Amanda Fucking Palmer

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Quelques heures avant son concert parisien du 9 février dernier, c’est au Divan du Monde, après avoir enregistré deux chansons en acoustique, qu’Amanda Palmer, désormais aussi célèbre pour son groupe les Dresden Dolls que pour ses talents de performer en solo, m’a fait l’honneur de répondre à quelques questions.

Dernièrement, les radios et les chaînes de télévision britanniques ont refusé de promouvoir ta chanson Oasis et sa vidéo, jugées trop choquantes. Tu leur as d’ailleurs fait une brillante réponse sur ton blog, en évoquant notamment la nécessité de se servir de l’humour pour lutter, à sa manière, contre la douleur. Est-ce que d’autres pays ont eu des réactions similaires à la censure au Royaume-Uni ?

p1010537-2 Amanda Palmer : Ça s’est seulement produit au Royaume-Uni, ce qui m’a beaucoup étonnée, parce que c’est totalement contraire à leur image habituelle.
On a toujours tendance à considérer le Royaume-Uni comme étant le berceau de l’humour noir. Je pense qu’ils sont particulièrement sensibles en ce moment, à cause d’un récent scandale, un direct qui a mal tourné et causé le renvoi de pas mal de personnes qui travaillaient pour la BBC. Tout ça a dû les bouleverser un peu et ils font attention à ne plus prendre aucun risque.
Ça m’a beaucoup étonnée ; les États-Unis sont réputés pour être beaucoup plus conservateurs et je n’ai pourtant eu aucun problème là-bas, ni avec la chanson, ni avec la vidéo.

Qui était pourtant dédicacée à Sarah Palin.

Amanda Palmer : Exactement ! ( Rires )
Toute cette histoire est vraiment surprenante, évidemment c’est dommage que ça se passe de cette façon, mais quelque part, ça pousse aussi les gens à en parler, à échanger leurs points de vue, et c’est positif en ce sens !

Pour parler de choses plus gaies, tu es à l’affiche du festival Coachella, en Californie ; l’occasion pour toi de rencontrer certaines de tes idoles ?

Amanda Palmer : Oui, je suis très enthousiaste à l’idée de participer à ce festival ; il y aura Robert Smith, Léonard Cohen, les Cure, Morrissey . J’ai déjà eu l’opportunité de rencontrer Morrissey, mais j’ai refusé au dernier moment. J’ai eu peur d’être déçue, que ce soit un connard ( rires ).

Pour marquer le coup, tu devrais peut-être lui demander de faire un duo avec toi et de reprendre le rôle de Melissa Mahoney, ta meilleure amie dans la chanson Oasis  ?

Amanda Palmer : C’est une bonne idée ! Ou alors on pourrait même organiser nous-mêmes des avortements, il ferait l’infirmière ( rires ) je suis sûre que l’idée lui plairait, c’est bien son genre !

En parlant de duos, est-ce qu’il y aura des invités d’honneur ce soir, comme Katy Perry par exemple ?

Amanda Palmer : Peut-être ! Il y aura le Danger Ensemble, Lyndon Chester au violon, Marie-Darling !, ma copine française, qui viendra pour une chanson. Et Katy Perry, qui fera peut-être une apparition !

J’imagine que la vraie Katy Perry n’a donné aucune réponse suite à la parodie de Tora, du Danger Ensemble ?

Amanda Palmer : Aucune ! ( rires )

Est-ce que cette tournée avec le Danger Ensemble est très différente pour toi de l’expérience que tu as eue en tournant avec les Dresden Dolls et donc Brian Viglione ?

p1010577-2 Amanda Palmer : C’est une expérience très différente, nous avons créé des liens tellement fort avec le Danger Ensemble que nous avons vraiment l’impression de faire partie d’une même famille. C’est vraiment une expérience magnifique, qui ressemble beaucoup à celles que l’on peut vivre en faisant partie d’une troupe de comédiens au théâtre ; le temps du spectacle, nous sommes réellement soudés, liés, en communauté, j’ai presque l’impression d’avoir emmené ma famille avec moi, c’est quelque chose qui va beaucoup me manquer !

Il vous reste encore la Suisse, l’Espagne, puis c’est le départ pour l’Australie. Est-ce que les membres du Danger Ensemble vont rester là-bas à la fin de la tournée ou est-ce qu’ils t’accompagneront encore pour d’autres représentations, comme à Coachella par exemple ?

Amanda Palmer : Malheureusement, c’est impossible pour moi de les faire revenir depuis l’Australie, c’est surtout une question financière.
Je vais donc continuer toute seule pendant un petit moment, mais ce sera peut-être aussi l’occasion de croiser la route de nouvelles personnes, de nouveaux artistes !

Tu vas participer à d’autres festivals cet été ?

Amanda Palmer : Oui, je vais revenir en Europe, pour participer à quelques festivals, et j’aurai aussi de nouvelles dates en France, prévues pour le mois d’août. Je vais donner des concerts jusqu’à la fin de l’année.

Pour revenir brièvement sur Brian Viglione et les Dresden Dolls. Il a fait une apparition lors du concert que tu as donné pour Nouvel An, vous vous êtes rendus tous les deux à l’inauguration de Barack Obama. Vous faites peut-être des projets pour poursuivre votre collaboration ?

Amanda Palmer : Nous allons très probablement commencer une tournée l’an prochain. Nous n’avons pas encore fixé de date pour le moment, mais c’est vraiment quelque chose qui nous tient à coeur. C’est difficile pour moi de prévoir, dès maintenant, ce que nous pourrons faire l’année prochaine, parce que je dois encore travailler très dur pour la promotion de Who killed Amanda Palmer ?, mais nous allons essayer de faire quelque chose avant l’hiver prochain, de commencer cette prochaine tournée.

Toujours à propos de ta tournée actuelle, est-ce qu’il y a une différence fondamentale entre les concerts que tu fais aux États-Unis et ceux qui ont lieu en Europe ?

p1010542-2 Amanda Palmer : Plus qu’une différence entre les deux continents, je trouve qu’il y a surtout un grand changement entre les différentes villes. Finalement, entre un concert donné à Paris et un autre donné à New York, on retrouve énormément de similitudes, et certaines petites villes en Suisse ressemblent aussi beaucoup à d’autres petites villes du Colorado.

Tu as reçu des centaines de photos de tes fans, pour protester avec toi contre les diktats de la mode imposés par ta maison de disque et plus généralement par les médias, pour montrer l’importance de s’accepter physiquement, et d’accepter notamment son ventre ; en quelques jours, près de deux-cents commentaires ont été postés sur ton blog suite à ton billet concernant Oasis . Tes fans comprennent ton message, respectent la personne que tu es, c’est quelque chose dont tu dois être très fière. Qu’est-ce que ça fait, de devenir une icône du rock ?

Amanda Palmer : ( rires ) En fait c’est assez difficile pour moi, de vraiment me positionner au milieu de tout ça, notamment parce qu’Internet abolit les frontières, permet d’être en contact avec énormément de personnes. J’ai l’impression de constamment chercher ma place dans cette immense et étrange hiérarchie de groupes, de personnes, d’icônes.
Parfois ça me surprend vraiment de me rendre compte que des personnes savent qui je suis, et il arrive aussi que je sois surprise parce qu’on ne me reconnaît pas ( rires ), c’est quelque chose qui est très lié au contexte dans lequel je me trouve, et il n’y a pas, justement, ce genre de contexte sur Internet. Tout n’est plus seulement lié au courant mainstream, aux idoles de MTV, il y a une réelle émergence de tout ce qui est underground.

Je me demande à quel point on sous-estime, encore à l’heure actuelle, l’immense impact d’Internet. Avec Brian, nous avons commencé notre propre promo des Dresden Dolls en 2001, alors que nous n’avons ni manager, ni attaché de presse ; la seule chose que nous avions c’était Internet, c’était notre seul moyen de tenter de nous faire connaître, en mettant nos morceaux en ligne, en créant des mailing lists. Et en 2003, 2004, des dirigeants de grandes maisons de disques commencent à organiser des réunions, ils s’assoient tous autour d’une table et commencent à se dire que, peut-être qu’il y a quelque chose à faire avec cet Internet dont tout le monde parle. Et là, on est nombreux à vouloir leur dire qu’ils sont déjà passés à côté d’énormément de choses, que tout s’est déjà développé alors qu’ils n’en ont même pas eu conscience, qu’ils se réveillent, brusquement, des années trop tard !

Seulement, c’est quelque chose d’étrange, dans le sens où on ne peut pas le mesurer, on ne peut pas vraiment dire combien de gens écoutent notre musique, qui se cache parmi ces gens. Le succès, maintenant, ce n’est plus seulement mesurable en nombre d’albums vendus, on ne peut plus vraiment avoir de maîtrise totale sur l’ampleur de ce qu’il se passe, c’est intéressant aussi pour ça.

C’est justement, pour toi, une manière de faire passer des messages comme celui qui est contenu dans ta chanson Oasis, en touchant directement ton public.

p1010508-2 Amanda Palmer :  Oui, je pense que c’est une réelle opportunité pour les artistes, mais ça rend aussi les choses plus difficiles, notamment au niveau financier, les gens qui veulent se lancer dans ce genre de carrières doivent vraiment se préparer à l’idée d’être pauvres.
Le mythe de la superstar, qui gagne plusieurs centaines de milliers de dollars par mois, qui se déplace en limousine et qui boit du champagne, c’est en train de s’écrouler !

Tu as drôlement soigné tes fans pour la sortie de ce nouvel album, il y a l’album photo de Neil Gaiman.

Amanda Palmer : Oui, il n’est malheureusement pas encore sorti, nous devrions l’avoir pour ce printemps, en avril ou en mai ; je trouve ça intéressant d’explorer plusieurs dimensions artistiques, de ne pas seulement se limiter à un album, mais d’essayer d’articuler un maximum de choses qui peuvent se rapporter à l’univers qui est mis en valeur. Pour le mois de juin, nous avons aussi prévu la sortie d’un DVD, qui comportera toutes les vidéos que nous avons tournées pour les chansons de l’album.

Lors du dernier concert à Paris, Jason Webley avait assuré la première partie, il y avait une réelle symbiose entre tous les participants sur scène, qui a sûrement contribué au succès du spectacle. J’imagine que tu connais bien, également, le groupe de ce soir ?

Amanda Palmer :  Oui, c’est un groupe qui vient de Suède, Detektivbyran, j’ai reçu un de leurs CD il y a quelques années, et je suis vraiment très contente qu’ils participent à cette tournée, ils ont un univers bien à eux, c’est vraiment très étonnant, je pense que tout est réuni pour que tout le monde apprécie vraiment le concert de ce soir !

Une semaine après la date fatidique, le constat apparaît comme évident : Amanda Palmer a fait un très bon pronostic quant au déroulement dudit concert, et ce fut une fois de plus une expérience intense et dynamisante d’assister à l’une des prestations d’une nouvelle étoile montante, qui n’a rien à envier aux plus grands !

Crédits photo: Alex / Kyle Cassidy pour la photo de une.

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A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

3 commentaires

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  1. 1
    Pascal
    le Mardi 17 février 2009
    Pascal a écrit :

    Excellente interview d’une artiste fascinante, renversante et profondément enthousiasmante.

  2. 2
    Pascal
    le Mardi 17 février 2009
    Pascal a écrit :

    Quelques très belles photos du concert sur Emeute Visuelle: http://concerts.blogs.liberation.fr/emeutevisuelle/2009/02/photo-report-am.html

  3. 3
    le Samedi 21 février 2009
    Morra a écrit :

    merci pour le commentaire sur ma review et je seconde Pascal pour votre interview d’Amanda F. Palmer !

    Je mets de ce pas Discordance dans les liens de mon blog !

    Bonne continuation !

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