Anarchy in the Supermarket

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Affiche noir sur fond rouge. Slogan contestataire et provocateur. Non ce n'est pas la dernière affiche de la fédération anarchiste, mais la nouvelle campagne des hypermarchés Leclerc. On y voit en ombre chinoise, cinq personnes se tenant côte à côte et faisant farouchement front contre un ennemi invisible. L'une d'entres elles a un sachet à la main et une autre lève le poing bien haut, comme pour mieux souligner sa colère et sa détermination sans faille.

crs « Il est interdit d’interdire de baisser les prix », peut t-on lire en dessous du dessin. Ça a du cogiter sévère dans les bureaux ouatés des agences de pubs. Reprendre un slogan phare de mai 68, pour le détourner et en faire un appel à la consommation effrénée, il fallait oser.

Analysons de plus près le message totalement démago, tant sur le fond que sur la forme, véhiculé par cette innocente réclame.

Non Leclerc n’est pas une entreprise comme les autres, une de celles pour qui faire de l’argent est le seul et unique but. Non ! Leclerc est un repère d’utopistes oeuvrant pour le bien de la nation toute entière. Car ne nous y trompons pas, tous les efforts de la célèbre chaîne d’hypermarchés, n’ont qu’une seule et unique finalité: redonner aux français le pouvoir d’achat qu’ils méritent. Et aucune réglementation ne les en empêchera……

D’ailleurs c’est bien simple, si ça ne tenait qu’à eux, ils ne vendraient pas leurs produits, ils les donneraient. Mais bon vous savez ce que c’est, il y a ces requins de fournisseurs qui ont le culot de vouloir être payés un prix décent, il y a cette armée de caissières fainéantes toujours à râler et jamais contentes alors qu’elles gagnent déjà le SMIC, il y a toutes ces charges sociales, vestiges d’un autre âge, uniquement destinées à financer une prétendue solidarité entre les classes.

Alors on fait ce qu’on peut pour malgré tout essayer de baisser des prix. On impose des marges arrières, on mets la pression à ses cadres, on va acheter à l’étranger, là où au moins il n’y a pas ce pénible code du travail qui freine la croissance, et surtout on se pose en victime du système tout en se faisant passer pour le chevalier blanc.

Surfant sur la vague de ces campagnes pseudo militantes, Leclerc n’est pas un cas isolé, loin de là. Récemment un fabriquant de sac à dos a lancé une grande action pour la légalisation de l’eucalyptus et tout le monde se souviendra de cette célèbre marque de jeans, qui sur fond d’images de manifestations, nous assénait des revendications d’une rare niaiserie.

C’est l’une des grandes découvertes des publicitaires de ce début de millénaire: la contestation, ou plutôt l’esthétique de la contestation, fait vendre. Mais soyons rassurés, cela reste toujours très consensuel et il est tout à fait hors de question de vouloir provoquer le moindre début de réflexion dans l’esprit embrumé du troupeau. Cette récupération marketing est d’autant plus honteuse qu’elle est une véritable insulte à tous ceux qui se battent ou qui se sont battus, pour défendre leurs idéaux.

Proposer les prix les plus bas, quoi qu’il en coûte, ce n’est ni un acte militant, ni un acte courageux. C’est au contraire rentrer dans une spirale dangereuse et autodestructrice. C’est la porte ouverte à tous les excès et à un libéralisme sauvage de fort mauvaise augure pour les années à venir.

Adopter une consommation citoyenne, équitable et responsable, choisir ses articles avec soins en fonction de ce qu’ils contiennent, c’est l’exemple parfait d’une vraie démarche alternative. Mais cela reste malheureusement pour beaucoup un luxe. Alors si Mr Leclerc veut à ce point bousculer l’ordre établi, pourquoi ne pas accepter de baisser ses marges pour permettre au plus grand nombre d’accéder à des produits de qualité. Pour le coup voilà un acte qui serait réellement révolutionnaire.

Trop peut être…..

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Image de : Fondateur de Discordance.

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