Astérix – Le ciel lui tombe sur la tête

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Par Toutatix ! Le voilà enfin ce nouvel album de l'irréductible petit gaulois... Véritable évènement dans le monde des BD-philes, que dis-je, dans la Gaule toute entière, cette 33ème aventure d'Astérix a bénéficié d'un incroyable matraquage publicitaire. Pour que quelqu'un passe à côté de cette sortie, il aurait vraiment fallu que "le ciel lui tombe sur la tête" !! Après une telle mise en bouche, une seule "Idéfix" : me procurer l'album et vérifier si la potion magique fait toujours son effet...

asterix « Nous sommes en 50 avant Jésus-Christ. Toute la Gaule est occupée par les romains. Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur… » Et pourtant…

Ahhhh!!!!! Enfer et damnation, dès la première page, un drame affreux s’abat sur nos amis gaulois : les sangliers sont figés, inmangeables. Mais que va donc devenir Obélix sans cette nourriture terrestre, sans cette madeleine de Proust, sans ce mets délicat qui lui fait frétiller les moustaches ? Lui qui n’était déjà pas gros (comment ça, qui a dit qu’il était gros ??? Il est juste enrobé !!), il va fondre comme neige au soleil !!! Panoramix, Ô Druide bien aimé, fais quelque chose, une force inconnue veut la peau de nos gaulois..

Avec ce nouvel album, Uderzo fait entrer Astérix dans les affres du XXIe siècle, et nous donne un avant goût de ce qui nous y attend peut-être. Exit donc les romains, qui ne sont représentés ici que sous forme de clins d’oeil (disons qu’ils sont évoqués parce qu’ils font partie des meubles), et bonjour les envahisseurs d’outre-terre.

Oublié donc l’ennemi ancestral terré dans son camp de Babaorum, voici que le grand méchant qui en veut à la potion gauloise est un insecte du nom de Goeldera (oui oui, vous avez bien lu, gueule de rat…), tout droit sorti d’une fusée à l’effigie de Goldorak (sic!).

Fort heureusement, tous les extra-terrestres débarquant en Gaule ne sont pas uniquement des sauterelles dévastatrices et belliqueuse. Présent également, le mignon tadsylwien, une petite violette en forme de gros nounours en peluche, tout droit venu d’une lointaine étoile avec son vaisseau intersidéral.

Ère moderne et société supérieure oblige, le doux téletubbies mauve possède toute une armée de superclones à sa solde pour faire régner le bien dans cette galaxie et exterminer le mal : de magnifiques supermen en collant, avec une tête d’épingle à la Schwarzie (oui, le Monsieur Arnold, gouverneur de son état !), tout en muscle et rien dans le cerveau.

Un pied dans le passé ancestral, un autre dans l’avenir, et les mains dans le cambouis de notre quotidien, y’a pas à dire, cette histoire n’est pas que pure fiction. Il n’y a d’ailleurs rien de plus jouissif qu’un bouquin, film ou autre qui nous emmène dans un monde fait de n’importe quoi. Rien de plus génial que de sortir des cases et des règles dans lesquelles on nous impose de nous confiner, et pourtant, dans le cas présent, tous ces anachronismes et ces mélanges de genres ne font que desservir l’album…

Où est donc passé notre Astérix d’antan ? L’ Astérix de notre enfance, qui nous rendait fier d’être descendant de gaulois, simple français moyen bérèt sur la tête et baguette sous le bras. Une vision certes un brin archaïque mais ô combien rassurante. Car après tout, c’était bien cela qu’on aimait chez Astérix : cette intemporalité, ce sentiment de savoir d’où l’on venait, et cette possibilité de s’y réfugier, dès lors que l’on avait besoin de se retrouver et d’échapper à notre quotidien pas toujours très drôle.

Depuis le 14 octobre dernier, date à laquelle le ciel lui tombe sur la tête est sorti simultanément dans 27 pays, en 13 langues différentes et en près de 8 millions d’exemplaires dont plus de 3 millions en français, cet Astérix gardien de notre mémoire, et soupape de sécurité pour les nostalgiques que nous sommes, s’en est définitivement allé…

Désormais, le barde Assurancetourix, chante Dutronc ( « qui fait craquey boum hue » ), Astérix le belliqueux frise l’agressivité hystérique et comble du cynisme, on devine dans Obélix les traits d’un Depardieu aux longues tresses…

Beauf à la française, Astérix nous invitait à l’insouciance. Cette époque est révolue. Uderzo a cessé de nous faire rêver et sourire. Il nous ouvre les yeux, et le spectacle n’est pas des plus réjouissants. Notre ennemi cloné et maître du monde est aujourd’hui devant nous, il est là, bel et bien présent. Seulement la potion magique pour l’éradiquer n’a pas encore été mise au point, et force est de constater que ce n’est pas demain que l’humanité tombera dedans en étant petite. Ouais, bien vu Mickey (3D), on va pas mourir de rire…

Je ne sais pas encore si et quand le ciel nous tombera sur la tête, mais une chose est sûre : depuis cet album, je me sens orpheline, et j’ai un putain de goût amer en bouche…

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3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 5 novembre 2006
    Anonyme a écrit :

    100% d’accord!

  2. 2
    le Lundi 2 janvier 2006
    tony a écrit :

    A croire que c est uen parodies le nouvel Astérix je n’arrive pas à m’ y accrocher et sans etre un asterixophile je considere ce dernier comme uen injure pour la série des Asterix.

    HOnte à ce dernier

  3. 3
    le Dimanche 20 août 2006
    jmc amateur de BD a écrit :

    salut, pas du tout d’accord sur le fait qu’astérix est intemporel. au contraire les albums sont en complète adéquation avec les époques auxquelles ils ont été écrits…
    Le côté « nostal-beauf » est lié à une époque révolue et démodée depuis longtemps déjà.
    Ce dernier astérix au contraire renoue à mon avis avec son état d’esprit premier et reflète bien notre époque: en cela il est excellent, mais il faudra attendre le filtre des ans pour s’en rendre compte.

    Un autre symbole de cette évolution a été gaston lagaffe, qui d’enthousiaste et insouciant inventeur est devenu un contestataire désabusé; et s’il vivait encore il serait non plus dans un bureau, mais dans un asile psychiatrique.

    Cette forme de BD « traditionnelle » que nous aimons n’existe plus et ne peut plus exister, et uderzo a eu l’intelligence de le comprendre et pris le risque de l’assumer.

    il y a un livre très intéressant sur astérix, « astérix ou les lumières de la civilisation » (voir lien)

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