Art Rock 2013

par leni|
Cette année le festival Briochin Art Rock fêtait ses 30 ans d’existence. La programmation très attendue a suscité beaucoup de déception, en effet aucune grosse pointure n’était au rendez-vous et le plus gros cachet a été attribué au plus gros vendeur de disques en France (Sexion d’Assaut) mais qui ne correspond pas au goût des habitués de l’évènement.

Art Rock touche à de l’art de rue, de la cuisine (Rock’n’Toques), des expositions, de la danse, mais la partie musicale a été gâchée par un son une nouvelle fois pas à la hauteur. Des critiques ont été faites tout au long du week end sur le fait que l’augmentation générale des prix n’est en rien compensée par une qualité supérieure. Entre désillusion, confirmation et bonnes surprises, voici le bilan.

Le gros point fort de cette édition est que l’accent a été mis sur les groupes qui ont animé les bars dans le cadre Artbist’rock. Les Bumpkin Island nous ont offert un concert acoustique (un peu plugged sur les bords) au fond du Dandy Rock. Les six bretons et leur chorale nordique envoutante ont emporté le public venu les écouter en live avant la sortie très attendue de leur premier album Ten thousand nights (http://www.bumpkin-island.fr/). Toujours au Dandy Rock, les Thomas Howard Memorial emmenés par Yann Ollivier et sa voix transperçante ont emporté le public avec leur rock subtil. A l’O’Kenny le rock pur et dur était présent avec le duo Klink Clock et les puissants Ultra Bullitt.

Du côté de la grande scène, il y a eu quelques bons concerts.

Après un très bel album et une victoire de la musique Lou Doillon a touché le public de sa voix fragile (malgré un son déplorable). Elle a su accrocher la foule tout au long du concert avec des interprétations pleines de grâce comme sur le tube ICU ou sur Devil or Angel. La touche à tout nous offre des sursauts avec une reprise dépouillée de Should I Stay or Should I go entre folk et country, ainsi qu’avec le morceau Places et sa montée en puissance digne d’une Patti Smith.

Le même soir, Woodkid est lui aussi venu présenter son premier album. Le décor, qui aurait pu se retrouver dans un Seigneur des Anneaux, accompagne judicieusement sa voix venue d’un autre temps et cette musique pleine de puissance. Le show est réussi et le public se met à chanter sur ses tubes (Iron, I Love You ou encore The Golden Age). Il sort de son album uniquement pour rendre hommage à l’endroit où il vit avec un ancien morceau, Brooklyn. Woodkid mériterait d’être vu avec une bonne sonorisation pour que le résultat soit pleinement séduisant.

Emir Kusturica 2-1 - Alan Botterel

Emir Kusturica And The No Smoking Orchestra étaient venus pour faire la fête et c’est ce qu’ils ont fait! Dès le départ le chef d’orchestre et sa barbe hirsute ont salué tout le public en français avant d’entamer un Upside Down qui a fait danser l’audience immédiatement. Le groupe navigue entre les styles (ska, rock …) tout en étant poussé constamment par le vent des Balkans. Ils créent une communion en demandant « Do you agree ? » auquel le public répond « Fuck you MTV ! » ainsi qu’en faisant monter des festivaliers sur scène pour guincher. Ils amusent la foule entre les morceaux avec des effets spéciaux mécaniques, un numéro de transformisme et des intros que l’on n’attendait pas (Pink Floyd, Panthère Rose…). Le violoniste a lui aussi mis du sien en jouant de toutes les manières que l’on n’imagine pas. Bref, ce fut un vrai moment de musique, de danse et de joie avec pour point d’orgue un ébouriffant Bubamara.

Le dimanche et son temps humide nous a permis d’utilisé un proverbe breton : « Si il pleut sur ta tête c’est que t’es plus à la buvette » mais également d’écouter de la bonne musique, ce sont Sallie Ford And The Sound Outside qui s’y collent les premiers. Les américains ont fait un bon mélange musique ricaine (de la country au rockabilly), le cocktail est parfait et la voix de Sallie Ford amène de la douceur. Mais le son a atteint un niveau de médiocrité rarement dépassé, on a même entendu un « On dirait qu’elle chante de derrière le camion »… Le concert a été complètement gâché mais la magie a tout de même opéré sur I Swear et sur Danger.

Ensuite c’est au tour de Miles Kane de réchauffer la foule. Le leader des Rascals et des Last Shadow Puppets se défend plus que très bien en solo ! L’humble dandy anglais a boosté ses morceaux pour envoyer un rock rudement efficace. Cela prend toute son ampleur sur Rearrange et Come Closer qui continuera à retentir dans les bouches des festivaliers après le concert.

Skip The Use a fait trembler le sol en remuant le jeune public venu en masse. D’entrée Mat Bastard envoie un People In The Shadow qui enflamme la foule. La musique est simple (voire simpliste parfois) mais tellement énergique que cela fonctionne de bout en bout. Lorsque le moment du tube Ghost est arrivé le public s’est transformé en chorale pour le plus grand plaisir des nordistes.

Malgré un son horrible, crade, épouvantable, honteux (et beaucoup d’autres adjectifs) certains artistes s’en sont sortis, d’autres ont déçu.

Kavinsky était venu faire danser, il a finalement rempli les bars ! Il a produit une mixture de rave party peu digeste ; les seuls moments de musique, à savoir une reprise un peu facile du désormais culte Get Lucky, ont été interrompus par des problèmes techniques. Il finit avec un Nightcall qui ne suffit pas à rattraper cette performance trop faible. Par la suite après s’être fait refuser l’entrée du bar VIP car il n’avait pas son pass il a juré de ne jamais revenir (j’adresse au passage un remerciement personnel à l’agent de sécurité qui lui a interdit l’accès).

Le local Wax Tailor et son Dusty Rainbow faisaient languir, mais le show a manqué d’étincelles. Le DJ est bon, les chanteurs et musiciens aussi, le jeu vidéo en fond est parfait, le tout s’entremêle bien mais cela ne suffit à en faire un bon live. Le concert a été monocorde et sans saveur. Quelques morceaux ont déclenché de rares soubresauts (This Train, Que Sera, Say Yes) mais pas de quoi sauver ce qui aurait dû être un concert formidable.

Rock'n'Toques

Art Rock a réussi à animer les rues de Saint Brieuc avec une grosse influence pour Rock’n’Toques et Artbist’Rock mais la programmation n’était pas à la hauteur de l’anniversaire de ce festival réputé. Même les habitués de la Fura Dels Baus qui était annoncé comme LE moment de fête de l’évènement a été sympa mais pas grand grandiose. Il va vite falloir corriger le tir et enfin résoudre ce gros problème de son (qui est quand même assez préjudiciable pour un festival de musique) ou bien le public d’habitués risque de baisser les bras.

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1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 27 mai 2013
    py a écrit :

    La vidéo du concert des Bumpkin Island :
    https://vimeo.com/66497235

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