Ali Ferzat, griffe de la contestation syrienne

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Ses dessins sont brandis quotidiennement dans les rues de Damas, Homs et Alep. Ali Ferzat est le caricaturiste politique le plus fameux de Syrie. Il a fui le chaos de son pays en janvier, la mort aux trousses.

Le dessinateur était présent samedi à Strasbourg pour l’inauguration de l’exposition Cartooning for peace, en marge du Forum mondial de la démocratie qui se tient toute la semaine dans la capitale alsacienne. Cartooning for peace est une association fondée en 2006 par Kofi Annan et Plantu, le dessinateur du Monde, à New-York, suite à la polémique sur les caricatures de Mahomet. Regroupant initialement 12 artistes, elle en compte aujourd’hui 110 du monde entier, promouvant leur travail et alertant l’opinion publique quand certains d’entre eux sont en danger.

Trois mois avant le soulèvement populaire débuté l’an dernier, le sémillant sexagénaire a commencé à viser le régime de Bachar al-Assad plus explicitement. « Pour la première fois, j’ai traité le président Bachar de manière directe, concrète. Je sentais un volcan enfoui au sein du peuple, qui ne demandait qu’à exploser. Le véritable artiste doit être capable de sonder la rue puis de prendre des positions de principe, quitte à perdre la vie ».

Ali Ferzat n’a pas perdu la vie, mais ses mains ont failli y passer. Le 25 août dernier, des hommes armés et masqués les lui brisent, en guise d’avertissement. « J’en ai payé le prix, mais ce n’est pas grand-chose vu tout ce qu’il reste à faire pour notre patrie ». Aujourd’hui, il est bien remis, vit au Koweït, travaille pour un journal de cet État de la péninsule arabique et vend ses dessins aux journaux du monde entier (New York Times, Le Monde, etc.).

Le Prix Sakharov de la liberté de l’esprit 2011, distinction décernée par le Parlement européen, est confiant quant à l’avenir de la Syrie : « On me demande souvent ce que je pense de l’issue de la révolution. En réalité, la révolution du peuple a déjà gagné depuis un an et demi, depuis que la barrière de la peur est tombée et que les gens descendent tous les jours dans la rue malgré les snipers et les frappes aériennes. Le régime ne détient plus que 25% du territoire, il est en position de faiblesse. L’armée régulière ne peut même plus aller dans les rues, alors ils tirent sur la population de loin, par les airs. Mais le triomphe final est pour bientôt ».

Après « la victoire du peuple », Ali Ferzat espère un processus à l’occidental pour son pays : des élections législatives, une Constitution, la mise en place d’une démocratie avec des élections présidentielles tous les quatre ans. « Ce n’est pas sorcier dit comme ça, mais cela requiert un prix énorme pour nous. La Syrie est la patrie du monde entier : nous avons apporté la langue sumérienne, l’écriture, la première note de musique. Nous sommes une terre de civilisation, qui connaît aujourd’hui les plus grandes atrocités. » Même quand la situation s’apaisera, le caricaturiste affirme qu’il ne renoncera jamais à la contestation : « Je serais toujours en désaccord avec la politique, avec ceux en place avant, ceux maintenant et ceux d’après ! L’art c’est l’éthique, la politique c’est des intérêts« . Un chapelet bleu dans la main, il précise cependant dans un grand sourire : « On peut critiquer les musulmans, les juifs et les chrétiens, mais le Ciel, ça non ! »

Il voyage beaucoup, expliquant sans relâche que « le silence de la communauté internationale tue les Syriens en jouant la carte du temps. L’opposition ne demande pas d’intervention militaire, juste des zones tampons et des zones d’exclusions aériennes pour pouvoir créer des couloirs humanitaires« . En attendant de pouvoir rentrer au pays, il travaille sur un projet de film d’animation et rêve de pouvoir rouvrir son journal, Al-Domari, fermé par le régime Assad en 2003.

Son site (en arabe)

Son portrait et ses dessins sur ARTE.

Le programme du Forum mondial de la démocratie, jusqu’au 11 octobre à Strasbourg.

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A propos de l'auteur

Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

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