Automutilation – M. Deville Cavellin

par |
"Non, je n'avais pas été violée, maltraitée, déportée, non, je n'étais pas sous-alimentée, privée d'éducation, orpheline ou handicapée, non mes parents n'étaient ni divorcés ni violents, ni absents, non je n'avais pas de maladie incurable ou de malformation, non, je ne dormais pas dehors ni sous le toit d'une famille d'adoption, non, personne ne m'avait fait du mal au point d'avoir soudainement une raison de vouloir me tuer, puisqu'il fallait une raison."

5-automutilationC’est avec un immense plaisir et un très grand honneur que je vous présente Automutilation , le premier livre de Marion Deville Cavellin .

Cette jeune personne de 19 ans est déjà célèbre à son échelle puisqu’elle est l’une des étoiles de la communauté 20six, grâce à son blog nommé Les Cris de la Fée . Constamment sur la brèche, son ouvrage se situe quelque part à la limite du réel et de l’imaginaire.

La plus grave erreur que l’on pourrait commettre serait de préjuger de ce livre: il n’a rien de l’autobiographie médiocre et son héroïne est très loin de l’adolescente bloggeuse de bas étage. Tout au long de ces pages, nous parcourons les quelques années de la vie d’une fillette, puis d’une jeune fille, qui se trouve être réservée, ignorée et isolée, plongée dans les affres d’une atypique souffrance.

Nous comprendrons que la demoiselle était destinée à ce sort depuis sa naissance, voire bien avant. Ainsi pense-t-elle que c’est à cause du fait d’être née Imperfection, qu’elle est entrée dans ce terrible cercle vicieux. Celui où l’on ressent une peine hors du commun, incomprise par beaucoup. Et pourtant…  » Omettre ainsi ce qui ne caractérise pas la généralité devrait être un délit engendrant des poursuites judiciaires « . C’est pourquoi il est si nécessaire de prêter une attention toute particulière à ce récit.

Dès les premiers mots, la machine infernale est lancée à toute vitesse.

L’instrument du destin ne sera autre que la  » sorcière « , ce personnage du livre à part entière, bien qu’allégorique, sous les traits duquel se cachent tour à tour la vie, la dépression… et la mort. Cruelle, comme il se doit, cette magicienne maléfique n’aura de cesse de jouer de mauvais tours à la narratrice, lui imposant silence, solitude et brutalité.

« [...] à l’inverse de mes collègues d’internat, ce ne seraient ni les drogues, ni l’alcool qui feraient le sale boulot à ma place.
J’incarnerai ma propre arme retournée contre ma tempe.
Ne dit-on pas, généralement, que les choses ne sont jamais mieux faites que par soi-même ? Il était temps de tester l’efficacité des adages d’antan.
 »

C’est là que commence l’automutilation. L’enfer des cutters et des lames de rasoir.

Parallèlement, éternelle enfant, l’héroïne s’invente un monde imaginaire, à grand renfort de personnifications, peut-être pour rendre la réalité moins dure, ou simplement pour mieux l’accepter avant qu’elle ne s’achève inexorablement. Ce livre, saupoudré de références mythologiques, peut en effet s’apparenter à une tragédie grecque, dont le choeur serait silencieux, voire muet.

Personnage taciturne, Marion connaît mieux que quiconque les mots qui savent dire les maux : le vocabulaire employé est précis et soigné, à la rigueur presque médicale. Mieux, je mets au défi quiconque de lire ces pages sans ouvrir une seule fois son dictionnaire ! Jugez plutôt :  » N’ayant plus aucune dignité morale depuis des siècles, en plus d’être aboulique pour toute pratique sportive en raison d’un état cacochyme de littorine, il n’en fallut pas plus pour que l’ensemble profs élèves de cet immonde cours d’éducation physique profite de ma candeur, jubilant de ma faiblesse au moindre de mes mouvements en une messe de hululements péjoratifs.  » Cet effort de langage est tout à l’honneur de l’auteur, et met en exergue la valeur de ses idées. Néanmoins, le texte souffre parfois de coquilles, souillant le plaisir de la découverte de cet univers si singulier.

Avec Automutilation , Marion Deville Cavellin nous invite à la suivre dans un voyage encore inachevé à travers la dépression nerveuse. Un phénomène complexe qui coule de source dans ces pages, grâce à une expression fluide élucidant tout naturellement la solitude. Cependant, le dernier acte de la tragédie est heureusement avorté, le cercle vicieux sectionné en son diamètre : une découverte capitale est faite, qui ouvre une brèche et inscrit le mot fin en pointillés.

À l’héroïne et au lecteur, de relier les points qui inscriront pour de bon ce mot salvateur.

Comment et pourquoi une jeune fille en vient-elle à s’automutiler ? La  » sorcière  » sera-t-elle vaincue ? N’espérez pas le savoir. Ces questions sont encore en suspens…

En savoir plus:

Le blog de Marion : Les Cris de la Fée

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

2 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Lundi 24 août 2009
    low a écrit :

    est ce que se livre peut aider les personnes dans se cas la ?

  2. 2
    le Dimanche 5 août 2012
    Eymeric a écrit :

    Cette fille est une affabulatrice une menteuse de première ordre je l’est connu perso l’élément c’était une amie qui ma fait beaucoup de mal méfier vous de ce qu’elle écrit elle s’invente des problèmes j’ai lu sont livre il est médiocre!comme elle.

Réagissez à cet article