Alexis HK

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Dans le cadre de son programme musical "Mélodies en Sous-Sol", la bibliothèque de Cherbourg avait invité ce week-end Alexis Djoshkounian (HK pour les intimes) pour un concert-rencontre avec l'artiste.

itemSitué musicalement quelque part entre Georges Brassens, MC Solaar, Jacques Brel, et Pierre Vassiliu, et physiquement entre Garou, Yves Montand et Rock Voisine, Alexis HK a de quoi dérouter, désorienter. Mais s’il ne revendique peut-être pas toutes ces paternités, il est sûr que ses textes et ses mélodies sont riches et diversifiés. Sa voix se pose dessus, tantôt traînante, tantôt avec un débit impressionnant, et nous fait découvrir un monde imaginaire souvent teinté d’humour noir.

Je l’avais découvert en concert, il y a environ deux ans, à l’occasion de la tournée de son dernier album L’Homme du Moment . Après un long moment d’absence, Alexis renoue avec son public, par cette tournée des médiathèques, pour se rapprocher de son auditoire et lui susurrer ses nouvelles chansons au creux de l’oreille.

Une soixantaine de personnes s’étaient massées devant lui, seul sur scène avec sa guitare, sous une lumière tamisée et intime. Sa prestation était, tout comme lors de ses précédents concerts, un véritable petit spectacle, où les chansons s’intègrent dans son récit, où le public ne peut que se sentir emmené dans un univers poétique où les mots s’entrechoquent et se répondent avec une grande facilité. Avec sa voix de mâââle, il nous raconte entre deux chansons ses déboires avec Sepultura, sa petite amie gothique qu’il emmène dans un restaurant antillo-savoyard. Il nous parle de ses peurs, celle de la lumière blanche braquée sur lui et celle de la violence à l’école quand on est gringalet et résolument non-violent . Les personnages de son récit se mettent à vivre autour de nous, les chansons se répondent entre elles, parfois drôles ( Chicken Manager ), parfois avec un débit de paroles impressionnant ( Gangster ) et même parfois en norvégien…

Alexis reprendra également quelques morceaux de ses anciens albums La Femme aux Mille Amants, Coming Out (superbe en solo), C’Que t’es Belle et Gaspard, réclamée par le public. Il joue avec son auditoire, prétend posséder un détecteur de téléphones portables, prend à partie les membres de l’assistance et n’hésite pas à s’arrêter en plein milieu d’une chanson pour disserter sur le moment le plus adéquat où battre des mains en mesure.

Un très agréable moment, en sa compagnie, embarqués dans son univers un peu absurde et superbement écrit. Après avoir passé un peu de temps à discuter avec son public, il a accepté de répondre à quelques questions :

Qu’aimerais-tu entendre dire de toi ?

Alexis: Honnêtement j’ai un peu peur de ce qu’on peut dire de moi, j’ai vraiment peur qu’on n’aime pas. Je détesterais tomber sur deux mecs qui me disent  » ouais ça j’ai entendu, c’est pourri « . Du coup, ça me fait tellement peur que les remarques positives je ne les imagine même pas. J’essaie de faire mon travail au mieux. Si je devais aimer entendre dire quelque chose sur moi, ça serait que ça fait plaisir, que c’est amusant, que ça fait rire et que ça apporte autre chose, mais surtout que ça fait plaisir d’entendre mes chansons. Ça ce serait bien.

C’est souvent le cas, non ?

Alexis: ( rires ) C’est souvent le cas, oui. J’y arrive assez bien je crois. Parfois je sens que les gens s’endorment un peu mais parfois je sens aussi qu’ils prennent vraiment du plaisir… C’est bien, non ?

Pourquoi cette longue période après la sortie de ton dernier album L’Homme du Moment (2004) ?

alexis2 Alexis: Parce que j’ai un problème avec mon producteur, et tant que je n’aurai pas réglé ce problème, je ne PEUX pas sortir de prochains disques, pas avec ce producteur. C’est devenu insupportable, je ne veux pas entrer dans les détails, mais je suis davantage bloqué juridiquement qu’artistiquement. Je veux sortir mon prochain album dans une vraie liberté, et la liberté, ça se paie et ça prend du temps. En attendant je tiens à rester en action et à garder le contact avec mon public, pour ne pas rester désespéré chez moi et me dire que tout est fini.

Tu as fait un voyage au Maroc l’année dernière, peux-tu nous en parler ?

Alexis: C’était excellent, j’ai passé trois semaines à Meknès, dans le nord du Maroc, j’ai été reçu par un institut français qui nous a très bien accueilli, qui m’a donné les moyens de travailler, j’ai écris pas mal de chansons là-bas. J’étais avec mon metteur en scène Nicolas, qui est un très très bon ami, et nous nous sommes tout simplement éclatés comme des malades ! On a rencontré des gens extraordinaires, on a découvert beaucoup de choses que je ne connaissais pas, parce que je n’étais jamais allé au Maghreb et j’ai le sentiment d’avoir compris deux trois choses. C’était vraiment fantastique.

Dans quel état d’esprit étais-tu parti ?

Alexis: J’étais parti dans l’idée de travailler, je voulais avoir de nouvelles choses en rentrant, parce qu’au bout d’un moment on résonne comme ça, pragmatiquement parlant:  » Est-ce que tu as de nouveaux trucs à dire ou pas ? Tu n’as pas de nouveaux trucs ? Et bien rentre chez toi alors ! « . Donc je voulais rentrer avec de nouvelles choses, mais je n’avais pas envie d’écrire des chansons sur le Maghreb, du genre  » Oh c’est trop beau… « . Ça m’énerve assez, par contre je voulais m’inspirer de l’humour des gens que j’y rencontrerais, des images, des choses comme ça. Et en fait j’ai réalisé que ça ne m’a pas du tout inspiré une écriture exotique d’être allé au Maroc, mais des idées de chez moi. Je pense que je vais mettre du temps à digérer ce voyage et plus tard j’écrirai peut-être des choses sur ce séjour.

En as-tu ramené des sonorités particulières ?

Alexis: Non je n’ai pas travaillé sur les sonorités, je les travaille chez moi avec mon home studio, là j’ai plus travaillé sur la mise en scène, construire un tour de chant qui se suive et où l’on se laisse porter. Mine de rien ça représente beaucoup de travail ! Je n’ai pas dit  » Tiens tu joues de la derbouka, super, viens en jouer sur mon morceau ! « , je n’étais pas du tout dans cette logique-là.

Où sont passés les musiciens qui t’accompagnaient sur scène ?

Alexis: Ils sont partis dans la nature, ils se sont un peu dispersés après la dernière tournée. Moi ça commençait à bien faire, on était tout le temps très nombreux sur la route, que des mecs, ça me fatiguait. J’avais de nouvelles chansons que je voulais essayer en solo, et de toute façon j’avais de tels problèmes avec ma maison de disque que je ne voulais plus mêler qui que ce soit tant que je serai sous contrat. Je leur ai donc laissé leur liberté, et je pense que ça leur fait du bien, parce qu’être tout le temps derrière le même chanteur, il y a un moment où ça va. Je pense qu’on se retrouvera plus tard, mais ils avaient besoin de prendre l’air aussi, c’était une démarche assez entendue. On a fait 350 dates ensemble, tout de même.

Peux-tu nous parler du nouvel album que tu es en train de préparer ?

alexis3 Alexis: J’aimerais qu’il sorte le plus tôt possible, il sortira en 2008, mais j’aimerais qu’il ne sorte pas en décembre 2008. En attendant je travaille, sur le plan artistique je pense être assez prêt. J’en ai assez d’aller sur myspace et de voir des gens qui écrivent  » Alors ? A quand le nouvel album ? « . Ils doivent se demander ce que je fais, et ça me rend malade de ne pas pouvoir leur donner ce qu’ils demandent. J’essaie de changer pas mal de trucs pour être au service des gens qui s’intéressent à ce que je fais parce que j’estime que c’est une chance d’avoir réussi à se créer un petit public comme ça. C’est précieux, et je ne peux pas les faire attendre pendant des années et des années. Ça me rend vraiment malade que ce disque ne soit pas déjà sorti, en vérité.

Cette tournée de concerts dans les médiathèques répond donc à un besoin de rencontrer ton public ?

Alexis: Je le fais d’une part parce qu’on me l’a proposé, parce qu’Adrien ici présent (son tourneur) avait la possibilité de me faire faire ça, et que je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de le faire s’il ne m’en avait pas parlé. Et ça rentrait tout à fait dans la ligne de me dire que si je ne faisais rien à ce moment-là, je me serais reconverti dans autre chose. Adrien m’a donc proposé cette tournée de médiathèques, il connaissait bien ce réseau, je l’avais déjà fait une fois avec lui à Juvisy et ça s’était très bien passé, donc on l’a fait. Ça me permet d’avoir ce genre de contact que je trouve extraordinaire, privilégié ! Des gens qui viennent en pleine après-midi écouter mes chansons et qui repartent, qui n’ont pas l’air trop mécontent, ça fait du bien.

Que peux-tu dire des chansons de ton futur-peut-être-nouvel album ?

Alexis: ( Rires ) Alors sur mon futur-peut-être-nouvel album, j’aimerais que ça oscille entre les chansons marrantes, comme Chicken Manager, des chansons avec un peu de flow, et puis des chansons comme la chanson en norvégien. Je voudrais alterner des ballades qui soient douces à l’oreille, des moments très doux où on laisse tourner l’album, qu’on n’ait même pas besoin d’écouter les paroles, que ce soit joli au niveau du son et simple. Qu’il y ait des morceaux plus pêchus, avec du flow, des paroles marrantes, des images rigolotes, qui fassent un peu plus bouger, et mélanger tout ça pour faire un petit patchwork. Que les gens se disent  » Tiens, on ne s’emmerde pas trop sur ce disque « .

Plus d’interludes ?

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Il y a donc une demande importante du public pour écouter quelque chose en faisant la vaisselle ?

Alexis: ( rires ) Quand on écoute un disque en passant l’aspirateur, bon c’est sûr l’aspirateur, ça fait du bruit. Mais ça dépend de ce qu’on a comme aspirateur. Moi j’ai un super aspirateur. Mais la vaisselle c’est un bon exemple, on ne fait pas la vaisselle de la même façon quand on met un bon disque ! Le repassage aussi, très important ! Mais maintenant les gens font leur repassage devant la télé.

La dernière question.

Alexis: ( rires ) Mais au fait, pourquoi ?

Qu’est-ce que je peux te souhaiter ?

Alexis: En ce moment, ce qu’il faut me souhaiter, c’est de pouvoir continuer à travailler sous quelque forme que ce soit. Soit superstar, soit petit chanteur, mais au moins de pouvoir continuer. J’en ai envie, j’ai encore des choses à raconter, j’ai encore envie de m’amuser avec ça, et c’est très difficile en ce moment, parce qu’on me met des bâtons dans les roues, c’est tendu et si ça continue, je serai obligé d’arrêter, donc il faut me souhaiter de continuer.

En savoir +

N’hésitez pas à vous rendre sur la page myspace d’ Alexis HK, vous pourrez y écouter quelques titres et lire le récit de son voyage au Maroc: www.myspace.com/alexishkofficiel

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A propos de l'auteur

Image de : Normande bientôt trentenaire, intervieweuse en pointillé, en particulier dans le domaine musical ou littéraire. Sais coudre et tricoter, jouer de la batterie et organiser des tournées. Bah oui, on peut avoir l'air cool ET broder, surtout si on en fait son gagne pain : http://www.broderieduphare.kingeshop.com

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 22 avril 2009
    Anonyme a écrit :

    Et bien il en a fallu du temps pour que tous les problèmes soient résolus puisque le disque n’est sorti que tout dernièrement (avril 2009)!!!dure la vie d’artiste!
    Mais « les affranchis » est tout à fait réussi et le clip vraiment très bon, un petit régal!

  2. 2
    le Mercredi 22 avril 2009
    Anonyme a écrit :

    « Courageux anonyme »??? Bof, je ne me sens pas obligée de mettre mon nom partout… et puis comme je ne dis aucun mal d’Alexis HK et de cet entretien tout à fait intéressant…je n’ai à priori aucun « intérêt » à rester anonyme.

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