Art Rock

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Ah ! La Bretagne, son crachin constant, son cidre, ses galettes de sarrasin et la mer magnifique mais tellement froide que personne ne s'y baigne. Mais attention, brave promeneur en quête de nature vierge et de grands espaces paisibles, ce dernier séjour en côtes d'Armor va te dévoiler un tout autre aspect de l'endroit.

Du 8 au 11 mai se déroulait en effet le festival Art Rock à Saint-Brieuc . Et quand les Bretons ont décidé de faire la fête, ça ne rigole pas. Récit de quatre jours de folie !

Jeudi 8 mai

photo1-5 18h50: Arrivée à la gare, des petits panneaux indiquent dès la sortie du bâtiment, la direction du festival, un grand soulagement pour mon sens de l’orientation qui n’a jamais vraiment été performant. Arrivée à l’accueil première mauvaise nouvelle : le camping est loin. Trop loin, surtout quand il pleut et qu’on est chargé comme un baudet. Heureusement que des êtres à la même allure de tortues, causée en partie par une tente Quechua portée sur le dos, se profilent à l’horizon. À cinq, on trouvera plus facilement.

20h00: Comme quoi cinq cerveaux ne valent parfois pas mieux qu’un, vu le temps qu’il nous a fallu pour trouver le camping, qui soit dit en passant est le camping de Brezillet, la commune d’à côté donc pas vraiment à deux pas du festival. Accueil frigorifique du proprio qui nous réclame 4? par personne et par nuit. Malgré le programme stipulant noir sur blanc que le camping est gratuit pour les festivaliers sous présentation de leur place de concert, le monsieur en question ne veut rien entendre et nous envoie méchamment balader. Malus cette fois-ci pour les organisateurs, pour cette mauvaise surprise ayant pu être évitée.

21h30: Le temps de régler nos différends avec le bonhomme, de monter les tentes et de retrouver le chemin du site (toujours sous la pluie évidemment) le premier groupe, Olli and the Bollywood Orchestra est déjà passé, et c’est Mukta qui est en scène. Envoûtée par la flûte traversière, la foule ondule comme un cobra. Cithare et contrebasse se répondent par vibrations, allant du plus aiguë au plus grave, mêlant le jazz aux sonorités indiennes. Métissage tout aussi réussi au niveau des instruments plus rythmiques, les vifs coups de trompette sonnant en échos aux percussions africaines.

Grosse déception par contre pour le groupe suivant, Rafale, qui avait été présenté comme LE groupe révélation de Saint-Brieuc, mais dont la prestation ne vole pas plus haut qu’un mix de base pour un DJ de boîtes de nuit. L’accompagnement à la basse est bon et l’intervention très rock du chanteur redonne (miraculeusement) un coup de peps, mais pour ce qui est du son en général ce n’est qu’enchaînement de morceaux plus ou moins bien remixés avec overdose de scratch sans aucun sens.

photo9Heureusement qu’ High Tone clôturera la soirée. En véritables rois du Dub à la française, le mélange guitare, basse, clavier, batterie et DJ, transporte et transcende le public. Il ne manque plus qu’un volcan caché sous la salle et la cérémonie tribale peut commencer. Encore portée par ce son hybride, c’est le rythme des notes organiques du groupe qui accompagnera les deux kilomètres du retour au camping.

Bonne soirée avec en prime l’exposition Des jeunes gens modernes accessible durant le concert (bien pratique entre les changements de groupes). Photos, pochettes de CD, et clips des groupes français de 78 à 83 sont exposés ici. Un vrai régal pour les yeux et une mine de référence pour les amateurs de Post Punk et Cold Wave.

Vendredi 9 mai

13h30: Début soft sous le pavillon des arts numériques. L’idée est intéressante : Social light de Scott Snibbe et Sho(u)t de Vincent Elka sont deux installations fonctionnant avec la participation des visiteurs. Il faut passer devant les rayons lumineux fixes du premier, pour que ceux-ci s’activent, réagissant comme un miroir et/ou comme un prisme suivant les mouvements. Enchantement coloré et lumineux où les parents se laissent traîner par leurs petits bouts tout heureux de voir leur danse créer de la lumière. La deuxième création demande l’utilisation de la voix. Face à un visage projeté sur un écran géant, le volontaire parle dans un micro et, suivant le ton, le rythme et les sons, le visage répond et réagit différemment. La troisième installation, Augmented Sculpture de Pablo Valbuena se résume par un jeu de lumière sur une sculpture composée de cubes de différentes tailles. Captivant deux minutes pas plus.

14h30: Interview de Hiroaki Uméda, chorégraphe japonais invité pour la deuxième fois au festival et qui nous présentait cette année son solo Accumulated Layout . Un grand merci à la traductrice qui m’a accompagnée.

En quelques mots votre parcours de danseur : à quel âge avez-vous commencé et qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans la danse ?

06hiroaki-umeda Hiroaki Uméda: J’ai commencé la danse, il y a dix ans, lorsque j’avais vingt ans. J’étudiais la photographie à l’université où j’ai pu voir beaucoup de spectacles. Je trouvais ça très beau et je me suis dit que je voulais et que je pouvais le faire aussi.

Quel style de danse avez-vous pratiqué ? Vous avez fait du butô ?

H.U: Je n’ai jamais fait de butô, j’ai commencé par le classique puis du hip-hop mais seulement deux ou trois ans. J’ai très vite appris à créer par moi-même à danser comme mon corps me le dictait.

Lorsque vous avez commencé à chorégraphier, il y a-t-il des chorégraphes ou des artistes en particuliers qui vous ont influencé, qui ont sollicité votre imaginaire. ?

H.U: Je ne m’inspire pas du travail des autres. Une musique, une photo peuvent m’inspirer ma danse, mais pas la chorégraphie des autres.

Vous avez une carrière internationale, comment s’est passé votre départ du Japon ?

H.U: Il y a six ans, un metteur en scène de Paris a vu mon spectacle au Japon, elle m’a demandé de l’accompagner à Paris, elle voulait y présenter mon spectacle. Je l’ai suivi et par la suite j’ai voyagé en Europe.

Vous avez beaucoup travaillé vos chorégraphies avec des grands écrans ou avec la lumière, avez-vous maintenant d’autres accessoires scénographiques avec lesquels vous avez envie de travailler?

H.U: J’ai en projet de retravailler avec des écrans, mais cette fois-ci les images qui seraient projetées dessus viendraient du mouvement des danseurs qu’un capteur accroché à leur corps pourrait saisir. Je voudrais que l’image vienne du mouvement pur.

Vous présentez dimanche un solo, mais avez-vous déjà chorégraphié pour plusieurs danseurs ou pour une compagnie ?

H.U: Pas encore mais c’est prévu, je dois rencontrer trois danseuses en Finlande en juillet pour qui je vais chorégraphier.

Vous danserez avec elles ?

H.U: Non je serais juste le chorégraphe, j’expérimente en fait. Vous voyez, pour moi travailler avec des danseuses c’est comme travailler avec des lumières ou des écrans ( rire ), j’ai des images en tête pour ma chorégraphie et mon rôle est d’orchestrer corporellement ces danseuses pour qu’elles donnent l’image ou plutôt le mouvement que j’ai en tête.

Vous sentez vous plus danseur ou chorégraphe ?

H.U: Pour moi c’est une différence qui n’existe plus. Je suis devenu chorégraphe parce que j’étais danseur mais je ne pourrais jamais arrêter d’être danseur. Je suis l’un donc forcement, je suis l’autre aussi.

Vous qui avez fait deux fois ce festival, avez-vous une anecdote ou un moment particulier à nous faire partager ?

Pas vraiment, mais j’aime beaucoup ce festival, s’il me réinvitait, je reviendrais avec joie !

16h15 Conférence des BB Brunes.

photo8Pas de retranscription aussi détaillée que pour l’interview précédente, mais quelques mots pour brosser les portraits: nos quatre garçons plein d’avenir sont donc affalés, voir allongés sur les gros carrés roses et moelleux de la salle d’interview, face à une dizaine de journalistes. Durant l’échange, qui dure quand même presque 45 minutes, on apprendra donc :

Que nos jeunes ont décidé de revenir au Français pour une question de challenge et parce qu’ils le parlaient mieux. C’est sûr qu’en réécoutant les vieux morceaux en anglais présents sur Myspace ; l’accent incisif d’Adrien fait sourire.

Que le groupe en a un peu marre de la scène et qu’il voudrait repartir en studio pour créer (parce que sur scène on ne crée pas ?)

Que quatre chansons sont d’ailleurs déjà prêtes pour le nouvel album.

Que le quatrième luron présent est le bassiste qui les a accompagnés pour toute leur tournée vu que l’ancien les a quittés et qu’il fait maintenant partie du groupe.

Et que lors de la création des morceaux c’est toujours la musique qui prime, la forme est plus importante que le fond (On avait remarqué, vu le niveau hautement élevé des paroles).

Dernière info qui prête à sourire, on apprend qu’à la formation initiale du groupe (Adrien le chanteur, guitariste et auteur, Raphaël le bassiste et Karim le batteur) ces derniers s’appelaient Hangover (en français « gueule de bois »). Drôle de saut pour des pré-ados devenus ados et qui passent de la gueule de bois au nom gentillet de BB Brunes

17h05 : Cinq minutes en retard au parc des promenades auront été de trop pour assister au spectacle des Royal Deluxe Les cauchemars de Tony Travolta . Tout était déjà complet, j’arriverais à l’heure demain…

photo7 À peine 18h00 qu’une cinquantaine de très jeunes semi-gothiques se tassent déjà devant la scène. Fans des Noisettes ? Plutôt des groupies venues réserver leur place pour le concert des BB Brunes. Pourtant le show des Noisettes affirme une qualité et un charisme détonnant. La chanteuse en particulier, moulée dans sa combinaison à clou, lance des ondes érotiques à tout le public, grattant sa basse et ondulant sur scène (voir au sol) sans complexe.

Puis arrivent les BB Brunes . Hurlements frénétiques et mouvement de foule vers la scène donnent le coup d’envoi du concert avant que le vrai spectacle ne commence. Car si la conférence de presse pouvait laisser perplexe, il faut avouer que nos quatre bruns maîtrisent quand même bien leur sujet lorsqu’il s’agit de faire jumper et s’exciter toute une foule. Quelques bons solos de guitare, deux petites chansons glissées l’air de rien en exclu et une douce folie comme on l’aime. Juste la dose nécessaire pour avoir quelques courbatures le lendemain et être sûre d’avoir passé un bon concert.

En vingt minutes de changement de plateau, le public prend trente ans. Le prochain à monter sur scène est en effet Daniel Darc . Ne connaissant du phénomène que son passé de leader des Taxi Girl, je suis d’abord absorbée par tous ses tatouages et en particulier les immenses plaques noires qui lui recouvrent le bras gauche. Mais les tatouages ne font pas le rockeur; coincé dans son style de dandy, Daniel Darc chante et gratte, mais ne pousse rien à bout, voir laisse le public somnoler sur ses chansons rock teintées de fumée.

photo12Mais la jeunesse est de retour ! Les Nada Surf investissent la scène et ne tardent pas à redonner une ambiance de folie au public. Le batteur entre en premier lançant le rythme qui ne devra plus s’éteindre de la soirée. Un peu pop et beaucoup rock, le groupe n’oublie pas non plus de s’adresser à son public avec cet accent anglais qui fait tout leur charme. Le rappel se finit d’ailleurs par une participation intense du public, hurlant des fuck-it en écho au chanteur.

C’est Editors qui clôture la soirée. Rock anglais cette fois-ci, le style n’est pourtant pas très éloigné des Nada Surf . Les guitares rugissent sans être trop saturées et la basse nous donne une rythmique pop des plus entraînante. La voix du chanteur a en plus cette tonalité grave à vous donner la chair de poule, entre David Bowie et Kurt Cobain .

Encore une très bonne journée donc, surtout qu’il a arrêté de pleuvoir (enfin) et que le week-end prévoit d’être ensoleillé!!

Samedi 10 mai

12h30: Conférence de presse de Philippe Découflé . Assis confortablement dans son transat, entouré des deux comédiennes principales du spectacle et du musicien Joseph Racaille, le chorégraphe répond avec entrain et bonne humeur aux questions multiples des journalistes. Il faut dire que le spectacle éveille la curiosité. Entre le mini scandale qu’il a provoqué jusque-là et la nonchalance avec laquelle le chorégraphe nous affirme « Heureusement qu’on ne fait pas ce métier pour gagner de l’argent, car pour l’instant on tourne encore, mais toujours à perte depuis le début », on se demande si Philippe Découflé a réellement les pieds sur terre. I

Si l’on remonte la genèse du spectacle, on tombe à chaque étape sur un élément plus fou que le précédent. Tout commence par la rencontre de Blanche, comédienne très intéressée par les numéros de cabaret et de strip-tease en particulier. L’idée est lancée de faire un spectacle sur cet art si dénigré, trouvant dans la parodie et le second degré une autre façon d’aborder le sujet. La recherche de participants est lancée sur Internet et de grandes auditions sont organisées. Une fois les artistes trouvés, allant des comédiens aux strip-teaseuses professionnelles, le travail commence et avance vite. Une véritable osmose permettant à chacun de s’amuser et de proposer ses différentes perceptions de l’exhibition et du nu.

D’ailleurs lorsque l’on questionne le chorégraphe sur le travail avec la troupe et l’ambiance qui règne, c’est presque avec pudeur que ce dernier nous confie « La troupe ? Vraiment c’est des crèmes, c’est juste un pur bonheur de travailler avec eux ». Alors pourquoi, malgré une énergie débordante, une équipe complice et le talent de Philippe Découflé, le spectacle ne marche-t-il pas ?

Pour le chorégraphe, la réponse est simple « Mon dernier spectacle, Sombréro, est très récent et les gens sont restés sur ce genre de danse très peaufinée, presque conventionnelle, alors que Coeur croisé va beaucoup plus loin. Notre société est tellement abrutie par les débilités qui passent à la télé que maintenant il faut prévenir quand on fait du second degré sinon les gens ne comprennent pas. ». Pourtant à les voir rire entre eux, tournant en dérision les questions plus ou moins subtiles des journalistes, ça donnerait presque envie d’aller voir le spectacle comme on va se faire un ciné entre amis. L’idée semble en effet du même ordre pour le chorégraphe qui affirme clairement « C’est pas un spectacle prise de tête, il n’y a pas de grandes questions philosophiques ni métaphysiques, je voulais que ça ait un peu l’aspect d’une ballade champêtre de Disney mais vu sous acide ».

C’est donc avec une seule idée en tête que je quitte la salle de conférence : Vivement ce soir pour découvrir cela !

photo10 15h00: Petit tour au théâtre pour la prestation des Gens normal . Dans la lignée des groupes de chanson française à tendance jazz manouche genre La rue Ketanou ou Les Ogres de Barback, nos trois jeunes affirment sur scène une ambiance légèrement plus rock avec des rafles de guitare et de basse comme on les aime. Bien que je ne sois pas du genre à faire état du look des artistes, il y a vraiment un portrait à faire de ceux-là. Entre le bassiste qui sort tout de droit de South Park avec son bonnet enfoncé jusqu’aux yeux et le duo campagnard formé par le guitariste et le batteur qui arborait chemises à carreaux et petites casquettes poussiéreuses, il y avait de quoi sourire.

Mais cette allure extra-terrestre atteindra encore une toute autre dimension lorsque commencent les chansons. Éclairés par une petite lumière qui sort de la barre du micro, le chanteur et le bassiste rappellent des enfants qui se seraient collés une lampe torche sous le menton pour raconter une histoire d’horreur. Pourtant, les textes n’ont vraiment rien d’effrayant et frôlent plus le niveau des Wriggles qu’une ambiance à la Stephen King . Mais il semble que se soit plus fort qu’eux, les Gens normal se sentent obligés de faire en permanence des têtes de psychopathes. Si vous n’avez pas peur de vous retrouver face à trois fous grimaçant et délirant sur des textes qui vont du couscous à la parodie de chanson d’amour, les Gens normal ne devraient pas tarder à se faire une place dans la nouvelle chanson française.

16h00 : Une demi-heure en avance au parc des promenades n’aura pas suffi pour voir le spectacle des Royal Deluxe . Déception deux fois plus importante donc. La gratuité du spectacle, associée au facteur soleil ont en effet du motiver plus d’un Briochins, car les gradins étaient déjà pleins trente minutes avant le début du show. Décidément, c’était écrit que je ne verrais pas la troupe, tant pis !

18h00 : Nouvelle soirée de concerts en perspective, et pas n’importent ! On commence doucement avec la très grooveuse Asa . Ultra décontractée, la chanteuse nous apparaît en veste de jogging colorée, charmant le public avec un naturel à faire pâlir toutes les poupées superficielles qui font de la musique. S’il n’y avait pas une foule aussi énorme devant la scène, on pourrait presque croire à un concert réservé aux intimes. La chanteuse nous parle de ses chansons, de sa mère, de son ancien petit ami et nous fait partager un peu de son soleil d’Afrique. À force de la voir se balancer comme sur un morceau de zouk, c’est finalement tout le public qui suivra le mouvement. La couleur pop des morceaux s’adapte à tout, et chacun y va de son petit pas déhanché, reprenant en coeur les chansons les plus connues.

photo5Petit échauffement soul donc pour poursuivre avec un duo qui risque de faire nettement plus tressauter les caissons de basse : The Do . Je devrais plutôt dire un trio, puisque Jérémie Pontier accompagne à la batterie. Détail qui peut sembler anodin, mais qui ne l’est pas; la batterie est surmontée d’une sorte de portique rond d’où tombent couvercles de casseroles et autres objets en fer. Durant tout le concert, notre batteur s’amusera donc à stopper brièvement sa partition pour taper sur les cymbales improvisées qui lui pendent au-dessus de la tête. Pour ce qui est du duo, hasard ou pas, c’est comme une impression de déjà-vu. La demoiselle a la moitié des cheveux remontés sur la tête et, moulée dans un superbe collant panthère, se balance mécaniquement comme un pendule en même temps qu’elle chante et joue de la guitare. Son acolyte quant à lui gratte sa basse et s’occupe du clavier sans aucun problème, un chapeau noir enfoncé jusqu’aux yeux. Il y a vraiment quelque chose des Rita Mitsouko dans leur prestation scénique. Malheureusement pas vraiment le temps de s’éterniser, le spectacle de Philippe Découflé ne va pas tarder à commencer.

20h30 : Dès l’arrivée dans le théâtre, que l’humour de Découflé se fait déjà sentir. Pendant que les danseurs-acteurs évoluent, plus ou moins habillés sur scène, deux caricatures d’hôtesse d’accueil commencent le spectacle. Mercedes et Micheline s’occupent en effet de placer les gens, s’interpellant d’un bout à l’autre de la salle et écrasant tous les malheureux qui se trouvent sur leur passage. Véritable fil rouge de la soirée, nos deux dames sont constamment sur scène et amènent en permanence la touche d’humour nécessaire lorsque le nu que nous expose Philippe Découflé devient trop gênant. Car il faut avouer que, bien que très esthétique et merveilleusement drôle, l’érotisme de certaines scènes a de quoi vous clouer à votre siège.

Corps parfaitement imberbe, nos danseurs passent chacun leur tour par l’exercice du strip-tease. Le travail du chorégraphe donne ainsi à chaque performance un caractère différant, passant de l’attitude presque enfantine d’une petite danseuse qui nous regarde, étonnée, en même temps qu’elle enlève son string, à un véritable show érotisé comme la prestation d’un danseur à la musculature d’Apollon, rugissant en même temps qu’il se dévoile toujours un peu plus. Chaque personnage s’affirme donc au fur et à mesure du spectacle, déclinant tous les stéréotypes du genre. Nous avons par exemple droit à une danseuse en mini-short et roller rose fluo, traversant la scène après chaque strip-tease pour récupérer les vêtements et qui en profite au passage pour hurler des « Bonsoir Saint-Brieuc » tout en remontant son T-shirt pour quelques secondes d’exhibition avant de se faire violemment renvoyer dans les coulisses par l’une de nos chères hôtesses.

Blanche joue quant à elle les blondes sexy et désirables jusqu’au bout, augmentant la température de quelques degrés en décrivant de sa voix suave toutes les étapes de son strip-tease. La fin de celui-ci est d’ailleurs des plus originales, notre belle blonde révélant un petit triangle argenté accroché au niveau du pubis pour conclure son numéro sur « Et pour vous ce soir, ça brille !! ». Bizarrement plus les acteurs se déshabillent plus le public semble décomplexé, arrivant même à rire de scènes dignes d’un fantasme d’adolescent. On ne passera évidemment pas à côté de la scène langoureuse de la banane (surtout quand c’est Mercedes qui essaye d’être sensuelle avec sa banane) allant jusqu’au délire de la ballade champêtre où chacun va se retrouver à fouetter son partenaire avec un poireau ou à avaler goulûment un concombre. Enfin, parce que Philippe Découflé sait ménager son public, l’apogée du spectacle arrive au dernier tableau. Tous les participants se retrouvent sur scène pour un ultime strip-tease, finissant en un amas de corps où le charnel prend le dessus sur le sexuel, jambes et bras entrelacés révélant un dégradé de couleur de peau des plus esthétiques. Dernière touche spéciale Découflé, c’est Poopie, adorable naine qui joue les poupées starlette durant tout le spectacle et qui conclut « Si je ne me déshabille pas… c’est parce j’ai froid »

photo11 22h15 : À peine sortie du théâtre, les hurlements de la foule se font déjà entendre. Dionysos a commencé, il est tant de courir ! Entre le zébulon à ressort et la pile électrique super-Duracel, l’énergie que projette Mathias est tout bonnement hallucinante. Les autres membres de l’équipe ne sont d’ailleurs pas en reste, faisant hurler leur instrument dans des solos qui semblent improvisés, tant tout le monde a l’air d’être là comme on joue entre potes.

Frottées, pincées ou grattées les cordes reflètent parfaitement la capacité du groupe à nous emmener dans leur bulle déjantée tout en s’envolant toujours plus haut dans la technique. Moment magique d’ailleurs lorsque Mathias, à genoux devant les deux guitaristes, frotte les cordes de l’instrument avec un archet, laissant les musiciens jouer les notes sur le manche. En vraie bête de scène, Mathias finit le concert en slamant sur toute la foule en délire jusqu’aux structures qui servent aux éclairages, escaladant ces dernières comme on monte une échelle. Arrivé là-haut, notre excité hurlera des mots incompréhensibles dans un haut-parleur pour redescendre et retraverser la marée humaine, porté par des centaines de mains. Malgré les hurlements et les sifflets, impossible d’obtenir du groupe un deuxième rappel, l’heure étant maintenant à Keziah Jones .

Vêtu d’un ensemble pantalon et chemise africaine, notre grand Nigérian arrive nonchalamment sur scène. Très vite, alors que le public se laisse séduire facilement (le show des Dionysos ayant éreinté tout le monde) l’artiste semble pourtant dérangé par son matériel. Il passera le plus clair de son temps à faire des signes à droite et à gauche pour d’hypothétiques problèmes de sons, tout en râlant dans son micro et en faisant son concert comme s’il était seul au monde. Attitude moyennement professionnelle et ce n’est pas le rappel qui sauvera le show. La déception de ce musicien surdoué perdurera jusqu’à la dernière seconde. Le blues-man nous gratifiera d’un supplément d’à peine trois minutes, sans un mot, le nez plongé dans sa guitare. Seul moment intéressant du concert : quand Keziah Jones a fait tomber la chemise…

photo4Heureusement qu’après cette mauvaise surprise de l’un de mes musiciens préférés, c’est un artiste dont je n’avais pas réalisé le talent qui suit : DJ Zébra . Car non seulement le DJ phare de Virgin maîtrise parfaitement ses platines, mêlant des tubes qu’on n’aurait même pas pu imaginer ensemble, mais c’est un vrai concert que nous propose l’artiste. Un batteur, un guitariste et un bassiste sont là pour justifier l’appellation « concert » et l’on assiste alors à un show tellement bien réglé que DJ Zébra semble maîtriser ses platines à distance. Une fois le disque lancé, le DJ en profite pour sauter partout sur scène et se retourner soudainement triomphant, ne laissant flotter qu’un petit air de guitare. Entouré d’excellents musiciens donc, mais n’oubliant pas de s’affirmer lui aussi successivement comme guitariste, batteur et même chanteur.

La seule ombre (mais une quelle ombre.) à la prestation du DJ sera chaussée de rose fluo et vêtue de collant zébrée : Yelle . Car à part sauter sur place en scandant ses paroles réputées pour leur haute spiritualité Yelle ne sert à rien et ne fait rien. Grosse erreur de choix pour le DJ de finir son concert avec une écervelée sans talent, la prestation de Leeroy avait au moins le mérite d’être du rap de qualité.

Plus le séjour avance, plus j’apprécie la Bretagne, il faut dire que le retour opportun du soleil aide pas mal à savourer encore plus ce genre de journée passé à courir d’un événement à un autre.

Dimanche 11 mai

Démonstration de tecktonik à 15h sur la place du Chai et Yelle sur la scène de 24h00 à 1h00. Dure journée en perspective, commençons donc par une petite expo pour s’éveiller doucement. La bibliothèque municipale de Saint-Brieuc est en effet le lieu d’exposition d’ Hervé Legall, photographe référent d’un nombre incroyable de festivals et notamment d’ Art Rock . Thème de l’exposition : les artistes féminines de Art Rock . Nous apparaissent alors des images de Camille ou de Katerine Ringer en folie, d’autres clichés d’une Olivia Ruiz toute calme, en passant par les Cocorosie, Néné Cherry ou…. Yelle (Décidément, elle me poursuit). Photos toujours pleines de charme, attrapant au vol un petit peu de cette magie éphémère propre au concert.

15h00 : Impossible de louper la démonstration tecktonik ! La petite place du Chai est déjà blindée lorsque j’arrive enfin à trouver une place en terrasse. Des petits bouts de six ou sept ans commencent déjà à gigoter leurs bras face à leurs parents tellement fiers de voir leurs chérubins imiter les artistes de la télé.

La troupe de Saint-Brieuc arrive enfin. Un bon son de boum pour gamine de 16 ans en fond, et le spectacle peut commencer. Le plus impressionnant reste leur synchronisation dans leur fouillis. Les bras s’agitent dans une forme à peu près circulaire, la tête se secoue et les jambes ont une méchante tendance à donner des coups de pieds de tous les côtés. Le summum du ridicule est atteint lorsque l’un de nos danseurs pro lance à la foule « Bon maintenant vous allez tous apprendre à danser la tecktonik, qui veut monter sur scène ? ». Les parents si fiers; les mêmes que tout à l’heure; poussent alors leurs gamins sur la scène et reprennent en même temps qu’eux les gestes fondateurs de la tecktonik. Huit gestes en tout, qui ne sont que répétés, inlassablement, à une vitesse qui est certes très rapide, mais qui reste toujours la même. Effrayée par tant de moutons échappés de leurs prés, je préfère partir pour assister au spectacle d’ Hiroaki Uméda .

16h00 : Bien que l’échange avec Hiroaki Uméda fût franchement bref et pas vraiment facilité par la barrière de la langue, c’est pleine de curiosité que j’arrive au théâtre. Le chorégraphe a opté pour une musique électro, très mécanique et répétitive. C’est un choix, mais j’avoue qu’au bout d’une demi-heure, ça commence à être limite oppressant. Pour ce qui est de la gestuelle, j’ai là aussi un peu de mal à rentrer dedans. L’espace de danse est délimité par un rectangle lumineux, ce qui ne favorise pas vraiment la création au niveau des déplacements, mais qui permet au danseur de jouer avec les élans qu’il donne à son corps et les arrêts que le mur invisible lui oppose. Techniquement on est donc assez proche des principes de dissociation du breakdance, figurant une onde qui traverse le corps du danseur pour repartir dans le sens inverse ou s’arrêter brusquement. Pas de grande révélation par contre au niveau de la lumière qui ne fait que se tamiser jusqu’à s’éteindre pour se rallumer ensuite, ou varier légèrement la forme de l’espace éclairé. Une demi-heure de solo qui passe donc vite grâce à la qualité du mouvement, mais qui manque un peu de risque au niveau de la création.

photo2-3 17h00 : Concert de Micky Green . L’arrivée de la chanteuse est la plus drôle que je n’ai jamais eu l’occasion de voir. Un pantalon de jogging sur des escarpins argentés, une petite robe bleu marine genre « petit bateau », on pourrait croire que la jeune femme vient tout juste de sortir de son lit, si elle n’avait pas le petit détail qui tue : le béret de la marine américaine. Mais plus drôle encore que ce style pour le moins surprenant, c’est la petite tête aperçue des coulisses et qui regardait la salle avec appréhension avant de se décider à rentrer sur scène. La petite Micky est juste adorable, riante comme une enfant quand elle nous raconte qu’il faut la pardonner pour les paroles du morceau qui va suivre, car elle l’a écrite à quinze ans; ou dédiant une autre chanson à sa maman adorée.

Mais si la voix de notre jeunette est vraiment bouleversante, tour à tour profonde ou aiguë, on ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire lorsqu’on la voit prendre sa guitare rose Hello Kitty . Grattant deux ou trois accords pour le style, on ne peux pas vraiment qualifier Micky de grande musicienne, mais disons qu’il faut un début à tout. L’artiste prendra en plus la basse, le tambourin et passera même derrière le piano à plusieurs moments du concert. Prestation très agréable donc, plein du soleil d’Australie et de bonheur enfantin comme il en manque souvent.

18h15 : Dernière soirée de concert, les jambes rodées depuis trois jours à force de danser et de jumper devant tous les artistes, il faut du lourd. Du très lourd. Première à monter sur scène, Yael Naïm ensorcelle tout de suite. En artiste complète, la petite dame s’affirme aussi bien au piano qu’à la guitare sèche ou même à la mandoline. Entre la soul et le pop-folk, la chanteuse a ce genre de voix suave et chaude qui ferait danser même les manches à balais. Accompagnée par d’excellents musiciens à la percussion et passant de l’hébreu à l’Anglais ou au Français en une seule chanson, le concert a en plus cette teinte orientale qui n’est pas pour nous déplaire. Les cuivres donnent eux un aspect jazzy qui rappelle une certaine Norah Jones .

La scène se vide soudainement avec l’arrivée de Camille . Tous les instruments, à part le piano, disparaissent en effet; et sont remplacés par six choristes. Plus exactement deux beat-boxer et quatre choristes, utilisant aussi bien leur voix que leur corps pour créer toutes sortes de résonances possibles. Tout le fantastique du show est là : des choeurs, des canons, des dialogues se créent entre tous nos artistes, jouant sur les tessitures de voix et nous entraînant sur une planète bizarre où les habitants communiquent par onomatopées. Réunis pour l’amour de la musique chacun donne tout ce qu’il a, le tout admirablement orchestré par notre petite brunette qui gigote et s’excite sur son micro sans jamais perdre le rythme de ses suites de sons extraterrestres. La chanteuse redescend tout de même de son monde pour quelques ballades magnifiquement accompagnées au piano, où les choeurs semblent chuchoter un secret à l’oreille de chacun.

photo3-2L’ambiance semble donc au délire communautaire artistique, car après Yael Naïm et ses musiciens, Camille et ses choristes, voici Thomas Dutronc et ses… Corses. Car le show ultra-réglé du chanteur est un vrai hommage à la Corse, ses habitants, sa musique et ses cigales. Entre le théâtre et le concert, Thomas Dutronc et ses quatre compères (un guitariste, un bassiste, un violoniste et un batteur) donnent l’impression de bien s’amuser, tout en nous présentant un spectacle d’une grande qualité. Entre le grand drap blanc éclairé par l’arrière qui leur permet de s’amuser avec des ombres chinoises en plein milieu du concert, ou le concours d’imitation de cigales auquel le public participe activement.

Nous avons bien sur droit au fameux chant polyphonique, le guitariste accrochant discrètement un mini-drapeau d’Ajaccio sur le manche de son instrument. Humour, talent, la cerise sur le gâteau arrive avec la touche franchement engagée qui pointe son nez en fin de concert. Comme une cocotte-minute qui monte en pression, Thomas Dutronc se lance dans une chanson pour le saucisson et la bonne bouffe française, et fini tremblant devant son micro en hurlant des Ni dieux. Ni maître, n’oubliant pas au passage de tailler un costard à notre cher président ou à certaines entreprises capitalistes au licenciement un peu trop facile.

Dernière partie de la soirée, mais aussi dernier concert du festival. Malheureusement les organisateurs auront cette année fait mentir la célèbre expression « Le meilleur pour la fin » car c’est Yelle qui entre sur scène. Comprenez mon désarroi lorsque après des prestations toutes plus bourrées de talent les une que les autres, où les jeux scéniques débordent d’originalité et de passion, je me retrouve face à une asperge dégingandée qui chante des chansons qu’elle doit sûrement trouver très intelligentes étant donné que toute la foule reprend en choeur.

Erreur mademoiselle, réussir à faire chanter à des gamines de 8 ans « Tu es tout petit, mon meilleur ami, j’aime beaucoup la garantie que tu m’offres au lit, la seule chose qui m’agace c’est de changer les piles » ce n’est pas vraiment la preuve d’un grand talent. Je vous passe l’intervention des représentants de Tecktonik qui n’avaient certainement pas assez dansé l’après-midi puisqu’ils sont gentiment venus remettre une couche sur le fameux À cause des garçons ; et je vous emmène directement au passage mythique où la chanteuse a voulu nous faire des exercices de gym. Dans sa bouche, il s’agissait de danse mais pour ma part lever les bras et les redescendre en exécutant un quart de tour c’est plutôt digne d’un court de stretch pour club du troisième âge. Enfin, après une heure de sauts déjantés, Yelle revient sur scène pour un rappel qui résume bien son niveau mental et artistique. Non seulement nous avons à nouveau le droit à sa chanson phare Je veux te voir, mais l’énergumène trouve en plus très drôle de lancer tout le public dans son délire de hair guitare. La voilà donc qui secoue ses cheveux comme si elle pouvait en faire des hélices d’hélicoptère et s’envoler, pendant que le public se met des coups de boule en essayant de l’imiter.

Oublions donc bien vite cette dernière prestation, car c’est absolument ravie et enthousiaste que je quitte le festival. La tête pleine d’images, le coeur plein d’émotions, le corps courbaturé mais libéré, il est clair à présent comment ce festival perdu dans les Côtes d’Armor a réussi à atteindre un quart de siècle. Car en plus de la programmation exceptionnelle et éclectique, l’ambiance reste extraordinaire dans toute la ville durant les quatre jours. De nombreux bars organisent en effet des concerts multiples et variés et restent ouverts toute la nuit. Tout à fait le genre de lieux où tout le monde se parle, échange, mais surtout s’amuse.

Une expérience à renouveler avec plaisir et à conseiller à tous !

Crédits photo: Alain Marie

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 28 mai 2008
    Julia a écrit :

    Et dire que je n’ai encore jamais eu l’occasion de le faire…
    Le côté pluridisciplinaire du festival est vraiment intéressant et d’après tes difficultés à trouver de la place, plait bien ;)

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