Applause

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Quelques jours avant la sortie de leur premier album (le 23 mai en Belgique et le 6 juin en France), nous avons passé trois membres d'Applause à la question. Rencontre avec un groupe déjà très attendu.

Le Band

APPLAUSE, c’est quatre musiciens belges et un chanteur français. Vous n’aviez pas trouvé votre « voix » en Belgique ?

Nico Ly (chant) : Aujourd’hui, après 4 ans, on peut dire qu’Applause est un groupe tout court, et plus l’addition de 2 entités.

Manu Roland (guitare) : Paris et Bruxelles ne sont pas si éloignées, on est un peu des cousins. Même si, vu de France, être belge peut paraître un peu exotique, vu d’ici, ça paraît tout naturel de travailler avec des Français. Il y a plus de choses qui nous unissent et nous rapprochent que de réelles différences culturelles.

David Picard (clavier) : On n’a pas vraiment cherché à proprement parler. On en a juste un peu parlé autour de nous. Et puis un ami parisien nous a présenté Nico à un concert.

Ça vous agace les remarques sur le « beau » chanteur

MR : Comme celle-ci ?

DP : On s’en fout complètement pour dire la vérité.

Pas trop difficile l’intégration d’un 5° larron ? Comment fait-on pour que la greffe prenne ?

NL : Pour que la greffe prenne, rien ne vaut mieux que des belles chansons auxquelles on croit fort. C’est ce qui nous lie et nous télescope hors du quotidien

MR : Musicalement, ça a tout de suite fonctionné, c’était assez magique. Humainement, Il a effectivement fallu du temps pour que Nicolas prenne sa place dans notre groupe, mais c’était plus une histoire de codes, de modes de fonctionnement qu’un réel problème. C’est vrai qu’on joue ensemble depuis 18 ans, mais on a déjà 4 ans avec Applause, ce n’est pas rien et maintenant, je pense que l’on peut parler d’une réelle osmose.

DP : C’est ça la magie d’un groupe, pouvoir se fondre dans un tout, tout en gardant son individualité. Ça prend du temps, mais quand ça fonctionne bien tout est possible.

La Belgique

La scène belge marche assez fort en France : c’est quoi le truc en plus ?

MR : On n’a pas la loi Toubon qui nous empêche de chanter dans la langue de notre choix. Bruxelles, capitale de l’Europe est un vivier d’artistes de tous pays.

DP : Je pense qu’on est un peu plus décomplexé en Belgique. Vous avez un héritage culturel immense en France, mais du coup, vu de chez nous, on se rend compte que ça ne doit pas être facile à porter. La Belgique est un petit pays un peu bâtard, on est obligé de se nourrir de ce qui vient de l’extérieur.

Comment vous situez vous par rapport à vos compatriotes les dEUS, Ghinzu etc. ?

NL : Aucun rapport pour ma part… Ce ne sont pas non plus des groupes que j’écoute à la maison.

MR : On les aime bien et on les respecte, mais nous n’appartenons pas vraiment à cette scène. On ne les connaît pas personnellement pour la plupart et nous n’avons jusqu’à maintenant pas partagé de plateaux.

DP : Moi j’en connais quelques-uns, mais c’est vrai qu’on vient d’horizons assez différents. Après, Bruxelles n’est pas une très grande ville, tu entends vite parler des nouveaux groupes, et donc le nom Applause commence à pas mal circuler dans le milieu.

La Musique

Premier souvenir musical marquant ?

 

NL : 1ère scène avec Applause… C’était ma première scène comme chanteur lead.

MR : Avec Applause : la première fois qu’on a répété ensemble avec Nicolas, ça a collé tout de suite, c’était dur à imaginer que quelqu’un puisse rentrer aussi facilement dans notre musique.

À la base, vous êtes plutôt des musiciens de formation ou vous avez fini par vous lancer dans ce qui n’était qu’un loisir au départ ?

MR : On avait quinze ans quand on a commencé à jouer ensemble, à cet âge-là, on n’est pas encore dans ce genre de pronostics sur l’avenir. Ça s’est fait naturellement.

DP : Pour certains on est passé par des écoles de musique. Mais je pense que pour un musicien l’essentiel ne s’apprend pas à l’école, mais sur scène, en studio, en répétition…

Une rencontre déterminante avec un artiste ?

NL : C’est ma rencontre avec Spleen. Il m’a invité pour un rôle dans un Opéra Rock à la Cigale The Story Of a Sad Loving Man. Je l’ai remercié de m’avoir engagé… Il m’a répondu: « C’est pas moi qui t’engage, c’est toi qui t’engages ». Là j’ai compris un certain nombre de choses.

MR : Récemment, j’ai adoré écouter parler Jean Rouaud de sa jeunesse lors de l’émission Plan B pour Bonnaud sur Le Mouv’ à laquelle nous avons participé.

DP : Je me spécialise dans les rencontres de grands artistes… en rêve. J’ai eu la chance de rencontrer Bob Marley, Miles Davis, Lauryn Hill, Stewart Copeland (le batteur de Police), Chet Baker...

La scène, ça apporte quoi ?

NL : Quelque chose de magique, lié à l’accident. Indépendamment de l’esprit, le corps a tendance à se pencher très légèrement vers l’avant… c’est quasi invisible, mais primordial.

MR : La scène, c’est la musique. Même si j’adore écouter et enregistrer des disques, le rapport éphémère et orgasmique que l’on ne peut avoir qu’avec une audience sur scène m’est vital.

DP : C’est sur scène qu’on peut sentir le danger, et c’est une vraie drogue.

La place de la rythmique, du clavier.

NL : Essentielle. La rythmique c’est une base sur laquelle on construit notre édifice.

MR : Comme on est un groupe au fonctionnement équilibré, que nous prenons ensemble les décisions, on ne pense pas vraiment la question en ces termes. Jérémie (le batteur, NDLR) est à l’origine de plusieurs morceaux et son avis ne porte pas que sur ses parties par exemple. Les morceaux sont souvent articulés sur le rythme et la mélodie en premier lieu. La guitare et les claviers ont plus une vocation décorative même s’ils peuvent prendre une place plus importante sur scène.

Si vous deviez nous faire découvrir un nouveau groupe / artiste, ce serait ?

NL : Dan San, un groupe de Liège.

MR : Jeanne Added, une excellente chanteuse parisienne.

DP: Joy as a toy, des amis de Bruxelles.

Le disque

L’enregistrement, c’était comment ?

NL : Comme un rêve éveillé. On avait une base de morceaux assez solides, ce qui nous a permis de nous envoler un peu plus et d’expérimenter de nouvelles choses.

MR : Un plaisir ; Daniel Presley, notre producteur est une des personnes les plus drôles de la planète en plus d’être un bourreau de travail. Les gens de notre label, 3ème Bureau, sont dynamiques, fins et motivés. C’était une très bonne ambiance de travail.

DP : On s’est un peu retirés du monde pour nous mettre dans une bulle créative. Je suis très fier de ce disque, je pense qu’on était tous très inspirés et qu’on a été au bout de quelque chose.

À propos de la diversité des styles : ceux qui vous ont vus en concert ne seront pas surpris, mais les auditeurs de Nova ne risquent-ils pas de se perdre en route ?

NL : Je pense que les auditeurs de Nova sont des grandes personnes, on prend le parti de faire confiance à l’intelligence du public. Et puis il est bon de se perdre parfois n’est-ce pas ?

MR : On est au 21e siècle, l’ère de l’information et de la communication, le savoir se diffuse en réseau, les anciennes hiérarchies de la transmission ont évolué vers un partage participatif de la connaissance. Les styles et les étiquettes musicaux ont pareillement suivi un mouvement d’ouverture. On ne se définit plus aujourd’hui dans un genre comme on pouvait le faire durant les décennies précédentes. La variété est la modernité, ne pas suivre ce mouvement serait rétrograde et ce n’est pas le sujet de notre travail. Espérons que nos publics nous suivent.

Envie de faire des musiques de film (The Woods) ?

MR : Avec plaisir ; on attend que l’on nous propose quelque chose.

On va vous renvoyer Thom Yorke à la tronche, non ? (All About You, White Funeral)

NL : C’est flatteur!

MR : D’habitude, c’est plutôt Jeff Buckley. Dans tous les cas, c’est flatteur. Tout le monde à des influences, ne pas le reconnaître est prétentieux. L’important c’est d’en tirer quelque chose de neuf.

DP : C’est vrai que Radiohead est une référence pour nous, mais sous l’impulsion de Daniel Presley on a voulu ouvrir un peu le spectre et trouver notre propre son.

Racontez l’histoire de la création d’une chanson.

MR : Beginners, un des morceaux que l’on joue en live, mais qui n’est pas sur le disque. J’envoie une maquette à Nicolas avec une mélodie et une sans pour qu’il puisse travailler. Il n’a pas reçu celle avec la mélodie et en a composé une autre sur les accords. Comme je ne voulais pas sacrifier ma première mélodie (Qui est devenue par la suite Road to nowhere), j’ai isolé sa mélodie et réécrit un instrumental très différent par dessous.

Un livre / un auteur / un film qui pourrait représenter l’atmosphère qui se dégage du groupe / disque / ou d’une chanson en particulier ?

NL : Tristana de Luis Bunuel.

MR : Freaks de Tod Browning.

Sans considération pour la question du « meilleur single possible », quel est votre morceau préféré sur le disque ?

NL : White funeral.

MR : La fin de All About You.

DP : The Woods.

Pourquoi des titres bonus et pourquoi ces deux-là ?

MR : Une idée du label. Pour ceux qui nous écoutent sur les ondes et qui n’ont pas l’EP, ça fait toujours plaisir.

La mécanique …

Vous avez attendu d’être signés pour sortir cet album alors qu’Applause existe depuis quelques années ; finalement, existe-t’il réellement un salut en dehors du modèle classique Réseau / Label / Radio pour les nouveaux artistes ?

MR : On a fait de nombreuses démos, mais il a fallu que Radio Nova nous repère pour qu’on puisse envisager une carrière. Ça n’a pas été notre cas, mais actuellement, de nombreux groupes se font découvrir via internet.

DP : Tout dépend de ses ambitions. On connaît des super musiciens qui font tout de leur côté sans rien demander à personne et qui font des tournées incroyables dans plein de pays. C’est vrai qu’ils ne vendent pas plein de disques et qu’ils sont peut-être moins connus du grand public que des groupes fonctionnant « dans » l’industrie, mais ils vivent des choses tout aussi intenses et sont tout à fait libres.

Comment prépare t’on la sortie d’un premier album ? Il y a de l’excitation dans l’air ?

MR : On est surtout impatient de connaître la réaction des gens. C’est un peu comme devoir cacher son enfant les six premiers mois. Vivement la sortie.

DP : Le label met au point des stratégies de promotion très compliquées auxquelles on ne comprend rien et qui changent tout le temps. Mais sinon on est super excités. On est content de notre disque et on a hâte pouvoir de le partager.

Pour conclure

Quand on s’appelle APPLAUSE, on est voué au succès ?

MR : Oui, mais ça arrive que les gens applaudissent pour faire cesser un spectacle…

DP : C’était une idée de Nico à la base. On n’était pas très chauds au début et on a commencé à chercher d’autres noms. Finalement, ne trouvant rien de mieux, on a fini par beaucoup aimer APPLAUSE.

Qu’y a-t-il au bout de la route ?

NL : Ce que l’on redoute, mais ce que l’on désire…

MR : Un feu vert pour la route suivante.

DP : Le bonheur de faire ce qu’on aime le plus et de le faire avec ses amis…

Crédits photo : Nicolas Brunet

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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