Applause @ la Flèche d’Or : « Notre drapeau, c’est celui du rock »

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Le Klub en 2008, Mains d'Oeuvre et Flèche d'Or en 2010, Flèche d'Or à nouveau en 2011, quatre concerts en quatre ans déjà. À vrai dire, on croyait tout savoir du groupe.

Image de On avait suivi les tout premiers pas, eu le temps de digérer la rencontre, attendu l’EP, vu la signature avec le label, applaudi aux passages radios et enfin, reçu le fameux album en version « watermarked », celui là même dont on ne peut rien vous dire avant sa date de sortie, dans quelques trop longues semaines. Le coup du « watermarked », autant dire que ça en impose. Alors ça y’est, cette fois c’est du sérieux on dirait ?

C’est étrange tout ça finalement. Bien sûr, l’envergure avait de suite été évidente. Même si le physique de Nico, beau chanteur ténébreux avait à l’inverse desservi la formation : pitié on avait dit PAS le physique ! Un mec beau peut-il raisonnablement avoir du talent ? Allez, laissez tomber, on nous le fait tout le temps, le coup du chanteur à minettes ; c’est bon, on est venu pour autre chose ! Presque, on avait failli classer l’affaire. Presque, on avait failli manquer Applause. La connerie, sérieusement. Pour un soupçon de merde, un pauvre, pauvre et minable cliché. C’est chiant d’être humain, de se croire objectif, tout ça. Heureusement qu’on n’avait pas tourné les talons ce soir-là au Klub, où le groupe se produisait en plateau avec A Guy In Light et Cascadeur parce qu’alors, la claque qu’on s’était prise, une fois les barrières baissées…

On avait oublié tout cela avec les concerts suivants, prenant la juste mesure du groupe, regrettant néanmoins de voir trop distinctement quatre belges d’un côté et un français de l’autre. Jusqu’à cette nouvelle Flèche d’Or version 2011, le dernier concert avant la sortie du disque. Peut-être le dernier épisode d’une certaine confidentialité. Relative, la confidentialité. Parce qu’après trois premières parties de filles, à près de 23h30, la Flèche était non seulement bien remplie, mais accueillait encore du monde venu tout spécialement pour Applause. Cette affluence, par rapport aux nombreuses Flèche d’Or vécues désertées à cette heure, ça faisait bien longtemps qu’on ne l’avait pas vue.

Or, on le ressent quand on le rencontre, le frémissement du succès. Ça doit avoir une odeur, une couleur, une saveur particulière. On jurerait qu’on peut la lire sur la tronche des gens, sur leur façon de sourire, de se parler ou d’aller commander un peu plus de verres au bar que d’habitude. Il se devine dans l’air une sorte de flottement électrique, une pression palpable, une excitation évidente. À deux doigts de la sortie d’un album, quoi de plus orgasmique que ces moments qui composent l’avant ? Ce temps précieux où rien n’est encore joué, où tout est possible, qu’illustre si bien leur « It’s about time it’s about time it’s about f*cking time ».

Image de Dès l’entrée en scène, le message est clair : il n’est pas question de demi-mesure. Après quelques heures d’attente et à l’instar d’une cocotte minute, il va bien falloir libérer la vapeur qui leur sort de partout, aux cinq Applause. C’est la Flèche d’Or ici, le temple du Rock Indé, et tant pis pour ceux venus retrouver la coolitude de leurs habitudes radio, Nova et France Inter en tête, champions de la diffusion ès Applause et de ses titres les plus souls. Parce qu’Applause, bien sûr que c’est ça aussi, mais franchement, ça veut dire quoi ces étiquettes ? Mieux vaut en prendre son parti : ils sont bons en tout, les Applause. Et surtout, on dirait bien qu’ils aiment tout. Et beaucoup. Si la batterie de Jérémie Mosseray est aussi intelligente que pour une formation de jazz, en concert, la guitare de Manu Roland n’a jamais semblé autre que rock. Quant au groove de Manu Loriaux à la basse, particulièrement remarquable ce soir, il cohabite avec un David Picard aux commandes de ses claviers, visiblement mordu d’électro (tiens, on n’aurait pas vu In Rainbows des Radiohead avec eux quelque part ?), idéal pour faire partir une salle en vrille sur certains titres au crescendo affolant. Que dire enfin de Nicolas Ly le caméléon, capable d’endosser tous les costumes et de chanter tous les styles, des magnifiques vocalises aux hurlements jouissifs en flirtant parfois avec une certaine musicalité hip-hop, flow et gestuelle à l’appui ?

Ce soir en outre, les mecs sont venus se lâcher. Avec une set-list taillée sur mesure, 200 % énergique. Certes, il aura manqué les titres qu’on avait trouvé les plus beaux de l’album. Et c’est vrai, ce n’est peut-être pas le meilleur set de la formation qu’on aura vu, techniquement et vocalement parlant. Cependant (oh yeah), c’est certainement celui qu’on a aimé le mieux. Celui qui nous a embarqués, plus intense, plus rock, plus homogène, plus dense émotionnellement que les autres. Celui après lequel on se dit : « Wahhh, il s’est passé quelque chose là ? Non ?

Image de Il faut dire que ce qui nous avait manqué jusqu’alors s’était invité à la soirée, en fanfare, qui plus est. Avec une ligne de front surtout qui joue ensemble, interagit, se sourit, se répond et prend visiblement son pied, Applause est définitivement un groupe. Quelle force semble naître de cette alchimie nouvelle, avec un chanteur qui va chercher tantôt le guitariste, tantôt le bassiste, décuplant l’énergie de l’ensemble ! Quelle puissance il y a désormais dans cette espèce de monstre à cinq têtes qui se nourrissent mutuellement ! Et comme on en a vu, des sets parfaits techniquement, mais si lisses qu’on en pleurerait, comparés à cette magie qui est si belle à voir, lorsqu’elle émerge de la scène. Loin de se dissoudre dans le groupe pour disparaître un peu, chaque membre donne au contraire l’impression d’accéder à une dimension supplémentaire et de prendre une place plus marquée. Avec une confiance plus grande, la base sur laquelle chaque membre du groupe peut s’appuyer est plus solide encore, permettant de donner davantage, de se lâcher complètement.

Image de Le mieux, c’est encore de les voir se tomber dans les bras sur le côté de la scène après un dernier titre, euphoriques. Sauf qu’il n’est pas question pour le public d’en rester là. Allons les gars vous rêvez ! Un rappel à la Flèche d’Or ? Mouarf.

Rappel il y eut, pourtant.

« Notre drapeau c’est celui du rock », nous a dit une fois Nicolas Ly. Tu m’étonnes.

Réjouissez-vous : tout ça ne fait que commencer.

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Galerie photo sur le Flick’r d’Isatagada

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Site officiel : www.weloveapplause

Concert à Limoges le 25 mars, Niort le 26 mars, Montpellier le 12 mai, Dijon le 19 mai, … Release Party au Café de la danse le 7 juin 2011



A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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