Asian Dub Foundation

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Que la route semble ne jamais s'arrêter pour les membres actifs d'Asian Dub Foundation... Déjà le septième album studio pour le plus asiatique des collectifs anglais. Après un Tank sorti en 2005 qui en a déçu plus d'un, Asian Dub se devait de se remettre au travail pour rattraper le temps perdu. Objectif atteint ? Verdict en studio et en live.

Punkara par Dimitri

punkaracdSi le Best Of ( Time Freeze ) de l’an dernier nous avait quelque peu rassasié, cette nouvelle galette commençait tout de même à se faire sacrément attendre ! Plusieurs changements à signaler avant de rentrer dans le vif du sujet : Al Rumjen est revenu au chant, et Aktarv8tor apporte un plus, ça c’est clair. Pouvoir repartir sur de meilleures bases, en laissant le souvenir de Enemy Of The Enemy s’estomper. Voilà le défi. On écoute l’album une première fois, nous voilà paré pour dégager les tendances. Ce qui est certain, c’est que les fans de RAFI et des débuts ne trouveront toujours pas leurs comptes dans cet album. Et ne le retrouveront plus en toute logique. Asian Dub n’a plus de dub que son nom. Pour situer musicalement l’album, nous sommes ici tout simplement dans la continuité de Tank, mais avec quelques retours à Enemy Of The Enemy . Cependant le côté trip hop du groupe est progressivement abandonné.

D’entrée, quelques morceaux phares se dégagent. Impossible de passer à côté de compos telles que Burning Fence, Superpower, S.O.C.A. ou Living Under The Radar . Paroles toujours engagées dans leurs idées, une vision altermondialiste du système mondial, des causes sociales défendues, Asian Dub ne déroge pas à la règle.

L’album se révèle être une énorme bombe du point de vue de la violence et du rythme effréné des morceaux. Ce qui ne veut pas dire que l’album est excellent. On se retrouve submergé par les sons, qui fusent dans tous les sens. Ça bouillonne : entre les guitares, les sons électroniques, les chants. Tout est mis l’un sur l’autre et provoque des mélanges à la limite de la saturation sonore. Asian Dub veut trop en faire et au final le résultat manque de sons bruts. Pourtant du travail a été effectué, impossible de le renier.

Target Practice ouvre le bal : un cocktail explosif assez punk, le ton est donné. Burning Fence, premier single, est tout simplement monstrueux. Sitar, rythmique drum & bass, soupçon de dub par dessus, un des titres phares du Punkara . Superpower est effréné. A coups de buttoirs, il attaque directement le système mondial et notamment le G8. On a du mal à se remettre de ce premier quart d’heure d’écoute, sans relâche, sans temps morts. C’est du lourd, du très lourd qui a été proposé…

punkaraLe quatrième morceau est un retour aux sources pour Speed Of Light . On change complètement de registre avec un rythme très lent, où l’on retrouve ces fameux morceaux asiat’ si chers à Asian Dub . Une montée en puissance en douceur au long de 6 minutes et des poussières. Néanmoins la superposition des sons et des instruments empêche de distinguer distinctement toutes les sonorités présentes. Ease Up Ceasar remet l’album dans sa continuité avec hélas encore une fois, beaucoup trop de mélanges. Du rock pour commencer, et une fin assez reggae. A trop vouloir varier, on s’y perd. Living Under The Radar pleut lui aussi sous les arrangements : hip hop et drum & bass viennent parachever un morceau qui se termine comme une violente explosion.

Mais là où l’enthousiasme est permis, c’est bien entendu sur S.O.C.A et Bride Of Punkara . Deux brûlots orientés vers du dub comme on l’aime, deux immenses bombes qui viennent vous hanter jusqu’à n’en plus finir ! Les titres très ambiancés, poussent à l’arrivée de Stop The Bleeding . Marqué par une guitare très incisive, c’est avec entrain que beat et basse nous amènent vers le morceau suivant.

L’album s’achève avec No Fun, une reprise étrange d’ Iggy Pop, en duo avec l’iguane. Un morceau qui se détache complètement de l’album, tant par le rythme que par l’intonation. Et malheureusement une fois de plus, le résultat est gâché par cette tonne d’arrangements et de sons trafiqués qui nuisent considérablement à la qualité générale du CD.

Dommage, car on ne se lasse pas d’écouter ce Punkara . L’envie de se diversifier, et d’explorer plusieurs styles est palpable et il y a indéniablement de bonnes idées dans tout ça. Malheureusement Asian Dub fait de l’excès de zèle. Pourtant on ne doute pas de la puissance que va dégager en live le groupe : ses nouveaux morceaux sont taillés pour la scène.

Le spectre de Enemy of the Enemy est toujours là. Pour un moment.

Asian Dub Foundation au Bataclan de Paris – 23.10.2008 par Myriam

asianphoto2-2Chaque groupe a son histoire, plus ou moins atypique, inattendue ou absolument banale, mais il y a peu de formation qui peuvent se vanter d’un engagement aussi profond que celui d’ Asian Dub Foundation .

Formé au cours de différents ateliers organisés pour apprendre aux enfants d’origine asiatique les préceptes fondamentaux des technologies musicales, le collectif a été placé depuis les débuts sous le signe de l’engagement. Car si en France le racisme a une certaine tendance à montrer le Maghreb du doigts, c’est plutôt avec les habitants du soleil levant que certains de nos chers amis anglais ont l’air d’avoir un problème. Mais c’était sans compter la motivation des 3 fondateurs du groupe ( Dr. Das, Pandit G et Master D ) qui ouvrirent leurs bras aussi bien à d’autres musiciens qu’à de multiples MCs, amenant le groupe à une entité à géométrie variable composée d’une dizaine d’artistes.

Pour cette date parisienne, c’est Voicst qui assure la première partie. Look pop-rock typiquement british pour nos hollandais, avec le slim et la mèche dans les yeux comme on les aime. Ce qui n’a pas pas l’air d’être le cas pour certains des plus grands fans d’ Asian Dub qui ne réagissant pas du tout aux riffs métalliques du groupe et à la voix façon Brian Molko du chanteur. Pourtant le cri du canard qu’on égorge a un certain charme.

Au delà de ces considérations, Voicst a ce petit truc en plus qui fait toujours son effet : des cuivres. Deux demoiselles s’occupent du saxo face à un petit blondinet qui sautille la trompette à la bouche. Malgré quelques jolis solo de notre triplette, le son reste très pop-rock, clairement influencé par des groupes comme Placebo ou Oasis . Le jeu de scène par contre est un régal, laissant se multiplier des images presque cinématographiques. Paradoxe tout d’abord de nos sage musiciennes qui se balancent doucement derrière un chanteur franchement titubant, allant même jusqu’à faire tomber la barre du micro sur le batteur, inexorablement rattrapé par notre trompettiste. Suite du contraste autour de nos dames qui jouent tout de même sur des saxos digne de Gargantua, dépassant le mètre pour arriver jusqu’au genoux de ses dernières. Enfin, poésie et guitare électrique pour clôturer le show: le chanteur se colle derrière le guitariste, grattant les cordes de sa main droite pendant que ce dernier joue les notes de sa main gauche pour un solo de guitare décapant.

asianphoto1En cinq minutes la scène est installée aux couleurs d’ Asian Dub et le show peut commencer. Chandrasonic à la guitare, Sun J au clavier et à la platine, dès le premier morceau le public rentre en transe et n’attend plus que l’arrivée du reste du groupe pour exploser. Il faut dire qu’on a rarement vu pareil lutin derrière les machines, bondissant comme électrocuté à chaque manipulation, le DJ nous balance ses ondes dub aussi bien par les profondes résonances de basse que par l’énergie qu’il déploie. Les MCs assurent des vocales aussi rythmées que techniques, nous enivrant de leur flow ultra-rapide tout en faisant participer le public à fond, se penchant à l’extrême pour permettre à ceux du premier rang de hurler dans le micro des « Take back the power!!! ». Mais Asian Dub n’oublie pas des racines très proches du reggae, voire des musiques typiques orientales grâce à leur maître percussionniste : Cyber . Se baladant sur la scène avec son dhôl ou martelant les tablâs, les fans de Drum ‘n Bass bien posée peuvent se régaler.

Un set où les vieux morceaux semblent aussi appréciés que les nouveaux, puisque c’est sans retard que le public réagit aux premières notes de Superpower ou de Burning Fence . C’est d’ailleurs à l’occasion de ce morceau que survient le joyaux de la soirée : Amina . Bien que déjà très envoutant sur le CD, la douceur du morceau trouve par le live une force tout droit venue du Moyen-Orient. Une intro sur des claquements de langues et d’autres sons survenus du plus profond de la gorge, un chant qui monte en crescendo entre la voix grave du MC et les vocalises folles d’ Amina pour finir sur des youyous perçant, laissent notre chanteuse transcendée, dansant sans répit à la manière des derviches tourneurs. Et parce qu’une fois c’est bon, mais deux fois c’est exquis, voici nos protagoniste emportés par la joie du public qui lance « Vous voulez une deuxième fois ? » Et c’est repartis pour un tour !! On ne s’en lasse pas!

Du haut niveau donc, du très haut niveau qui ne souffre que d’un bémol : un seul et unique rappel ?!! Le public s’acharne, hurle et en redemande, mais il faut se rendre à l’évidence, une heure et demie de show endiablé et frénétique suffiront pour ce soir.

Crédits Photos: Stv

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 8 novembre 2008
    Dimitri a écrit :

    Oh yeah que j’ai hâte ! Dans 1 mois au Rockstore de Montpellier ça va être lo oaï !!! Tu confirmes ce que beaucoup doutent : il faut les voir au moins 1 fois !

    Cependant t’as pas la track list du show ?

    Ou alors tu pourras directement me répondre : ont-ils joué SOCA, Bride Of Punkara, 2 Face et Enemy of the Enemy ?

  2. 2
    le Dimanche 9 novembre 2008
    Anne a écrit :

    Ah la fameuse chronique sur Asian Dub!

    C’est sympa d’avoir associé les deux articles, ça donne une bonne vision d’ensemble, d’autant plus que les deux sont réussis!

    Je trouve la critique de l’album bien construite et juste. L’article sur le live donne envie de ne pas s’en tenir qu’à l’album mais bien d’aller profiter de ce show :)

  3. 3
    le Dimanche 9 novembre 2008
    Dimitri a écrit :

    Oui effectivement ça donne bien. Elles se complètent surtout… Ca ne fait que confirmer c’que je t’avais déjà dit. En plus, c’est pas moi que le dit, c’est Myriam !

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