Ailleurs si j’y suis – A. Laurain

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Qui n’a pas en soi la démence du collectionneur est souvent déconcerté face à ces personnes qui peuvent dépenser des sommes folles pour accumuler des objets destinés à être bien sagement alignés dans des étagères.

Des objets que le collectionneur couve avec une attention proche de l’érotisme, tout au plaisir de les toucher, les admirer, plus souvent en solitaire qu’en compagnie. Car qui n’a pas la démence du collectionneur a bien souvent du mal à la comprendre et l’appréhender. Un tourment que connaît bien le héros qu’Antoine Laurain met en scène dans le roman Ailleurs si j’y suis

ailleurssijysuisPierre-François Chaumont, avocat parisien ne sent jamais aussi heureux que lorsqu’il pénètre dans la salle Drouot où se tiennent quasi quotidiennement des ventes aux enchères dans lesquelles il engloutit une partie de son énorme salaire. Ce qui n’est plus vraiment du goût de Charlotte, sa compagne qui n’en plus de voir s’accumuler des objets hétéroclites partout dans l’appartement depuis des années, qui n’en peut plus de se sentir dépréciée par rapport à eux. Mais rien n’arrête Pierre-François qui perpétue son goût de la collection depuis l’enfance, qu’il a hérité de son oncle Edgar, personnage excentrique et raffiné.

Un jour, alors qu’il feuillette le catalogue de la vente de l’après-midi, il est saisi d’une fièvre proche de la transe : l’un des tableaux est le portrait d’un noble qui lui ressemble comme un miroir. Pierre-François l’achète pour une somme ahurissante. Mais une fois rentré chez lui, il ne comprend pas pourquoi, de sa femme à ses amis, personne ne remarque ce qui lui semble d’une évidence formelle. Il est loin de se douter ce vers quoi va l’entraîner le décryptage des armoiries nichées dans un coin du tableau lors d’une nuit d’insomnie à étriller les pages de google sur son ordinateur.

Ailleurs si j’y suis est un roman au charme un peu suranné, porté par une écriture élégante à l’image des objets désuets et rares qu’accumule Pierre-François. C’est un véritable conte pour grands enfants de part le caractère quasi-merveilleux et quelques invraisemblances du récit qui prêtent parfois à sourire. Mais dans Ailleurs si j’y suis le charme opère malgré tout, notamment dans le jeu de pistes qu’entame le narrateur pour découvrir la signification de ce portrait qui est son jumeau pastellisé, et que ses proches s’obstinent à ne pas trouver ressemblant pour un sou. Pour autant, il ne s’agit pas d’un roman d’aventures, ni même d’un roman fantastique, plutôt une variation séduisante sur le pouvoir des objets.

S’il y a un reproche à faire au roman d’ Antoine Laurain, c’est bien le fait qu’il se soit parfois contenté d’un peu trop effleurer sans approfondir plusieurs de ses personnages, voire des situations que le lecteur aimerait volontiers voir s’étirer sur quelques pages supplémentaires. Reproche souvent inévitable pour un premier roman, mais qui annonce de futurs livres à suivre de près. D’ailleurs le second roman d’ Antoine Laurain est déjà en librairie et porte le nom magnétique de Fume et tue . Je vous le disais, à suivre de près.

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En savoir +

Ailleurs si j’y suis, Antoine Laurain, Le Passage Editions, 2007, 158 pages

Entretien avec Antoine Laurain pour l’émission « Un livre, un jour » :
http://www.dailymotion.com/video/x1etdq_antoine-laurain-france-3-pour-son-r_people

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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