Alternine

par Arno Mothra|
Depuis l’abondance médiatique tapageuse du très mainstream Evanescence, beaucoup d’amateurs de métal se sont vus dénigrer au fur et à mesure les formations menées par une voix féminine, pas toujours convaincantes non plus.

headingSi le discours est convenu, il faut bien avouer que l’indigestion aura été atroce, allant même jusqu’à un Within Temptation trop désireux de conquérir les fans d’ Amy Lee, un Lacuna Coil indigne se calquant sur Korn pour envahir les USA (on reste cependant confiants sur l’avenir de nos Italiens préférés), un Tristania à bout de souffle, ou un Nightwish bombardé sur NRJ.

D’aucuns affirmeront qu’à quelque chose, malheur est bon ; évidemment, le grand public aura découvert cette belle expression musicale, mais sous un angle extrêmement négatif, peu enclin à élargir le champ de vision de certains.

D’un point de vue musical, Alternine ne trouvera pas véritablement sa place au milieu des artistes précités, déjà parce qu’à l’heure actuelle, ces derniers déçoivent affreusement, mais surtout parce qu’ Alternine ne s’affuble pas d’une enveloppe pseudo dark (seul point commun avec Lacuna, en plus du talent des premiers albums). Alternine est un groupe de métal, de métal progressif, un groupe qui devrait plaire autant aux férus de grosses guitares bien branchées, à la distorsion jouissive, qu’aux amateurs de belles mélodies. Car Alternine associe les deux, pour un résultat, disons-le, d’une extrême justesse, nous faisant d’ailleurs étrangement beaucoup rêver d’étendues d’eau. Sans compter de la voix douce et puissante de Lætitia, envoûtante et maîtrisée, sans artifices ni effets altiers, risquant fort de faire de l’ombre à quelques cruches qui n’auraient pas dû sortir de leurs salles de répét’. Sans compter des quatre musiciens, Pierre-Antoine et Guillaume aux grattes, Julien à la basse, et Matthieu à la batterie, époustouflants. Léger aparté peut-être moins percutant : une qualité du son remarquable (Est-ce vraiment autoproduit ? Excellent travail), et une pochette de disque aussi sobre que réussie.

Sciensology, la première piste, nous met directement dans le ton : riff qui s’imprègne immédiatement en tête, une mélodie accrocheuse, un chant délicieux et, fait rare pour ce genre musical, pas surjoué. Ignition, dans la même teinte, nous emballe, lui, d’un magnifique solo à la guitare. Avec joie et surprise, on se prendra d’ailleurs à cajoler We’re in this together de Nine Inch Nails sur l’excellent Trigger, la troisième plage ; le simulacre voyage et nous transperce. Une belle réussite. Jusqu’à la dernière piste, Satellites, la jouissance est de mise. Le tout apparaît compact, précis, sans s’éloigner d’un tracé, certes sans surprises, mais surtout sans fausses notes, et diablement agréable.

Le rêve absolu ? Qu’ Alternine fasse un concert en plein espace breton. seul avec la nature, et son auditoire. Chapeau beau à Julien, le bassiste, qui a composé et écrit avec brio la totalité de ces premiers joyaux, – qu’on espère – introduction d’une longue série. Un groupe qui mérite toute votre attention avec ce cd 4 titres, annonciateur de belles promesses. Une bonne claque, dont vous entendrez parler prochainement à plus importante échelle. Vivement l’enregistrement d’un album !

Bonus Track : Interview du groupe

En guise de préambule, comment Alternine pourrait se présenter ?

alternine_exterieur_-laurent_gallou Guillaume : Comme un groupe à découvrir d’urgence ! 3 ans de composition, de répétitions puis d’enregistrement pour arriver à un cd 4 titres et à nos premiers concerts. La constitution du groupe et du répertoire ont pris un certain temps, nous voilà maintenant prêts à sortir de l’ombre !

Votre premier EP éponyme, fraîchement distribué, donne une véritable claque à une scène métal s’enfermant dans la facilité depuis le succès mondial (et éphémère) du groupe Evanescence. Comment écrivez-vous vos titres ? On ressent un réel voyage à l’écoute du cd…

Julien : Merci pour les compliments ! Pour être honnête, je ne sais pas s’ils sont réellement justifiés. Bien sûr, nous sommes très fiers de ce que nous avons fait, mais je ne pense pas que nous bouleversions le monde du métal qui, je tiens à le préciser, ne se limite absolument pas à ce qu’ Evanescence aurait pu lui apporter. Si on devait ajouter notre grain de sel à une quelconque scène, ce serait plutôt à celle du Rock, dont nous revendiquons notre appartenance. Bien que notre son soit relativement lourd, nous ne faisons pas de Métal. De part nos structures, nos mélodies (aussi bien dans les voix que dans les riffs), et les influences musicales qui ressortent dans les compositions, Alternine fait du Rock. Si certains éléments, le son, l’énergie, renvoient au Métal, nous ne faisons qu’emprunter ( sourire ). Mais en effet, nous pensons apporter quelque chose d’original au Rock. Nous avons des éléments atmosphériques, et une grande dynamique dans les morceaux. Il suffit d’écouter Ignition ou Trigger puis Satellites pour s’en rendre compte, sans pour autant que l’auditeur pense « Ah, voila la musique rapide de l’album, et voila le slow pour draguer les minettes ». On essaye de faire en sorte que le tout soit naturel.

Cette dynamique est à la base de la création des morceaux. Ainsi, quand un morceau rentre-dedans a été composé, l’envie de créer un morceau plus calme se développe de lui même. Quant au « voyage » auquel tu fais référence, il vient du fait qu’on a déjà un certain nombre de morceaux, ce qui nous a donné une certaine latitude quant au choix de ceux qu’on allait mettre sur le CD. L’important était de montrer plusieurs de nos facettes, tout en restant cohérents. Sciensology est le morceau le plus évident pour attirer le quidam, le riff de base est facilement mémorisable, de même que les mélodies vocales. Ignition est également très catchy, mais a un son presque métal, assez brut. Même quelqu’un qui n’écoute pas de métal à des chances d’aimer ce morceau. Satellites est le morceau idéal pour terminer un CD, il est plus calme, presque triste. L’aspect « voyage » vient probablement du fait que nous alternons les ambiances d’un morceau à l’autre. Vous le verrez peut-être un jour (je l’espère), mais cet aspect est encore plus poussé en live : nous avons quelques musiques instrumentales qui servent aussi bien de pauses que de transitions. Nous incorporons également des bruitages pour introduire certains morceaux. Créer une ambiance est primordiale pour captiver le public.

Vous mentionnez sur votre page myspace des influences allant de Tool à Nine Inch Nails. Si votre identité musicale diffère complètement de celle de NIN, les plus férus de Reznor auront remarqué un certain clin d’oeil à We’re in this together sur l’un de vos morceaux. Hommage camouflé ?

Julien : Je voue un culte tout particulier à l’album The Fragile de NIN, mais si tu reconnais du We’re In This Together dans Trigger, ce n’est pas intentionnel. Ce sont les influences qui transpirent dans les compositions, et je ne m’en rends pas vraiment compte ( sourire ). C’est triste, on a beau essayer de créer quelque chose de complètement original, il y aura toujours quelqu’un pour trouver des similitudes avec un groupe que tu affectionnes, ou pire, qui t’est complètement inconnu ! Mais cela ne m’empêche pas de dormir. Au contraire, je suis même plutôt fier de la référence ( sourire ).

Guillaume : Je ne pense pas qu’on puisse vraiment parler d’influences en ce qui nous concerne. Il n’y a aucun désir de se rapprocher de quiconque dans notre démarche musicale. Et quand bien même on le voudrait, on serait bien embarrassés : nous peinons à trouver des groupes qui nous plaisent à tous ! Les noms que nous citons sont plus des indices sur le type de musique que nous écoutons en commun, et invitent les amateurs de ces groupes à s’intéresser à la nôtre.

Prévoyez-vous de faire de la scène pour défendre l’EP ?

alternine_scene2_-analee_nevo Julien : Oui, d’ailleurs nous y travaillons dès à présent. Nous avons plusieurs concerts à notre actif, et nous avons sillonné la Bretagne afin d’en trouver d’autres. Nous n’avons pas encore de tourneur, donc nous devons trouver nos dates nous-mêmes, ce n’est pas toujours évident. Mais les retours des concerts ont pour le moment été très positifs, et nous avons de nombreuses dates en pourparlers, donc nous allons clairement être très occupés les prochains mois.

Guillaume : Une belle opportunité s’offre d’ailleurs à nous puisque nous ouvrons pour Simone Choule – groupe composé de membres de Psykup – le 25 septembre à Rennes.

Pour quand est prévu un format LP pour Alternine ? Et quels sont vos projets ?

Julien : Nos projets sont tout d’abord de tourner un maximum, afin de faire de nous des bêtes de scène. Consolider le groupe en live est très important, nos compositions prennent toute leur ampleur sur scène. Nous avons assez de compositions pour un album, mais enregistrer un album n’est qu’une étape parmi tant d’autres – n’importe qui avec un minimum de moyen peut en faire un. Ce qui est important – et difficile – c’est d’organiser tout ce qui va être autour : la promotion, et la distribution. Pour cela, il nous faut nous démarquer, nous faire remarquer, obtenir le soutien de structures plus conséquentes. Il est clair que nous ne comptons pas rester underground, nous avons une certaine ambition, mais il est indispensable de ne pas griller les étapes. Donc on se concentre sur les concerts, on regarde si on peut tourner pendant une semaine sans avoir envie de s’entretuer, et les survivants n’auront plus qu’à entreprendre une conquête du globe avec acharnement. Un plan simple et efficace !

Que diriez-vous à un public non averti afin que celui-ci découvre votre musique ? Que la voix de Lætitia a tout pour hypnotiser ?

Julien : Oui, la voix de notre chanteuse peut hypnotiser, mais Lætitia a aussi d’autres atouts qu’il convient de venir voir en live (je plaisante Lætitia, du calme ( sourire ). Je dirais qu’il n’est absolument pas besoin d’être averti ou de « s’y connaître » (c’est une expression qui revient très souvent chez les non musiciens) pour apprécier Alternine . Nos musiques sont faciles d’accès, mélodiques, variées, et ont même la prétention d’être originales. Il est possible de mettre notre CD en fond sonore, et de laisser les musiques venir à vous. Ou de se concentrer dessus et de s’intéresser à tous ses détails. On essaye de faire en sorte que nos musiques aient plusieurs niveaux de lecture, cela les rend plus intéressantes. Bref, écoutez nos musiques sur le champ, de toute façon vous n’êtes pas obligés de payer quoi que ce soit, elles sont en libre accès sur nos sites ou sur eMule ! N’essayez même pas de résister.

Merci à vous pour cette brillante surprise. En attendant fermement la suite…

Julien : Merci beaucoup pour votre chronique et votre interview, c’est très encourageant. Notre EP est disponible sur notre Myspace, mais vous pouvez le commander sur notre site, avec la belle pochette qui va avec. Et venez nous voir en live si vous en avez la possibilité ! Nous comptons sur vous pour devenir riches et célèbres.

Crédits photos: Laurent_Gallou & Analee_Nevo

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Alternine, EP, 4 titres, Autoproduction, 2008

Site officiel: http://www.alternine.com
Myspace: http://www.myspace.com/alternine

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