Asian Dub Foundation – A History Of Now

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Nouveau label, nouvel album… 2011 commence sur les chapeaux de roues pour Asian Dub Foundation. Déjà le huitième opus d’un groupe que l’on ne présente plus.

Image de Cooking Vinyl, un changement de label pour relancer la machine du collectif qui s’était quelque peu enrayée ces dernières années. Même si leur réputation de bêtes de scène n’a jamais été remise en question, depuis l’apogée du groupe atteinte en 2003 sur Enemy of the Enemy les choses se sont vite compliquées sur Tank en 2005, puis sur Punkara en 2008. Dans leurs productions studio en tout cas…

Le mélange, c’est une des valeurs incontournables des Anglo-Pakistanais d’Asian Dub, autant musicalement que culturellement. Le concept avait d’ailleurs été poussé à l’extrême sur Punkara. À trop vouloir mélanger les styles (ragga, hip-hop, drum’n’bass, rock, dub ou encore jungle), l’auditeur finissait par se perdre dans un album qui croulait sous les arrangements. Cela n’avait toutefois pas empêché de voir se détacher plusieurs brûlots tels que S.O.C.A., Burning Fence, Superpower et Bride of Punkara… Une rage jusque-là inconnue s’était en effet emparée du groupe : plus électrique, moins canalisée, et bien meilleure que sur Tank.

Alternance de séquences posées et plus énergiques, le groupe a choisi de ne proposer que peu de morceaux (11), mais néanmoins assez long (entre 4 et 6 minutes). Malheureusement avec ce nouvel effort Asian Dub reste beaucoup trop dans la continuité. Pire, la première écoute donnerait presque l’impression que le début d’album est tout droit sorti de Punkara

A New London Eye ouvre le bal et affiche des similitudes assez impressionnantes au niveau des riffs avec le Burning Fence, de l’opus précédent. Asian Dub n’irait-il tout de même pas jusqu’à nous servir du réchauffé ?

Si les premières notes de Urgency Frequency rappellent les débuts du groupe avec une intro très dub, ce titre sera certainement l’un des morceaux incontournables du disque. Toujours ce côté drum’n’bass percutant, avec une dérive vers le post punk et une intensité qui laisse prévoir un véritable feu d’artifice sonore sur scène. Pourtant le chant ne suit pas. Les tendances hip-hop sont très en retrait, on croirait entendre les tons de voix insipides de ces groupes de punk/rock californiens.

En avançant dans les pistes, le disque commence enfin à sortir du registre basique pour retrouver des sonorités un peu moins « passe-partout ». London to Shanghai est teinté d’influences indiennes avec le sitar, le violoncelle et les percussions comme unités principales. Le violoncelle apporte du sang neuf aux compositions qui oscillent entre rock, dub et world, mais semble pourtant cacher les failles béantes des nouvelles compositions. Diable que c’est répétitif !

Un des rares points positifs Asian Dub s’est réellement fait plaisir dans le domaine « world » : In Another Life est à ce propos un petit bijou. 5 min 40 s de plaisir. À l’ancienne, basse, claviers et dhôls avec un murmure hip-hop ; et surtout un voyage oriental avec la magie provoquée par le narr (flûte pakistanaise). Un morceau métissé qui rappelle un certain Cyberabad (Enemy of the Enemy) du bon vieux temps.

Toujours dans le genre indo-oriental, Temple Siren boucle l’album sur des sonorités et des intonations qui renvoient aux débuts du groupe et de son alchimie parfaite entre musiques électroniques et musiques du monde. Si ces trois compos des plus posées sont un régal, Asian Dub pêche par contre sur Power of 10. Quatre accords de basse rompant le silence avec des percussions « frôlées », le violoncelle finit par (nous) achever ces 4 minutes interminables.

Concernant le reste de l’album le résultat est assez mitigé. A History of Now, titre éponyme du disque, laisse le groupe retomber dans ses travers. La prédominance du rock envoie l’électronique plus en retrait. Les mélodies semblent avoir déjà été entendues maintes fois… Dur retour sur terre. Et ces limites musicales ne font que se confirmer au fil des titres : Futureproof est insipide et le flow terriblement réducteur. Exaspérant. Spirit in the Machine met un sacré bout de temps à se lancer et nage dans un faux rythme tout le long. Ni beat, ni chant ne viendront apporter leur pierre à l’édifice, seul le violoncelle viendra sauver l’originalité du morceau.

Il faut attendre un Where’s All The Money Gone ? très rock’n’roll pour voir le punch d’Asian Dub faire mouche : un riddim digne du temps des Community Music et un Al Rumjen dévastateur au micro ! On se demandait si les Asian Dub étaient toujours capables d’envoyer du lourd…

Enfin, impossible de ne pas attribuer une mention spéciale àThis Land Is Not For Sale avec le featuring très latino de Indigenous Resistance ! Une véritable bombe impulsée par cette voix féminine, à la fois punk, roots et groovy ! Ouf, il était temps.

Même si la force revendicative des morceaux est toujours intacte, A History of Now reste toujours trop inégal et trop similaire aux précédents disques. L’album confirme cette impression qu’en studio Asian Dub ne sait pas faire face à ses limites. L’idée de revenir à des sonorités plus traditionnelles était bonne, mais le manque d’énergie est flagrant.

Le constat est implacable : Asian Dub Foundation n’a toujours pas retrouvé la formule magique de ses grands moments et A History of Now flirte dangereusement avec la zone rouge…

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Asian Dub Foundation, A History of Now, 49 min, 11 titres, dans les bacs depuis le 7 février 2011

Site Officiel : http://www.asiandubfoundation.com/
Myspace : http://www.myspace.com/asiandubfoundationuk

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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