Au Québec et au Canada : la culture pour un monde meilleur ?

par MS Bérard|
La Mission poétique et sociale de Guy Laliberté n'aura pas fait qu'éveiller une conscience planétaire environnementale. Elle aura aussi momentanément fait de la Planète Bleue le public du plus grand événement culturel de l'histoire de l'humanité. La culture est-elle aujourd'hui le moyen le plus efficace d'évoluer vers un monde meilleur ?

Que vous ayez apprécié ou non l’événement diffusé sur le web, que vous croyiez ou non à l’impact d’un tel statement astral, la Mission poétique et sociale était pour le moins un grand pas culturel pour l’homme. Elle a fait de Guy Laliberté, père du Cirque du Soleil et de la Fondation One Drop, le septième touriste de l’espace et premier d’origine québécoise.

La culture est dans l’enveloppe

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Il faut se l’avouer, ces derniers temps le Canada, le Québec et Montréal ont su profiter des bienfaits de la culture.

Si vous ne le connaissiez pas déjà grâce à Histoire de Pi, Yann Martel est l’écrivain canadien à qui l’on doit le texte récité par plusieurs personnalités célèbres lors de la Mission poétique et sociale le 9 octobre dernier. De pair avec le voyage de Laliberté, son conte a servi à souligner l’importance de l’eau aux hommes restés sur Terre. Cependant, ce n’était pas la première fois que Martel amenait la culture à un autre niveau, dans ce cas-ci environnemental.

En 2007, Martel faisait entrer la culture au sein du gouvernement fédéral canadien, une enveloppe à la fois. Déçu du peu d’intérêt accordé par Stephen Harper aux arts et artistes du pays, Yann Martel a lancé un défi littéraire au 22e premier ministre du Canada. La culture s’est cette fois-ci faite l’alliée de la politique. Depuis son entrée en fonctions, Mr Harper reçoit deux livres par mois, gracieuseté de l’auteur lui-même, question de parfaire sa culture. Même s’il s’agit d’une démarche jugée par certains d’inutile, le geste se doit tout de même d’être souligné. La liste complète des oeuvres trônant maintenant dans la bibliothèque de notre premier ministre (du moins on l’espère) se trouve sur le site http://www.quelitstephenharper.ca. À ce jour, on y compte entre autres du Gabrielle Roy et du Ernest Hemingway ainsi que le scénario du film Hiroshima mon amour signé Marguerite Duras, réalisation Alain Resnais .

Un quartier des spectacles chez les cousins

Chez les cousins montréalais, les renforts de la culture débarquent aussi. Elle est le moyen qu’a trouvé le maire Gérald Tremblay pour relancer l’économie. Élu à la mairie montréalaise en 2001, Mr Tremblay s’est donné comme mission de faire de sa ville une métropole culturelle. Un objectif de taille dont le parcours n’a pas été de tout repos. Évidemment, puisque qui dit changement dit souvent bouleversement.

Vous n’êtes sans doute pas étrangers au Festival International de Jazz de Montréal, aux FrancoFolies ou au Festival Juste pour rire . Plusieurs des spectacles principaux de ces événements auront dorénavant lieu sur la Place des festivals, comme ce fût le cas pour le spectacle de Stevie Wonder lors de la dernière soirée du 30e Festival International de Jazz . La Place des festivals est une vaste aire publique située dans le tout nouveau Quartier des spectacles, également une concrétisation du mandat du maire Tremblay . D’environ un kilomètre carré, le Quartier des spectacles se veut le coeur de la métropole culturelle projetée. Non seulement est-il une attraction touristique, mais il a également contribué à la création de quelques milliers d’emplois. L’issue de la campagne électorale en cours révélera l’opinion des citoyens quant à l’impact économique qu’aura cette avancée culturelle. Bonne chance Mr Tremblay !

La culture s’est révélée ces dernières années être la méthode la plus tendance pour provoquer le changement autant au Québec et au Canada que partout dans le monde. Depuis qu’elle s’impose sur les plans social, environnemental, politique et économique, la culture n’est plus que divertissement. On ne lit plus pour se changer les idées, mais bien pour s’en faire une, et on ne chante plus que pour faire de l’argent, mais pour faire passer un message.

Alors oui, la culture pour un monde meilleur, mais en s’armant de patience. Impossible de révéler tout de suite le réel impact de la Mission poétique et sociale de Guy Laliberté . Le verre demeure à moitié plein ou à moitié vide, c’est selon, mais le temps seul nous indiquera si la culture aura su améliorer la qualité douteuse de l’eau qu’il contient.

Crédit photo : Sophie D’Ayron

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3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 24 octobre 2009
    Loïc a écrit :

    Je ne suis pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle le voyage de Guy Laliberté aurait été un « grand pas culturel pour l’homme ». Il s’agissait surtout d’un des plus grands gaspillages d’argent de ces dernières années : 35 millions de dollars rien que pour le voyage, auxquels sont venus s’ajouter entre 6 et 10 millions pour l’organisation de multiples évènements dans le monde entier.

    Combien de puits auraient-pu être créés avec autant d’argent?

    On peut lire sur le site internet de One Drop que les arts et la culture sont les armes qu’a toujours choisies Guy Laliberté pour « produire un impact sur la façon dont l’eau, notre ressource la plus précieuse, est protégée et partagée ». Je reste sceptique. En tout cas les populations de l’hémisphère Sud ont dû être bien contentes d’apprendre que des centaines de personnalités s’étaient mobilisées pour elles le temps de quelques lectures/chansons.

  2. 2
    le Mercredi 28 octobre 2009
    Flavie a écrit :

    Si on rammene tout les actions d’un homme à « combien de puits auraient-pu être créés », toutes nos actions son annulés. Guy Laliberté fait des grandes choses par rapport a l’environnement, prenez ses locaux de Montréal qui recycle l’eau de pluie et dont l’électricité de leurs bureaux vient de leurs panneaux solaires. Il a gagnée son argent lui même, il peut bien s’amuser comme il le veut. Chacun son truc.

  3. 3
    le Jeudi 29 octobre 2009
    Loïc a écrit :

    Non, tous nos actes ne sont pas annulés… Beaucoup de personnes n’auraient pas dépensé tout cet argent pour faire un tour dans l’espace. Guy Laliberté équipe ses locaux de manière à ce que ce soit davantage respectueux de l’environnement (et j’ai envie de dire : heureusement, il manquerait plus que ses actes aillent à l’encontre de ses propos), soit, mais l’argument selon lequel il a gagné son argent et qu’il peut en faire ce que bon lui semble ne tient pas. Évidemment cet argent lui appartient et il peut le dépenser comme il le souhaite, mais cela me paraît être en totale contradiction avec le message qu’il prétend vouloir faire passer. On ne m’enlèvera pas de l’idée que dépenser des millions de dollars pour aller faire quelques cabrioles dans l’espace est profondément égoïste. S’il voulait y aller, il n’avait pas besoin de se poser encore une fois en grand humaniste…

    Mais là je ne me suis attaché qu’à l’argent (après tout ce n’est qu’un détail, hein); l’aspect culturel m’a paru dérisoire. Des actions inutiles : comment des concerts ou des lectures vont-ils changer la répartition de l’eau dans le monde?

    La vedette n’était pas l’eau mais le show.

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