Les Artefacts de Strasbourg 2010

par , Polly, |
Retour sur l'édition 2010 de la Grand-Messe des Artefacts. LE festival incontournable du grand-Est.

Une salade d’Iggy Pop et d’électro-pop // par Laure

Programmation éclectique, et même binaire – osons le mot – pour ce premier jour du festival des Artefacts 2010 à Strasbourg : « Ceux qui sont venus pour Iggy Pop, et ceux qui sont venus s’éclater sur de l’électro ».

Image de The Bewitched Hands on the top of our heads The Bewitched Hands on the top of our heads ouvre le bal rock, avec une volonté manifeste, mais sans parvenir réellement à passionner les spectateurs déjà arrivés, qui pour beaucoup profitent encore du soleil pour lézarder sur les transats, aux échecs, ou encore à l’épervier avec Jérémy qui commande les troupes au haut-parleur. Fan de jeux en tout genre à l’enthousiasme débordant, il regrette quand même d’avoir dû remplacer ses véritables boules de pétanque en acier par des boules en plastique. Une « simple mesure de sécurité » selon les organisateurs… Pour les sportifs du dimanche, un palpitant tournoi de baby-foot était également organisé, « ce qui est au foot ce que la masturbation est au sexe » selon Jérôme Poulain, comique de rue bien connu des festivals qui a retrouvé avec soulagement le siège social du Modem, qu’on croyait disparu ; notre Zénith régional, dont l’architecture n’a pas fini de faire jaser. L’humoriste, sorte de Cyprien déguisé en clown, a même un conseil pour François le Français (cf les Guignols) : « Il devrait faire des concerts de musique actuelle plus souvent, ça ramène des milliers d’adhérents ! ».

Retour devant la scène pour Eiffel. Après le rock à cymbales de The Bewitched hands…, le rock à moumoute de Romain Humeau et sa « coolitude torturée ». Influence – plagiat diront certains — Noir Désir assumée, il fait siens les grands concepts de liberté, d’humanité, de révolte. Morceaux psychédéliques, qui commencent comme un conte d’horreur pour enfants perturbés et finit en explosion de rock, ou rock mélancolique, le groupe assure le spectacle et des chansons comme La rue peut aussi dire non, Mon nom est personne ou encore Sombre produisent un certain effet.

Place à un autre leader à l’ego démesuré : Anton Newcombe, du groupe Brian Jonestown Massacre, avant-gardiste d’un rock expérimental pour connaisseurs. Presque une dizaine sur scène – « ils pourraient presque former une équipe de foot ! » remarque avec pertinence ma voisine — , dont Matt Hollywood et Joel Gion qui sont de retour. Chaque musicien maîtrise son instrument et le résultat est efficace. Anton est dans ses bons jours, a l’air clean et la voix est soignée – les scènes hallucinantes du documentaire Dig ! ne seront pas pour ce soir. Les gens commencent à s’amasser dans la fosse, à lever les bras, des Sioux, des lapins et la Panthère rose font leur apparition dans le public : le « souffle festival » a progressivement fait son intrusion dans la salle. Ce n’est pas une musique qui fait arracher les sièges aux gens, mais plutôt une musique de film d’auteur, un petit bijou fragile à apprécier tranquillement.

Image de Iggy Pop Une bonne entrée en matière pour le « Monsieur Caverne du métal », toujours selon le gourou Jérome Poulain : à grands bonds, Iggy Pop déboule sur scène, un gilet en cuir sur le dos, qu’il va garder environ vingt secondes. Son passage au printemps de Bourges a déjà été commenté, par le Monde et l’Express notamment – qui ont fait là leur « BA musiques actuelles » de l’année, mais sa présence à Strasbourg elle non plus n’est pas passée inaperçue ; une large part du public, de tous âges, est venue pour lui. La peau n’est plus aussi ferme, mais les cheveux d’un blond insolent, la fougue et l’inclination à la provocation sont toujours là. Les verres se lèvent à la santé de fer de l’Iguane, ce mec en poster dans tant de chambres d’ados, ce mec auteur du générique des Zinzins de l’espace : une légende.

« Les gens…ici…come on ! » : tout le premier rang se rue alors sur scène pour une grande boum avec leur idole, qui a cette façon de chanter comme s’il adressait à chacun de nous. Les yeux fous, le micro entre les dents, la main dans le pantalon, et la raie des fesses à l’air, Iggy c’est du punk-rock mais aussi un sacré sex-appeal. Au bout d’une heure de set, il annonce « the last song, of pain and suffering ». Malgré la raclée rock, certains restent sur leur faim, attendant d’autres morceaux que ceux exclusivement issus de Raw Power, en réédition actuellement, quand d’autres saluent le retour du guitariste James Williamson et savourent le plaisir d’avoir vu Iggy.

Le point de rupture de la soirée est atteint : Yuksek, Crookers, Bloody Betroots se succèdent pendant quatre heures pour une deuxième de partie à la gloire de l’électro.

Pour la dernière date de sa tournée, Yuksek flatte les Strasbourgeois, qui se souviennent de son passage de folie à l’Ososphère en octobre. Même succès cette fois-ci, où le public scande son nom avec fureur. L’ambiance clubbing part en coup de feu avec son tube tubesque Take my hands. Un des seuls DJs à parler avec son public, avec de vraies phrases françaises, et à chanter sur ses morceaux : le courant passe plus que bien. Les Crookers continuent sur sa lancée dancefloor, mais avec des voix de synthèse, parfois trop stridentes. Mis à part cette considération esthétique leur set est vraiment bon, les clubbers sautillent, s’enroulent sur eux-mêmes, et apprécient autant les tons hip-hop que le remix de « Lady Gaga et Beyoncé en prison ». Mais c’est le phénomène Bloody Beetroots qui déchaîne les motivés encore présents dans la salle : connus pour des morceaux comme Cornelius, ou le remix de Seek and Destroy de Metallica – pas forcément apprécié par les puristes – ils n’ont pas déçu. Leur mix d’électro-punk a été l’apothéose de cette première soirée des Artefacts…

Samedi 17 avril : Oh fuck it, let’s have a party… // par Pascal

Deuxième jour au Zénith de Strasbourg sous les rayons d’un soleil visiblement décidé à être de la partie. Ce qui n’a pas été le cas des Bordelais de Luke, qui ont annulé leur show au dernier moment à cause des problèmes de voix du chanteur.

L’occasion pour Nada Surf de jouer plus longtemps devant un Zénith qui se remplit au fur et à mesure. Les années défilent, mais ne semblent avoir de prise ni sur la fraicheur trio, ni sur la ferveur et la fidélité de son public. Petit concert entre amis de longue date. Physique d’éternels adolescents. Décontraction, classe et français exemplaire. La voix de Matthew est douce, mélodieuse. Daniel Lorca à la basse, aux chœurs, aux dreadlocks improbables et à la cigarette, survole le show d’un sourire énigmatique. Et Ira Elliott s’éclate derrière sa batterie en alternant pépites power pop et ballades toutes en retenues.

Presque 1h30 de show durant lesquelles le groupe ne se privera pas de piocher allègrement dans l’ensemble de sa discographie, premier album mis à part : What is your secret, 80 Windows, Blizard of 77′, Blonde on Blonde, Happy Kid, Inside Of Love. Et cerise sur le gâteau, 3 des fameuses reprises de leur dernier album en date (If I had an hi-fi) composé uniquement de covers. On aura donc droit à celle de Love goes on des Go-Beween, dans une version assez proche de l’originale, mais aussi et surtout d’Enjoy the Silence de Depeche Mode  complètement méconnaissable et d’Electrocution de Bill Fox, un obscur chanteur de Cleveland qui connut son heure de gloire à la fin des années 80. Pour clore en beauté et lancer définitivement ce deuxième jour de festival, la triplette magique qui mettra tout le monde d’accord : Popular, Always Love et  Blankest year.

Oh fuck it ! Let’s have a party…

Image de Rodrigo Y Gabriela Il n’est que 18h30, mais le show de Rodrigo Y Gabriela sera définitivement le climax de ces deux jours. Un frère et une sœur. Deux guitares flamencos. Un set uniquement instrumental. Et 10 000 personnes debout dans une ambiance survoltée. Une chose qui parait tout simplement impossible sur le papier, surtout qu’avec Wax Tailor et Archive qui suivent juste derrière, on ne peut pas vraiment qualifier l’audience de metalheads. Et pourtant, le duo virtuose aura fait l’unanimité. Le niveau technique est hallucinant. Mais il s’agit bien plus qu’une simple démonstration de vitesse et d’agilité. Les notes semblent jaillir de nulle part, utilisant le corps de leur guitare ainsi que leurs pieds pour pallier à l’absence de batterie, dans le plus pur style flamenco.

Une grande partie de 11:11, leur nouvel album sera joué. Un disque sans la moindre reprise, mais dont chaque morceau est ouvertement dédié à une légende du métal. La complicité entre Gabriela Y Rodrigo est touchante. Ne se quittant jamais des yeux, leur jeu est fusionnel et l’on en vient presque à se sentir de trop par moments. Leur visage est radieux. Gabriela s’arrête à plusieurs reprises pour nous adresser timidement quelques mots de remerciements en français. Rodrigo ira de son petit medley Pantera / Metallica / Slayer. Un concert touchant, sincère, profondément enthousiasmant. Rock’n roll et jouissif. The Rodrigo Y Gabriela Experience.

For those about to rock, we salute you.

Image de Wax Tailor Le décor de la scène est urbain. L’atmosphère tamisée. La platine du DJ trône au milieu. Une flûtiste et deux violoncellistes sur les côtés. Les rumeurs de la ville montent. Wax Tailor fait son apparition et balance ses sons classes et raffinés. Les ambiances s’alternent. Tout comme les voix. La grâce de Marion Savary lorsqu’elle chasse le dragon ou se perd dans un océan de papillon. Mr Mattic pour les parties hip-hop. Dionne Charles pour la soul façon Sharon Jones and the Dap Kings. Et deux des membres d’ASM pour un mélange improbable de hip-hop et de funk sur-vitaminé. Un concert choral qui se finira en apothéose avec tout le monde sur la scène sur Leave it. Le tout orchestré par un Wax Tailor omniprésent, qui a la fâcheuse tendance d’en faire et d’en dire beaucoup trop entre les morceaux. Assez pénible à force. Surtout que le show impeccable en lui même, n’avait pas vraiment besoin d’être relancé en permanence.

Less is definitively more.

La déception Archive // par Polly

Image de Archive « Archive présentera son nouvel album Controlling Crowds«  pouvait on lire, dans tout Strasbourg sur les affiches annonçant le concert. Malheureusement jamais une affiche n’aura autant reflété la réalité. Aucune trace d’un morceau des sublimes Light ou Noise. Cela aurait pu être un plaisir si Controlling Crowds avait été révélateur du talent d’Archive, ce qui hormis sur une ou deux compositions, n’est absolument pas le cas. La foule qui s’était amassée devant la scène pour la venue de Wax Tailor s’est dissipée à la venue du groupe, les gradins eux se sont remplis. Le peu de mouvement dans la foule reflète le peu de mouvement sur scène. La rage viscérale des chansons studio se transforme en plainte larmoyante aux accents plus pathétiques que mystiques.

Le plus frappant reste la froideur du concert. Contrastant terriblement avec le débit de parole d’un Wax Tailor ou avec la proximité de Rodrigo y Gabriela, Archive n’offre qu’un Thank you à la quatrième chanson et un Goodbye à la fin. Un professionnalisme à l’américaine bien éloigné de l’esprit du Festival. On aurait pu voir dans cette froideur un moyen de véhiculer par le show le message de l’album : à savoir la dénonciation de la culture de masse et la noirceur de l’être humain. Rien n’y fait le concert ne décolle pas, on s’ennuierait presque. Trouver des qualités à une telle prestation est un réel défi pour une admiratrice d’Archive tellement la déception est grande. Offrons leur tout de même le bénéfice du doute avant de se débarrasser des albums : peut-être était-ce un mauvais soir, peut-être que la set list était une véritable erreur de parcours. Dans le cas contraire, je me refuse à voir mon cœur une fois de plus brisé par les basses si mal réglées d’Archive.

Crédits photo : Ludo Pics_Troy / Pascal (Rodrigo Y Gabriela, Archive et Wax Tailor)

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A propos de l'auteur

Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

2 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 3 mai 2010
    caussanel a écrit :

    désolée, mais Rordrigo et Gabriela ne sont pas frère et soeur ! et ils ne jouent pas de la guitare flamenco, ce sont eux qui le disent ! par contre je suis d’accord, bien sur, sur l’extraordinaire virtuosité dont ils font preuve : ce sont des grands et leur notoriété va grandissante. Les dieux (de la guitare) en soient loués !

  2. 2
    Pascal
    le Lundi 3 mai 2010
    Pascal a écrit :

    @Caussanel. Grosse bourde ma part. Ils ne sont effectivement pas frère et soeur. Merci de l’avoir signaler. Par contre à aucun moment je n’ai écrit qu’ils jouaient du flamenco, mais uniquement qu’ils paliaient à l’absence de batterie et de percussions en utilisant le corps de leur guitare à la manière des joueurs de flamenco.

    Le meilleur moyen de décrire leur musique reste d’écouter leurs disques et de les voir en live. Pour se faire une idée de leur son et de leur technique : http://www.dailymotion.com/video/x6nytw_rodrigo-y-gabriela-tamacun-en-live_music

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