est des gens qui ont les mêmes affinités que moi pour la musique électronique, pour les synthés. Je bosse avec des personnes qui ont le même langage musical que moi. Par exemple, il y a beaucoup de guitaristes différents qui vont intervenir sur l’album et j’aime bien au niveau des instruments avoir un éventail assez large pour pouvoir avoir le son que je veux vraiment.

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Tes morceaux ont un côté très sombre. La mort et la fuite y sont omniprésentes. Pourquoi cette noirceur ?
Souvent les animaux à sang froid ont du venin ! Je crois que c’est assez naturel chez moi. À partir du moment où on est parti sur venus Bar qui est une chanson sombre, on a voulu être cohérent. J’ai essayé de faire des chansons légères, un peu pop, un peu plus ensoleillées, mais on les gardera pour le prochain album. Sur ce disque, là je parle en terme d’album, l’idée c’est de sortir un objet avec un fil rouge, une cohérence et une couleur. C’est vrai que là pour le coup, c’est assez noir, mais c’est aussi rouge. On veut faire quelque chose de noir et de sexy. Peut-être que le prochain album sera pop et qu’il y aura du ukulélé ! Ça m’étonnerait, mais on ne sait jamais !

Les remix sur l’EP c’est toi qui les as choisis ?
J ‘ai reçu plein de remix, mais j’ai choisi ceux-là parce que c’était les plus sombres. Je voulais que ce soit cohérent avec l’EP. Par exemple, j’ai eu un remix de Les Filles et les garçons, mais ils ont fait quelque chose de très léger et très pop. C’était un de mes remix préférés, mais je n’ai pas pu le mettre sur l’EP parce que ça aurait fait un peu bizarre. Mais je vais bientôt le partager, je pense.

Est-ce que tu peux revenir sur ton parcours ?
J’ai fait un lycée professionnel avec un parcours un peu long et laborieux. Mon frère lui était à la fac à Paris. Après avoir eu mon BAC, je fantasmais de vivre à Paris donc j’ai fait une école de radio pour être animateur. Ça m’a permis d’être à Paris et de mettre un pied dans le milieu de la musique et de voir des concerts. Parce que jusqu’à mes 17 ans, je n’avais jamais vu de concerts à Paris. J’habitais en Seine et Marne. Ma première Flèche d’Or, j’ai dû la faire à 19 ans. À la sortie de mon école de radio, j’ai été animateur à Oui FM. J’ai rencontré pas mal de gens dans le milieu de la musique. Ces contacts m’ont permis de m’entourer et de faire ce disque.

T’as toujours voulu faire de la musique ?
Oui, quand j’étais petit je voulais être acteur ou chanteur. J’ai toujours rêvé d’être dans l’art ou dans la poésie. J’avais envie de créer ! Le cinéma et la musique m’ont toujours fait fantasmer, comme beaucoup de gens d’ailleurs. Ça n’a rien d’exceptionnel ! Après, il faut aller au bout de ses envies !

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Parmi tes influences tu cites Daniel Darc ou encore Bashung. Qu’est-ce qui te parle chez eux ?
Adolescent, j’ai connu une période difficile, au lycée. Un peu comme tous les ados ! J’étais en internat et ce n’était pas simple pour moi. À ce moment-là, j’ai découvert Daniel Darc. Ça m’a vraiment accompagné pendant toute cette période. Notamment l’album Crève coeur. Il m’accompagnait en me parlant à l’oreille. Après, Bashung, je l’ai découvert par hasard à la télé. Je suis tombé sur un live pendant lequel il reprenait Fantaisie Militaire et Grands Espaces et j’ai trouvé ça incroyable. À partir de ce moment-là, je me suis complètement passionné pour Bashung. C’est pareil pour Joy Division. Je ne connaissais pas. C’est le live de « Transmission » qui m’a donné envie de creuser. C’est des coups de cœur en fait. Ces gens, ils sont là au bon moment.

Tu as passé un an à Manchester. Penses-tu que ça a joué un rôle quelconque dans ta musique ?

Manchester a été un peu une période désespérante pour moi. Je venais de mettre fin à une histoire d’amour. Donc je suis parti vraiment loin. J’ai choisi Manchester, mais rien à voir avec le fait que c’est la ville de Joy Division et des Stone Roses. Manque de pot, c’était en plein pendant la crise, époque où David Cameron faisait passer des lois donc je ne trouvais pas de boulot. Du coup, je passais beaucoup de temps dans mon appartement à écrire, à faire de la musique, à voir beaucoup de films. Par contre, je ne sortais pratiquement pas parce que je n’avais pas d’argent.

Tu as pris des cours d’écriture aussi avec Jean Fauque ?
En fait, ce n’était pas vraiment des cours. C’est juste que quand je me suis inscrit à la SACEM il y a deux ans, ils ont retenu mon dossier et ils m’ont proposé de faire une formation de trois jours pour des cours d’écriture avec le parolier de Bashung. C’était super chouette. Il m’a fait plein de compliments qui m’ont énormément touché. Quand Jean Fauque te dit « t’es un vrai petit Gainsbar » ça encourage ! Mais au final, je n’ai pas appris grand-chose. J’ai juste rencontré un mec exceptionnel qui a été là pour me parrainer. Ça a été un bon tonton ! Par ailleurs, grâce à cette expérience, j’ai rencontré le chanteur de Phyltre, Sylvain avec qui je suis resté très ami.

Outre tes propres chansons, tu as d’ailleurs écrit un titre pour Lescop, Tokyo la nuit. Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Avec Mathieu, on se connaît depuis 8 ans. Je l’avais rencontré un peu par hasard à Prague, dans une taverne. Il faisait un concert avec Asyl et c’est devenu des potes par la suite. Je venais tout le temps les voir à Paris en concert. Et puis après, quand Mathieu a commencé à enregistrer ses maquettes solo, il me les faisait écouter. Je lui faisais écouter les miennes en retour. Il m’a demandé de lui écrire un texte, sur un bouquin de Mishima. Mathieu a été très important dans mon parcours. Il fait partie des gens qui m’ont donné envie d’aller jusqu’au bout.

Que penses-tu de l’album de Lescop ?
Il est très bien ! Y a quelque chose de très pop, très léger à la Daho, mais pour moi il n’y a pas que ça. Y a aussi un truc un peu à la Dominique A, quelque chose de très poétique. Selon moi, la différence entre Lescop et Asyl, c’est que d’un coup Mathieu est devenu un auteur qui écrit pour lui. Lescop, c’est vraiment lui ! Et ça me fait plaisir de le voir entier, même si j’aimais beaucoup Asyl.

À l’instar de Lescop, La Femme ou Granville, est-ce que tu penses faire partie d’un « renouveau » de la pop française ?
Pour moi, tous les 5 ans, il y a un renouveau. Par exemple, dans les années 2000, il y avait Alister, Alex Beaupain ou Arnaud Fleurent-Didier et j’espère qu’ils vont être là pendant encore longtemps. Là, il y a encore un renouveau. Après je me sens plus proche de certains groupes que d’autres. En fait, ce qui me fait très peur dans le renouveau de la scène française, c’est d’être catalogué et d’être bloqué à une époque. J’ai connu par exemple des bébés rockeurs et j’ai entendu des journalistes les qualifier de « jeunes gens modernes 2.0. » Et moi ça me fait juste flipper parce qu’en gros, on nous dit qu’on fait exactement la même chose que ce qui a été fait dans les années 80 sauf qu’on a une page Facebook. C’est très bien qu’il y ait une vague, mais je m’en méfie. Franchement, dans cette vague il y a des trucs que je trouve à chier, parce qu’on n’a pas les mêmes références. Et d’autres que j’adore comme Mustang, qui sont un peu les pionniers de cette vague d’ailleurs. J’aime bien La Femme et Lescop ou Juveniles aussi.

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T’as jamais eu peur de chanter en français ?
C’est simple : je ne sais pas écrire en anglais donc je suis un peu emmerdé. Donc pour moi, ce n’est pas vraiment une difficulté. Je ne peux pas faire autrement. À part peut-être faire du yaourt. Même si je parle un peu anglais, je rêve en français donc je ne me vois pas écrire dans une autre langue. Quand on fait les choses en français, c’est comme le bon vin, faut laisser vieillir !

Tu seras sur scène le 19 juin. Comment est née la formule d’AV sur scène ?
Je suis accompagné par les mêmes personnes depuis le début. Ce ne sont que des copains. Parce que je voulais être entouré de musiciens portés par la même excitation que moi. Par exemple, le fait de jouer dans un bar ou dans une salle de province pourrait rebuter des musiciens professionnels. Personnellement, j’adore jouer en province parce que c’est là que j’arrive à me lâcher complètement.

T’as plus de pression quand tu joues à Paris ?
Bin oui ! On est beaucoup plus jugé à Paris. Il y a beaucoup plus de professionnels. C’est un peu plus compliqué. J’essaie de me lâcher vraiment à Paris, mais ce n’est pas évident. Les patrons de labels, les journalistes, ils ne viennent pas voir les concerts que tu donnes à la Vapeur de Dijon ! Ils viennent te voir quand t’es à la Maroquinerie.

Est-ce que tu ressens une différence entre le public parisien et le public de province ?
Je n’ai pas assez tourné en province pour le savoir, mais ce n’est pas vraiment différent. Je sais que les Bars en Trans à Rennes c’était super cool. Moi qui connais bien la ruralité, la province, mais aussi la banlieue et Paris, je ne pense pas qu’il y ait une grande différence.

Jusqu’à maintenant, as-tu un meilleur souvenir de concert ?
Le dernier à Dijon à la Vapeur, avec La Femme. C’était vraiment top ! C’était un challenge de jouer avec eux. La Gaîté Lyrique aussi, avec Lescop, c’était vraiment bien. Les deux concerts font partie de nos meilleurs souvenirs. Comme quoi, on s’améliore.

À quand l’album ?
S’il n’y a pas beaucoup de concerts cet été, c’est parce que je travaille dessus. Si tout va bien, il sera prêt entre janvier et mars 2014. Je suis toujours à la bourre, mais j’espère qu’en mars il sera prêt. On travaille dessus. En même temps on évolue vachement donc je pense que l’album va être vraiment différent de l’EP. Je pense qu’on va retravailler les morceaux.

Un dernier mot ?
Slip !

Crédits photo : Astrid Karoual

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

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