Anna la nuit – José Alvarez

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Entre Paris et Lanzarote, la relation qui lie Anna au narrateur s'est construite autour de l'ardente volonté d'Anna d'en finir. Lui l'a compris et accepté. Suite à son suicide, celui-ci se remémore la vie qu'ils ont menée à deux.

« Attachée au brancard, Anna semble dormir. [...] Tout est perdu. Elle vit ! ». Cette affirmation résume la trame de ce roman.

arton14003-7b043L’histoire commence dans les années 60. Anna vient de mourir, pendue dans leur maison de Lanzarote. Il vient la rejoindre, pour l’enterrer. Aucune interrogation vis-à-vis du geste d’Anna, tant celle-ci a toujours aspiré à la mort. Depuis leur rencontre, il tente de la retenir près de lui, calmant ses angoisses par son amour et ses attentions : « Je sus à cet instant que je ne pourrais jamais plus me passer d’elle. Elle serait à moi jusqu’à la fin. Une fin que je m’assignais pour but de différer autant qu’il serait possible, quelles qu’en fussent les servitudes. ». Le narrateur s’enfonce dans ses vices, avec Joséphine le transsexuel ou la jolie Pauline, pour affronter et supporter les rechutes d’Anna, toujours plus instable.

Tout l’habileté de José Alvarez se voit dans la justesse et la dualité de ses personnages. Tout d’abord Anna, d’un côté fragile et soumise à ses angoisses et de l’autre, joviale, cultivée, appréciée et courtisée de tous. Elle refuse en effet de dévoiler ses tourments à tout autre que son compagnon, fuyant sa vie de mondaine lors de ses rechutes. Ensuite le narrateur, soutenant Anna dans les tourments comme dans les joies, mais qui ne trouve un fragile équilibre qu’en s’abîmant ailleurs. José Alvarez ne tombe pas dans la caricature de la jeune dépressive en mal d’amour. Anna se meurt et s’y est habituée, cachant cela sous les masques de l’élégance et de la mondanité. Héroïne tragique moderne, et non pas gamine suicidaire agaçante. Tous ceux qui ont connu – ou pire, aimé – une personne dépressive se souviendront de leur propre vécu au travers de ces lignes.

La galerie de personnages de second plan n’est pas en reste. On y croise de grands noms des années 60, de Maria Callas à Helmut Newton, des Rollings Stones aux Doors. Tous vivant cette vie troublée, comme en témoigne les dernières pages et la tirade de Maria Callas, et la conclusion du narrateur : « Ceux qui désirent ardemment la mort constituent une société secrète qu’assemblent l’amour du dépassement et une lassitude sans âge. Ils forment une constellation de vies brèves, silencieuse et lumineuse. »

Avec Anna la nuit, José Alvarez publie un livre sobre et juste qui, loin de s’apitoyer sur le sort du narrateur, nous fait ressentir la profonde lassitude de celui qui se bat contre une fin inévitable, sans toutefois renoncer.

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Anna la nuit, José Alvarez, Editions Grasset, 2009, 217 pages

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 13 septembre 2009
    Clérine a écrit :

    Cela donne envie… Je l’ai acheté, j’espère que je vais l’aimer! ;)

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