Antigua y Barbuda

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Il y a de ces musiques qui vous interpellent et vous irritent tout autant. Le genre de chose dont vous ne pouvez ignorer l'intérêt musical que le groupe développe tout comme le grincement de dents que cela vous provoque. C'est un peu ce qui est arrivé à l’écoute du premier album du groupe Antigua y Barbuda. Explications.

95cd1b4fb3a972a327d37cc9068eba38_230_230Dans le rock, surtout quand il se veut black, il est d’usage d’avoir des chanteurs qui beuglent ou vomissent leurs paroles. Chez Antigua y Barbuda on donne dans un autre genre : le miaulement. Plus excité que le gémissement, mais tout aussi long et plaintif, le chanteur décline ainsi sa voix aigüe à la recherche de la note juste… qui semble plutôt difficile à trouver.

L’instrumentation de son côté donne facilement dans la grosse guitare bien noise accompagnée de ses acolytes la double pédale et les cymbales maltraitées, tout en assurant son lot de cassures de rythme pour être sûr de ne pas nous perdre. Car si quelques accords de guitare suffisent en général à lancer une chanson, nous balançant d’entrée de jeu dans une folie furieuse de surenchère technique, chaque morceau a droit à son (voir ses) petit moment de calme pour repartir de plus belle sur un crescendo guitare/batterie où chacun semble dans une recherche permanente de la virtuosité la plus bluffante.

Au milieu de tout cela, le clavier ne se laisse pas oublier non plus avec des interventions faites de petits bruits électriques venus tout droit d’une autre planète. L’intro de Science Parade en particulier nous plongerait presque dans un épisode de « V » avec ses bruits mystiques et ses choeurs dignes d’une secte. Embers par contre s’autorise une pause limite ecclésiastique avec un clavier aux sonorités d’orgue modernisé, mais tout aussi mystérieux.

Le mystère est en effet ce qui résumerait le mieux cet album au style perdu quelque part entre Mars Volta et Black Sabbath . Des cris interminables qui rendent les paroles incompréhensibles, une synchronisation du jeu guitare/batterie qui vous oblige à tendre l’oreille pour être sûr de percevoir toutes les touches de génie déluré que se permettent les musiciens, ces pauses inattendues pour reprendre son souffle au milieu d’un tel ouragan et bien évidemment, ces bruits qui se chargent définitivement d’ancrer le groupe dans un style exilé de nos contrées connues.

Try Future, album uniquement en anglais, ne semble alors pas mettre notre groupe d’Espagnols le plus en valeur. Un petit tour sur leur myspace permet en effet de découvrir des chansons de leur première démo, La Piramide Invertida, avec notamment un certain nombre de morceaux dans leur langue maternelle. On découvre alors un chanteur ne ressentant pas constamment le besoin de chercher à nous percer les tympans coute que coute ainsi que deux autres musiciens qui assurent leurs lots de choeurs qui achèvent de ramener le niveau d’ultrason à la normale. Des choeurs que l’on ne découvre malheureusement que très peu dans Try Future .

La recherche d’ambiance et de musique originale aurait-elle fait oublier au groupe les principes les plus simples d’un bon rock, surtout quand les musiciens peuvent se permettre des solos aussi violents de technique ? Ou comment cette recherche en vient à tuer l’intérêt et l’originalité de la création.

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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