Aufgang au Café de la Danse

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Café de la danse ce jeudi 19 novembre : beaucoup de monde et une atmosphère un je-ne-sais-quoi fébrile et solennelle. Avant que résonnent les premières notes, un pressentiment nous étreint : c’est un concert-évènement qui se jouera ce soir.

16341_214707556288_170310_copieC’est sur un silence quasi religieux que Rone et Gaspar Claus entrent en scène. L’un aux machines, l’autre au violoncelle, ils nous offrent une petite demi-heure d’électro effarante, entre minimalisme du support électronique et virtuosité d’un instrument qui nous transporte de profondeurs abyssales en rêveries planantes et un peu barrées. Les morceaux s’enchaînent avec une subtilité bizarre, mais fort cohérente ; on regrettera cependant que la progression de la musique n’ait pas eu l’ampleur suffisante – faute de temps – pour déployer tout ce dont sont vraisemblablement capables les deux compères. Une jolie découverte !

Après un court entracte, les trois musiciens d’ Aufgang apparaissent et s’installent à leurs machines respectives. Ce soir, les deux pianos de Rami Khalifé et Francesco Tristano se répondent de trois quart dos de part et d’autre de la batterie d’ Aymeric Westrich, face au public. Loin d’être anodine, cette disposition augure de la prise de pouvoir d’un batteur qui était davantage discret lors du concert de la Cité de la Musique.

Si les titres joués suivent l’ordre du disque, c’est que l’album est construit selon un principe de légitimité des morceaux les uns par rapport aux autres qui semble particulièrement intelligent. Les titres les plus faciles d’accès ( Channel 7 ; Barock, Good Generation ) préparent l’oreille aux propositions plus pointues de 3 vitesses ou de Soumission, mais procurent aussi aux musiciens des moments de reprise et d’apaisement largement mérités au vu de l’interprétation musclée et fiévreuse à laquelle leur musique les condamne.

16341_214707501288_170310_copie Sonar et ses répétitions obsédantes nous plongent dans un état second, et dans le public hypnotisé, bien malin celui qui sera capable de discerner les motifs de piano, de batterie, de beats, de ses propres battements de coeur. 3 vitesses, qui s’appuie ce soir sur une batterie particulièrement tribale et inquiétante, est un morceau tout aussi physique : il n’y a qu’à observer Aymeric Westrich cogner frénétiquement sur sa batterie pour être éprouvé à son tour. Quant à Soumission, somme de tout ce qui a précédé, comment ne pas se passionner pour ce morceau de bravoure qui expérimente minimalisme, abstract, cacophonie et discordance jusqu’à atteindre une sorte de non-sens musical essentiel et renversant. Si parfois l’on sent la rigueur et le poids de l’écriture derrière la musique, Soumission s’élève et s’affranchit, possède ses interprètes, prend vie.

L’album d’ Aufgang est à posséder dans sa discothèque, venir les apprécier en live est impératif. Rarement on aura vu des instruments autant bousculés, bidouillés, dénaturés, révélés par des artistes-démiurges qui échangent de pianos en milieu de parcours. Peu importe la machine, pourvu qu’il y ait l’ivresse, n’est-ce pas ?

Crédits photo : http://www.friendattackparis.com/

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En savoir +

Aufgang, album éponyme sorti en octobre 2009 chez Discograph .

Aufgang : http://www.myspace.com/aufgangsonar
Live au Café de la Danse par Grandcrew : http://www.grandcrew.com/videos/174
Gaspar Claus : http://www.myspace.com/gasparclaus

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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