Alina Orlova au Café de la Danse

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Alina Orlova pourrait n'être qu'une de ces sensations jetables, énième chanteuse à piano aux titres mélancoliques. Mais elle a pour elle plusieurs avantages, qui font qu'on a envie de lui souhaiter une belle carrière.

D’abord, et contrairement aux autres nouvelles têtes de la pop venues du froid, Lykke Li, El Perro del Mar ou Ida Maria, elle cultive une petite originalité linguistique, dédaignant l’anglais au profit du lituanien et du russe. C’est d’ailleurs dans les pays baltes et en Russie qu’elle a percé en premier, et son exotisme n’est donc pas un fait exprès. Simplement, ces mélodies sont assez subtiles, sa voix assez particulière pour séduire un public hermétique à la poésie des langues balto-slaves.

En effet, au Café de la Danse, si on peut bien compter quelques concitoyens de l’artiste (qui lui racontent des choses apparemment très drôles, mais le mystère demeure), le public semble bien, dans sa majorité, prêt à suivre des chansons auxquelles il ne comprend strictement rien, juste pour le charme de leur interprète. Car c’est bien là son deuxième avantage, ce charme introverti de jeune fille timide, qui s’excuserait presque d’être là, mais qui, quand elle chante, trouve une assurance époustouflante, celle de quelqu’un qui sent et qui sait à quel point elle est à sa place, et que la musique est le meilleur vecteur de ses émotions. Elle se casse presque la gueule en entrant sur scène, et sa peau diaphane sous l’éclairage minimaliste la rend quasiment effacée ; et pourtant, il suffit qu’elle effleure le piano pour avoir une présence fascinante.

Sa formation classique lui permet de s’accompagner elle-même, mais la partition pianistique reste généralement très élémentaire, au profit d’une voix puissante (a mille lieux des filets éthérés à la mode sous nos cieux) au timbre plus ou moins blues qu’elle met au service de ce que MySpace appelle « chansons populaires mélodramatiques« . Bref, du folk avec de la poésie et de la mélancolie dedans.

Son anglais est maladroit, aussi a-t-elle souvent du mal à communiquer la substance de ces textes au public avant de les chanter dans sa langue à elle. On saura juste que Paskutinio Mamuto daina est La chanson du dernier des mammouths, qu’il se sent très seul et très fatigué ; ou qu’un nouveau titre est sur un texte de Pouchkine, mais trop compliqué pour pouvoir être résumé. C’est un peu frustrant, mais la musique convoie l’essentiel de ce qu’Orlova veut dire. Quelques chansons, cependant, sont des reprises dans la langue de Shakespeare, comme Twinkle twinkle, little star, célèbre comptine britannique dont Orlova torture la mélodie à l’extrême à la seule lumière d’une bougie, ou Lovesong, qui ouvre le set.

Ses chansons sont toujours très courtes, leur fin souvent un peu abrupte, signe qu’une maturation lui est encore nécessaire avant d’atteindre la pleine possession de son art. Rien de plus normal, d’ailleurs, à vingt-deux ans. Les rappels, à l’inverse, sont longs et généreux, avec notamment deux morceaux pour lesquels la chanteuse délaisse son piano au profit d’un instrument à cordes inconnu (si quelqu’un peut me renseigner, j’en serai très heureuse) ; le son est en tout cas très folk, simplissime, et Orlova nous quitte avec l’envie de voir ses boucles rousses continuer leur route avec la même grâce hésitante.

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Image de : Live from Paris

3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 27 novembre 2010
    Nathper a écrit :

    Bonjour,
    Pour répondre à votre question, il s’agit d’une Kalimba, un instrument de musique folklorique qui était, visiblement, monté sur un petit tambour.
    Les deux titres du rappel sont extraits de son dernier album, « Mutabor » qui n’est pas encore disponible en France.
    J’ai, pour ma part, assité à son concert du 12/11 à Meylan et j’en garde sensiblement la même impression.
    Je pense qu’elle a ce petit quelque chose en plus (un côté atypique) qui touche et lui permettra, je l’espère, de durer.
    Pour en revenir à l’instrument, je vous conseille l’écoute de la reprise minimaliste du titre « My favorite things » par la chanteuse Youn sun Nah…
    Voilà pour la précision ;)

  2. 2
    le Dimanche 5 décembre 2010
    Salomé Hocht a écrit :

    Merci beaucoup pour ces détails! Et je précise (grâce à mon amie wikipedia) que la kalimba est un instrument typiquement africain, folkorique donc, mais rien à voir avec le folklore balte… ou coréen :)

  3. 3
    le Vendredi 10 décembre 2010
    Nathper a écrit :

    De rien Salomé :)
    C’est bien l’illustration que la musique est universelle et que les instruments ne connaissent pas les frontières, un peu à l’instar d’Ibrahim Maalouf qui parvient à avoir un son oriental avec sa trompette à quarts de tons…

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