Attack On Memory – Cloud Nothings

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Après deux albums littéralement pétés de tubes à se rouler complètement nu sous son lit, Dylan Baldi, jeune bigleux de Cleveland, décide avec sérieux d'enclencher la vitesse supérieure et de passer au niveau suivant: morceaux de plus de trois minutes, ton de couleur relativement triste pour la pochette et producteur geek de renommée mondiale à l'appui.

Image de Cloud Nothings - Attack On Memory Car, effectivement, savoir que le nouvel album de Cloud Nothings allait être enregistré par Steve Albini (l’homme derrière – entre autres – Shellac, Big Black, Rapeman, mais qui a aussi produit à peu près les trois quarts des groupes présents dans ta discographie) pouvait en faire transpirer plus d’un. Sachant également qu’Albini se contente depuis maintenant un bout de temps de rester derrière sa console, manger du pop-corn et jouer au poker en ligne en tournant vaguement deux ou trois potards permettait ceci dit de prendre du recul par rapport à cette information, quitte à plus se concentrer sur les petits gars de l’Ohio.

Et on peut dire que ceux-ci s’en sortent clairement avec les honneurs, allant presque rejoindre et titiller leurs modèles, Nirvana et Husker Dü en tête. La première chose que l’on ressent à l’écoute de cet album, c’est que celui-ci reflète une collection de morceaux beaucoup plus personnelle pour Baldi, s’investissant pour qu’Attack On Memory lui ressemble. Et à quoi ressemble-t-il ? À un jeune d’une vingtaine d’années, avec ses doutes, ses espoirs, ses peurs (surtout ses peurs en fait, si on se concentre sur les titres des morceaux, puant la joie et l’amour de son prochain : Stay Useless, No Future/No Past, Cut You…), et c’est peut-être pour cela que cet album pourrait finalement avoir autant d’impact que les deux groupes cités au-dessus : Cloud Nothings illustrent, d’une certaine manière, le fait d’avoir 20 ans au début du 21e siècle. Expression à prendre avec d’évidentes et énormes pincettes, le groupe n’a pas réécrit Nevermind ou Debaser, mais les textes sont assez larges pour que l’on puisse si reconnaître, abordent des sujets propres à cet âge, souvent mélancoliques, et les morceaux sont construits de telle façon que Baldi puisse se permettre de hurler à plein postillons dans le micro, comme l’aurait fait Kurt Cobain ou Franck Black il y a une vingtaine d’années.

No Future/No Past et Wasted Days en sont deux parfaits exemples, les plus criants en tout cas, avec, pour le premier morceau, une lente montée au piano pour un final rageur et frondeur, et pour le suivant, de neuf minutes, une coupure psyché en plein milieu et une fantastique relance dans laquelle Baldi donne tout. Ces deux titres sont clairement les plus impressionnants du disque, où l’on sent le plus la rage adolescente, où celle-ci fait la plus convaincante, où Baldi arrive à toucher du doigt ses idoles et finalement se départir de cette image revival 90′s qui colle à son groupe depuis ses débuts. Le reste de l’album est plus classique, plus pop-punk tube à roulettes, mais se trouve tout de même teinté de l’ambiance de ces deux premiers morceaux, changeant alors la tonalité un peu branlos et pas spécialement concernée des débuts, rendant du même coup l’atmosphère plus grave, plus engagée.

Très bon album donc, qui laisse le champ libre au prochain pour réellement conclure.

Cloud Nothings sera d’ailleurs en tournée européenne cet été, avec une date parisienne prévue au Point Ephemere avec les excellents Fordamage et Piano Chat

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