Applause à la Flèche d’Or

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On a toujours pensé que les Belges étaient merveilleusement décalés. Fêter le Nouvel An Belge en cette fin de mai n’était donc pas franchement pour nous surprendre, d’autant que l’occasion était trop belle d’applaudir (forcément) le groupe Applause à la Flèche d’Or.

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Applause, attention, n’est pas entièrement Belge cependant ; cocorico : leur chanteur est Français, et il n’est pas là pour faire de la figuration.

Les Belges, pourtant, sont des pointures. Manuel Roland (guitare), David Picard (claviers), Manu Loriaux (basse) et Jérémie Mosseray (batterie) officièrent d’abord au sein de la notoire Fanfare du Belgistan avant de travailler avec Nery (les VRP), les Ogres de Barback, –M– ou encore Matthieu Boggaert. Pas mal.

Nicolas Ly, de son côté, composa longtemps en solitaire, s’adonnant au chant choral de sa voix singulière comme aux enseignements des beaux arts à Paris, posant aussi parfois pour les plus grands (John Galliano).

De leur rencontre en 2006 naquit Applause, qui prit le temps de grandir. La formation, après un concert coup de cœur dans les caves du Klub à Paris en 2008, jouera essentiellement en Belgique, nous frustrant pour longtemps. Et puis, avec les premières parties de –M– en Belgique, une signature en édition, un titre en bonne rotation sur radio NOVA et la sortie d’un fantastique EP — déjà épuisé, mais patience —, les choses se précipitèrent un peu. En France, il fallut néanmoins attendre mai 2010 à Mains d’Oeuvres pour les revoir. Il n’était donc pas question de les manquer, même pour un set de neuf titres (plateau chargé oblige), bien trop court quand on aime.

Ce soir, après les orages de la journée, c’est une chaleur moite qui persiste, même en terrasse. À l’intérieur, une sorte de douce euphorie semble avoir envahi la scène, qui parait libérée de toute forme de tension ; gros changement d’atmosphère par rapport à Mains d’Oeuvres.

Tout sourire, le très beau chanteur eurasien envoûte rapidement la salle de sa voix qui rappelle fatalement celle d’un certain Jeff Buckley. Nicolas Ly est l’un de ses rares O.V.N.I. qui habitent totalement leur chant, pas seulement de sa voix, mais de tout son corps, lequel bouge au rythme des morceaux comme pour mieux en souligner le relief. Très expressif, il va fermer les yeux, tête rejetée en arrière, gorge offerte, faire vibrer ses lèvres pour moduler les sons tel un orfèvre, ou encore s’éloigner du micro pour servir la musique d’une danse qui lui est propre et dans laquelle il excelle, presque une sorte de transe.

Les musiciens sont très impressionnants et dépassent très largement la simple exécution pour s’envoler vers des sphères inaccessibles au commun des mortels. En s’y attardant un peu, on se rend compte que chacun d’entre eux marque le groupe de son empreinte forte pour une contribution transcendée à l’ensemble. Le guitariste, hyper charismatique, semble ne faire qu’un avec la musique ; mais pour autant, on aurait tort de ne pas s’apercevoir du rôle central du clavier – planqué au fond — ou encore de l’excellent couple basse batterie qui impose une rythmique jazzy remarquable. Il faut bien cela, à vrai dire, pour se promener avec une déconcertante facilité dans tous les registres, de la soul à l’électro, en passant par des phases de rock à la dEUS. Il faut bien cela également, pour nous servir de tels arrangements et groover d’une façon aussi magistrale.

Du très très haut niveau en somme, que nous ne sommes pas les seuls à avoir repéré. Car on apprendra lors du changement de plateau la raison de l’ambiance très particulière qui régnait sur scène ce soir : « ça y’est, on a signé il y a une heure trente à peine ! ». 

On ne se privera pas pour affirmer dès à présent que Wagram et son 3ème bureau, après Pony Pony Run Run et la Maison Tellier, ont encore eu le nez fin avec Applause.
Faites nous savoir si les paris sont ouverts : on est prêt à miser beaucoup.

Set List : Told, Traceability, All about You, The beast, Closer, The Lighthouse , It’s about time, Beginners, Children

Crédits photo : Isatagada / Galerie complète

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 30 mai 2010
    Christine a écrit :

    Voilà un article qui donne envie d’aller voir ce groupe…
    Merci à toi Isatagada…