Anoushka Shankar | Cigale | 08.11.11

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Une foule assez hétéroclite se hâte à l’entrée de la Cigale, bobos, anciens hippies, fans de dub au sortir de l’adolescence, curieux, néophytes.. Quelqu’un s’exclame : « c’est pour le truc là tout ce monde ?». Qui ne connaîtrait pas Anoushka Shankar et son ascendance prestigieuse pourrait en effet s’étonner d’un tel engouement pour un concert dit de musique du monde.

Pour comprendre ce curieux phénomène quelques explications s’imposent :

Non contente d’être la digne fille du plus grand sitariste du monde, Anoushka est surtout symbole de prestation de qualité dans une discipline qui demeure indiscutablement sensationnelle. En effet, dans l’interprétation du sitar se sacralise le paradoxe d’un instrument au paroxysme de l’organique et du céleste. D’aucun auront tôt fait d’expliquer cela par la possibilité de descendre la fréquence de l’instrument plus bas que pour une guitare. Au-delà de cette constatation plate, c’est peut-être l’engagement profond des excellents interprètes qui peaufinent pour l’auditeur l’illusion d’une symbiose complète, intime et intense. Au terme d’un apprentissage particulièrement exigent, le sitariste sait créer un sentiment de sacré, un sens de la communion, Et si cela ne sait séduire le lecteur, reste l’excessive complexité des rythmiques et la synchronie des parfaite des musiciens de l’ensemble. La soirée parisienne ne dérogera pas à cette réputation sans reproche.

Véritable personnage de mythologie, Anoushka arrive aérienne, sur une scène à l’ambiance tamisée dans une tenue traditionnelle chatoyante. Fidèle à son ouverture, celle-ci nous explique avec simplicité le thème de son dernier album, Traveller qui mêle sonorités traditionnelles nord-indiennes et flamenco. Les touristes parisiens sont tout de suite dépaysés, un très gras « ah bah c’est naan et tapas, quoi !» est chuchoté dans la salle. Passons sur leur impolitesse universelle qui fait tout d’abord penser que le lieu était peut-être mal choisi pour ce type de concert.

Une première note, la frisure caractéristique (le jawari) du sitar efface tout et tout le monde. Le charme est immédiat, le temps et les intervenants passent en un clin d’œil langoureux. La première partie du concert s’achève sur Dancing in Madness, un pas de deux débridé entre guitare et sitar pour rouvrir la seconde sur Boy Meets Girl où les deux instruments reprennent leur discussion l’un après l’autre cette fois. A l’aise, Anoushka se permet quelques interruptions pour réaccorder son instrument. Exotique et harmonieux jusque dans ses dissonances, c’est à peine si l’on se laisserait perturber. C’est avec une innocence délicieuse qu’elle explique avant ISHK « Un moment s’il vous plait, le morceau suivant en vaut vraiment la peine, enfin j’espère ! ».

Elle rappelle alors sur scène le consciencieux Kenji Ota, le joueur de tampura de la soirée. Humble il règle l’instrument sans même en tirer une note. Il faut avouer ici que le moindre geste d’un joueur de tampura force le respect tant cette carrière demande justesse et humilité. Il ne s’agit par pour Monsieur Ota d’être la colonne vertébral de la mélodie mais plutôt la délicate plante d’un pied sonore sur lequel reposerait tout le poids de l’imposant sitar. Enchainé par un Casi Uno particulièrement sensuel. Aucun doute, avec Traveller, Anoushka signe un sitar féminin, passionné qui s’accorde à merveille avec la flamboyance des sonorités méditerranéennes.

La ressemblance troublante avec son père s’arrête au jeu. Loin de ses prestations d’accompagnement lors des tournées de Ravi Shankar, la si belle sitariste prouve qu’elle a un jeu (on serait tenté de dire une voix) bien à elle.

Le public aura finit par saisir sa chance, standing ovation et non pas un rappel, mais deux (fait suffisamment exceptionnel à l’heure actuelle pour le souligner). La salle sort de la Cigale entièrement envoutée, à mille lieues du brouhaha vulgaire du dehors.

Crédits photo : Maxime Lenglet (http://www.ubikwit.net/)

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En savoir +

Traveller, chez Deutsche Grammophone,
http://www.anoushkashankar.com/
Dernières dates de la tournée européenne : http://www.facebook.com/AnoushkaShankar?sk=app_123966167614127

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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