Alice, 10 jours après…

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Le pire de Disney (a.k.a une histoire d'aventure mollassonne) conjugué au pire d'un Tim Burton en berne ? Mais youpi, courons-y vite !

Image de Mia Wazikowska, la "Alice" de Tim Burton Ok, c’est bon, Alice est sorti depuis une quinzaine de jours. Tout le monde s’est détendu, beaucoup l’ont vu. On peut enfin en parler sans trop d’émotions ? Bien.

C’est qu’Alice au Pays des Merveilles, ç’aura été quelque chose, avant sa sortie.

Frisson de plaisir lors de l’annonce de l’actrice, Mia Wazikowska, une ravissante inconnue. Excitation ou effroi généralisé lors de la parution des premières photos de travail : la jolie (oui, on insiste) Alice, la Reine Rouge et sa tête enflée, le bien laid Chapelier… Puis ce fut le temps des premiers teasers, pourquoi pas, puis de la bande-annonce, qui n’annonçait pas grand-chose de bon..

Enfin, la multiplication des affiches, de promos web, et de merchandising de tout bord autour de Lewis Carroll (des marques de maquillage aux créateurs de mode, tout le monde a semblé, pendant un temps, se rappeler le film d’animation de Walt Disney et les illustrations de John Tenniel.

D’aucun(e)s replongeaient dans le mythe Alice en se gavant de scones lors de tea-parties et d’autres dédramatisaient le mythe Burton en regardant en boucle la vidéo humoristique sur sa formule secrète :

http://www.youtube.com/watch?v=3dyGpCrFdX4

Parce que oui, même dans le milieu du cinéma, au bout d’un moment, il faut arrêter de faire sa groupie et devenir un peu lucide. Grandir, quoi.

Il est loin Edward Scissorhands et Burton se retrouve depuis fort longtemps coincé. On s’en plaint, mais lui demande-t-on de faire autre chose que « du Burton » ? Et ne s’en est-il pas pris plein la tête lorsqu’il s’est écarté de son univers de prédilection pour faire un peu moins dans le gothique (La Planète des Singes, Big Fish) ? Le pire ? Même quand le film est une horrible commande, on revendique sur les bus : « Sorti tout droit de l’imagination de Tim Burton »… Overdose, oui.

Pourtant, on regarde en arrière et on voit très bien ce qui nous plaisait chez lui avant qu’il ne nous exaspère. Que s’est-il passé entre temps ? Une longue période d’auto-sucées, voilà.

ALICE, 10 ANS APRES…

Cette version n’est pas revendiquée comme une adaptation du roman Alice in Wonderland (qui s’appelle d’ailleurs dans le film Underland). Au contraire, on comprend très bien que son action se situe 10 ans après l’histoire originelle. À la façon de Hook, dans lequel un Peter Pan qui a grandi retourne au pays imaginaire, ici Alice a 19 ans. Elle n’a pas changé, elle est toujours en rébellion contre le mode de vie sous l’ère victorienne et reste une jeune fille dissipée et un peu peste. Elle continue de faire même rêve, aussi, le seul qu’elle ait jamais fait, où elle se voit tomber dans le terrier d’un lapin blanc et arpenter un monde fabuleux.

Alice, la douce Mia, et son doux accent anglais, son doux esprit de controverse. Elle excelle, malgré un scénario somme toute bancal, qui la balade entre deux palais et la propulse sauveuse de l’Underworld au terme d’une quête initiatique bidon (devenir « la vraie Alice » !) et d’un combat contre le « Jabberwocky », comme l’avait prédit la prophétie (Quelle originalité ! Quelle surprise !)…

Parlons-en, du bestiaire. « Jabberwocky » est en fait le titre d’un poème de Carroll, écrit dans le langage du non-sens, où un père met en garde son fils contre une bête qu’il devra combattre, le « Jabberwock ». Dans ce poème, on traite aussi du Bandersnatch, vous savez, l’espèce de chien-chien blanc poilu, qui est pourtant simplement décrite dans l’œuvre de Carroll comme une créature rapide, claquant des mâchoires et capable d’étendre son cou.

En ce qui concerne le reste du bestiaire, Lapin Blanc, Lièvre de Mars et Loir sont d’honorables bestioles en images de synthèse. Drôles et bien réalisées, mais un peu sans âme. Seuls tirent leur épingle du jeu Absolem, la chenille au narguilé, et le Chat du Cheshire. La première parce qu’elle possède la voix d’Alan Rickman et l’autre parce que, apparaissant & disparaissant, il a toujours été le personnage le plus intéressant de l’univers Wonderland.

Revenons au niveau des personnes, cette fois, pour essayer d’encore relever le niveau…

Image de Johnny Depp, le Chapelier Fou de Tim Burton Et ça commence mal, avec le fâââmeux Chapelier Fou. Johnny Depp, dont tout le monde dit que c’est génial et à quel point il sait se réinventer continuellement. Vraiment ? Outre le regard et les pupilles dilatées, qu’est-ce qui plaît, dans ce Chapelier, bon sang ? Ses cheveux orange ? Son maquillage pas franchement subtil ? Et pourquoi donc cette danse ridicule ?

Tout ce beau monde est poussif. La tête gonflée de la Reine Rouge (que l’on confond ici avec la Reine de Coeur, celle qui coupe effectivement les têtes !) est-elle un délicat moyen psy de nous faire comprendre l’origine de son obsession ? La Reine Blanche, excessivement précieuse et niaise, fait qu’on oscille entre rire nerveux et perplexité.

Le plus frustrant, c’est qu’on assiste à quelque chose de visuellement plutôt satisfaisant. Les décors et personnages ont été dessinés et préparés avec soin par des artistes rigoureusement choisis, là n’est pas le problème. Le monde dans lequel ils évoluent est plutôt léché, depuis les tables dépareillées de la tea-party jusqu’aux deux palais royaux. Mais tout est tellement scénaristiquement pauvre… Tout ce travail pour finir sur une bataille rouge vs blanc, courue d’avance et donc décevante… Oui, frustrant.

En résumé, ce film, un des plus attendus de l’année, n’est guère plus qu’un remix étrange des inventions de Lewis Carroll. Thèmes, personnages et situations de Alice, Through the Looking-Glass et autres poèmes sont bien là, mais à la fois mélangés et rendus incroyablement fades. Reste les petits clins d’œil appréciables, comme le célèbre « Curiouser and curiouser« , la petite comptine du Mad-Hatter, Twinkle, twinkle, little bat… Mais c’est trop peu pour contrebalancer le malaise : on se sent exactement comme si Disney et Burton, au terme d’une liaison dangereuse nouée dans le dos de Carroll, avaient enfanté un nouveau-né monstrueux, du genre petit, vert, qui bave et qui gémit « achevez-moi, par pitié ! »…

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Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland), de Tim Burton
Dans les salles depuis le 24 mars 2010

Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Anne Hataway

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

10 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 7 avril 2010
    Mathias a écrit :

    Pour aller dans le même sens, LA voix d’Alan Rickman est incroyable, surtout au cinéma; les mouvements et apparitions du chat sont terribles et j’ai adoré les attitudes de la Reine Blanche, complètement dans la lune, même si je trouve qu’elle aurait pu en faire davantage.

    Johnny Depp, là, ouais on sait pas trop. Il refait ce qu’il sait faire. La danse, c’est n’importe quoi. La fin, c’est n’importe quoi.
    Enfin, l’histoire d’Alice, ça a toujours été n’importe quoi, donc finalement ça reste cohérent.

  2. 2
    KoD
    le Jeudi 8 avril 2010
    KoD a écrit :

    A mon avis, ce cher Tim est devant un certain dilemme : s’il ne fait pas du Burton, on le descend car on s’attend à du Burton et quand il en fait, on dit qu’il y en a marre du Burton… C’est le serpent qui se mord la queue ^^

  3. 3
    le Jeudi 8 avril 2010
    Alex a écrit :

    Une fois n’est pas coutume, je suis moins radicale dans mon jugement !
    L’histoire est complètement manichéenne, le mix entre Alice et Through the looking glass a probablement été fait simplement pour justifier la présence de Johnny Depp tout au long du film et qu’il ne se cantonne pas à la tea-party, on zappe le côté psychotique qui était davantage présent dans le dessin animé, on zappe les références aux drogues (et idem pour Charlie et la Choco, maintenant que j’y pense, j’ai bien aimé mais reste que le remodelage de Roald Dahl et bien plus gentillet que la version originale où Willy Wonka était autrement plus flippant et où le gamin finissait par carrément abandonner sa famille sans compromis).
    Autre truc assez pénible, l’espèce d’esquisse d’amourette entre Alice et le Chapelier, le seul qui n’ait pas été renommé dans la foulée, contrairement à toutes les autres baÿtes (et hop, on zappe tout ce pan du livre qui insistait pourtant beaucoup sur les nom des objets « bread and butterflies » et où on comprenait bien que compte tenu de l’absurdité totale du wonderland, les personnages ne pouvaient pas en avoir).
    Et la Reine Rouge (pas trop emmerdante contrairement à d’habitude, la mère HBC, parce qu’on ne la voit pas des masses finalement) amoureuse de son valet.
    Rhalala mais stop.

    En fait, une semaine – quinze jours après avoir vu le film, je me rends compte que tout ce qu’il m’en reste, ce sont les points négatifs.
    Et pourtant, sur le moment, j’ai quand même bien aimé ; déjà parce que comparé à Sweeney-Johaaaaannaaaaaaaaaaaa-Todd, ses chansons interminables et ses effets spéciaux play-doh, on avait un autre niveau.

    Mais je crois que c’en est fini de l’émerveillement Burtonnien que j’ai eu jusqu’à Big Fish inclus pour ma part.
    Sans détester la Choco, que j’ai trouvée bien sympathique (j’ai même fait les danses des oompas loompas en m’entraînant grâce aux bonus du DVD, c’est dire si je suis bon public, moi !)

  4. 4
    le Jeudi 8 avril 2010
    Rub a écrit :

    Facile de taper 10 jours après, quand les autres on déjà bien ouvert le chemin. Facile de taper sur les artistes…plus difficile d’en être ?

  5. 5
    VIOLHAINE
    le Vendredi 9 avril 2010
    VIOLHAINE a écrit :

    @Mathias : Ha non, c’est pas n’importe quoi ! C’est bourré de non-sens et de folie, mais finalement ça signifie vraiment quelque chose.

    @KoD : Oui oui, c’est ce que je pense aussi.

    @Alex : Voilà, c’en est fini de l’émerveillement pour ma part aussi… Et maintenant j’ai peur de ses prochains projets, Frankenweenie et La Famille Addams…

    @Rub : Ho, non, pas facile, non. Je n’ai pas attendu patiemment en me gavant des chroniques des autres, mais j’ai bel et bien commencé à écrire dès la fin de la séance. Puis pendant au moins 10 jours. Et non, ça n’est pas facile de se retrouver à « taper » sur un réalisateur qu’on a un jour vénéré, tu vois. Et malgré tout, je n’ai pas « tapé » sur un petit réal indépendant, je pense bien que des millions de gens continueront à aller voir ses films malgré ma micro-attaque !
    Mais sinon, t’en as pensé quoi, toi ? Parce que c’est ça qui est intéressant, en fait.

  6. 6
    le Vendredi 9 avril 2010
    Eymeric a écrit :

    Ta critique rejoint tout a fait mon opinion: une belle realisation visuelle mais un scenario tres decevant… Je rajouterai quelques deception: les personnages ont trop de psychologie humaine, ils ont perdu toute absurdite et pourquoi soudainement Alice a t elle des « amis »? Je rappelle que ce qui est interessant dans le livre, c est le fosse entre elle et les creatures de Wonderland, un fosse dincomprehension. Tout ca semble dire que le film a ete plie a des standards Disney pour perdre de ce quil aurait pu avoir de meilleur: labsurdite… Et puis quand meme: il a fallut attendre 100 min de film pour voir une scene rigolotte de tete coupee qui rebondit dans un escalier en colimacon… ca ne lui ressemble pas a Burton :P
    Sinon, cote visuel tres reussi, cest indeniable…

  7. 7
    le Samedi 10 avril 2010
    Zack-Annonces a écrit :

    Esthétiquement ce film est une vraie claque : onirique et féérique au possible, tout un univers visuel à part. On peut néanmoins regretter qu’il s’agisse du Burton le moins déjanté … Dommage !

  8. 8
    le Dimanche 6 juin 2010
    Julien vachon a écrit :

    Burton s’enferme dans un univers, ça devient lassant. Moi qui suis un fan, qui a débuté le cinéma en suivant deux modèles Burton et Hitchcock, je me sens bien mal à l’aise en voyant ce film.
    Les dires racontent qu’il va surement sortir un « Famille Adams »… Encore coincé dans son monde, je crains le pire.

  9. 9
    le Mercredi 9 juin 2010
    serviteur a écrit :

    en fait moi j’ai plutot eu l’impression que c’etait pas du burton. je veux dire, il etait marque sur l’affiche et on le voyait sur les photos des plateaux mais en voyant le film j’ai eu l’impression qu’il les visitait les plateaux! disney a pris un des realisateurs les plus bnkables du moment et il lui a dit: « ecoute mon grand, tous tes petits films là c’est bien sympa [alors je precise juste que chez moi l’emerveillement burton ça a ete jusqu’a Alice… meme si ikl est vrai que charlie n’est pas son meilleur mais par contre Sweeney Todd c’est une enorme claque enfin je reprends) et puis tes producteurs y gagnent plein d’argent et puis on est- desole de t’avoir vire au debut de ta carriere parce qu’on croyait pas en toi mais là c’est bon on a vu que tu pouvais nous etre utile alors voilà ce qu’on te propose: on fait un film nous meme, on met ton nom sur l’affiche et puis on te donne un peu d’argent dans le lot, ça te va? ». et bah non ça va pas. rendez nous le vrai burton! on veut du glauque et du gothique alors on laisse tomber frankenweenie et maleficient (remake de la belle au bois dormant mais vu depuis la mechante) et on passe tout de suite a ce que tu as toujours aime pour que nous on continue a t’aimer, d’accord mon cher Burton? allez la Twentieth et warner ont toujours bien pris soin de toi, lâche un peu disney!!!!

  10. 10
    le Lundi 26 juillet 2010
    Annonces a écrit :

    Niveau des effets spéciaux, je tire mon chapeau, encore un chef d’oeuvre de Burton

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