Applause et Rover envoûtent la Boule Noire

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Parfois il faut drôlement mouiller la chemise pour couvrir un concert. L’accred de dernière minute un week-end, mieux vaut ne pas y compter même en pleurant auprès des managers, des labels, ou de l’organisateur de l’event.

Dans ces cas là, si tu n’as pas la carte « super friend » à sortir de ta poche, il te reste plus que tes yeux pour pleurer. Une fois n’est pas coutume, cet article est donc totalement dédié à Céline Faye, sans qui je n’aurais pas pû écrire ces lignes.

Arrivée à 19h dans une Boule Noire encore vide, je croise David et Manu Loriaux d’Applause qui prennent la sortie.
- « Vous allez où comme ça, ce n’est pas vous qui ouvrez ?
- On va dîner ! C’est Rover qui commence, nous on joue à 20h45 ! »

En effet, à peine quelques secondes après cet échange, une sorte de géant en gabardine entre dans la salle. Malgré son nez planqué dans le grand col relevé de son manteau, sa coupe mi longue et sa corpulence ne font aucun doute sur l’identité du gaillard qui vient en sens inverse : il s’agit bien de Timothée Regnier, la nouvelle coqueluche indé dont le nom a fait le tour des médias comme une traînée de poudre depuis la sortie de son EP en ce début d’octobre.

Le moins que l’on puisse dire c’est que ROVER est imposant, une sorte montagne humaine dont le look serait un mélange de Robespierre en version romantique et de Corto Maltès.
Quelques minutes plus tard et il entre au milieu des fumées accompagné d’un batteur et d’un bassiste, sur une scène plongée dans une pénombre pour une atmosphère très Emily Brontë.
Sa musique est à l’avenant, sombre et profonde, servie par une voix puissante et rare qui lui vaut ce buzz amplement mérité. On pense à INTERPOL dans les moments les plus graves ; mais ce qui conquiert l’auditoire, c’est sa capacité à moduler cette voix pour l’emmener dans des sphères plus aiguës chères aux BEACH BOYS, comme autant de trouées lumineuses au milieu des ténèbres. Certains évoqueront le côté statique du set. Certes, ROVER n’est pas du genre à sauter partout. Mais il est très charismatique et cohérent de bout en bout. Une belle découverte dont on n’a pas fini de parler.

Changement de plateau tandis qu’à travers les travées de la structure métallique j’aperçois Nicolas Ly en coulisses, concentré avant son entrée en scène. Les premiers rangs se sont tassés et les appareils photos sont sortis en masse. Au milieu du public habituel rock parisien commencent visiblement à s’infiltrer des bouts de ce que l’on pourrait appeler le « grand » public, preuve qu’APPLAUSE est en train de démocratiser son audience.

A l’inverse du Café de la danse où la salle était restée timidement assise, ici elle est massée au plus près de la scène et semble pressée que le concert commence. Ce qui tombe bien car le groupe était dans les starting blocs et démarre fort dès le tout 1er titre, un « Beast » qui n’est pas sur l’album mais groove merveilleusement, parfait pour chauffer un public qui ne demande pas mieux. APPLAUSE est dedans dès le démarrage du set : le principe du plateau ne laisse que peu de temps pour convaincre et la formation Franco Belge maîtrise désormais l’exercice avec brio. Ce soir ils sont venus pour un sprint et embarqueront tout le monde dans leur sillage sans leur laisser jamais le temps de reprendre leur souffle.

L’ambiance est radicalement différente de celle de ROVER, lequel était tout en retenue. Avec APPLAUSE le rock est soul, intense, dansant et électrique ; surtout, par contraste, il est incroyablement extraverti. Ce rock là est une musique qui s’évade du quotidien pour finalement se perdre dans les gestes amples d’un chanteur qui se fait danseur jusqu’à la transe la plus généreuse qui soit. L’énergie de celui capable de s’oublier dans la musique ne laisse aucun répit à son public. D’autant que, nouveauté, Nicolas Ly vient désormais souvent tout en bord de scène, au plus près du premier rang qui se pâme devant ce garçon à la fois très beau et formidablement habité, touché par la grâce. Sa voix, qui lui vaut sans cesse des comparaisons avec Jeff Buckley, offre les plus belles vocalises pour se terminer parfois sur des cris déchirants mais surtout, libérateurs. Les musiciens, complices depuis quinze ans, se surpassent pour un set déchaîné, presque furieux. La faute, certainement, à l’enchaînement des derniers morceaux qui, en live, font déferler sur la Boule Noire une puissance de rock électronique aux accents punks et laisseront derrière eux la frustration d’un set bien trop court, plateau oblige.

La Boule Noire, comme assommée, semble sortir brutalement d’un voyage qui lui aurait fait quitter terre et tout oublier le temps d’un mini concert. Impossible de voir APPLAUSE sans se dire qu’il faudra y retourner encore tellement on sort de leurs concerts dans un état second, délivré de tout, comme sur un nuage heureux. Oui décidément, il faudra les revoir. Car chaque concert est différent du précédent et que l’évolution du groupe, désormais, a pris un coup d’accélérateur qu’on n’aura pas pû ne pas remarquer.
Qu’ils nous aient parlé avec un plaisir non dissimulé, après le concert, de nouveaux titres et d’un prochain album qui se dessine déjà, est un signe qui ne trompe pas…

Set List Applause : The Beast / The Lighthouse / Traceability / All About You / It’s About Time / White Rabbit / Black Sand / Witches / Children // Beginners

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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