Atari Teenage Riot – Is This Hyperreal ?

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La bande d'Alec Empire revient avec un album ultraviolent, révolutionnaire, fulgurant : une bombe sonore qui se lit comme la B.O. d'un XXIème siècle chaotique.

Image de Groupe cultissime pour les jeunes anglais en mal de sensations après les lois Thatcher anti-rassemblements festifs et les ravages Oasis-like causés par le succès de la britpop, Atari Teenage Riot est avant tout un groupe contre, tout contre. Il s’est construit dans l’underground électronique anglais, quelque part entre Aphex Twin et les Spiral Tribe. Mais ici, ni abstractions intellectualisantes, ni messages tribaux pacifiants : Atari Teenage Riot est une révolution en marche, violente, sauvage, extrême.

A la fin des années 90, avec ses pamphlets Revolution Action ou Too Dead for me, Atari Teenage Riot était devenu un sommet d’énergie contestataire, une référence pour l’anarchisme techno. Avec la mort de MC Carl Crack en 2000, foudroyé par une OD, la bande d’Alec Empire s’était imposée un deuil de dix ans. Quand ils sont remontés sur les planches l’an dernier, on n’y croyait plus vraiment. A tort : Alec et sa smala de cas sociaux sont de retour, et ils sont toujours aussi énervés : aux manettes, Alec Empire, bien sûr, accompagné de l’enragée Nic Endo et d’un nouveau visage, CX Kidtronik.

Teasé par quelques belles scènes en 2010 (Dour, Summer Sonic, Reading, etc), ce come-back est, il faut le dire, un poil aseptisé comparé à la grande époque. Alec Empire a du rajouter un égaliseur quelque part, jouer sur la dynamique, bref : le son est saturé comme avant, mais il passerait presque pour du travail léché en comparaison à ses anciennes galettes. Voilà en tout cas cas qu’auront retenu une partie des fans hardcore déçus par la production de Is This Hyperreal ?. Si les puristes de la compression crado et du nuage de bruit passent leur chemin, peu nous importe : ce quatrième album est une réussite totale, un pied-de-nez à l’establishment (musical comme politique), un gigantesque fuck off en forme de notes et de sons.

Car Atari Teenage Riot ressuscite définitivement l’esprit nineties même s’il tangue vers un son rénové et moderne. Alec Empire ne chante pas, il manifeste. Il hurle des hymnes surpuissants, assène kicks hardcore, claps ultraviolents, samples de guitares saturées et bleeps 8 bits au sein d’une tornade de son qui ravage tout sur son passage. Entre déclamations macabres et survoltées en allemand (Is This Hyperreal), nappes de synthés badtripantes (le single Blood in my eyes, glauque à souhait) tentatives club (Digital Decay) et interrogations existentielles sur fond d’electro-pop mélancolique (Shadow Identity), Atari Teenage Riot retrouve sa formule magique à grands coups de beats dévastateurs. On pense notamment à Black Flags, Codebreake ou The Only Slight Glimmer of Hope, qui ont la puissance de ces titres qui ne peuvent laisser indifférents. Car soit on aime ATR et on danse le poing levé, soit on a mal au crâne et on s’emmerde.

Aux dernières Eurockéennes, ils sont venus présenter ce nouvel album en chair et en os aux festivaliers français. Le trio a bondi, protesté, crié, sauté, appelé à la révolte : un show véner et fulgurant qui a prouvé qu’Atari Teenage Riot était bel et bien le seul vrai groupe punk de la scène musicale internationale. Parce que les seuls à proposer un spectacle aussi furieux, industriel, épileptique, cauchemardesque. Qui soit en même temps le paroxysme du dancefloor et une charge anti-gouvernement, anti-lois, anti-tout. Hardcore is not dead.

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A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 16 juillet 2011
    Fred a écrit :

    C’est marrant, je les ai vu en Live fin juin, et j’ai pas du tout aimer, j’ai trouver que c’était 80% de bruits inaudibles et 20% de chansons à peut près potable …

  2. 2
    le Mardi 3 avril 2012
    Antoine a écrit :

    Bonjour,
    c’est bien beau de faire une review du dernier opus d’ATR mais bon je me suis arreté après quelque lignes puisque historiquement & géographiquement FAUX, il s’agit d’un groupe ALLEMAND même berlinois donc le petit délire avec Tatcher/Oasis (jailolé)…

    Mon cher Benjamin vous avez perdu pas mal de crédibilité.

    Sinon Motorhead c’est Belge

  3. 3
    Benjamin Dierstein
    le Mardi 3 avril 2012
    Benjamin Dierstein a écrit :

    Salut Antoine,
    Oui ATR est un groupe berlinois, je n’ai jamais dit le contraire ;)
    Je fais référence à l’angleterre parce que DHR est un label anglais
    et que ce sont les anglais qui ont fait d’ATR un groupe culte, qui les ont sorti de l’underground berlinois…
    Donc aucune contradiction là-dedans !

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