Adoration

par Duck|
Après le sous-estimé La Vérité nue, Atom Egoyan revient avec ce film intriguant, proche de ses premiers opus. Simon est un adolescent mal dans sa peau. Il se réfugie sur Internet pour échapper à ses soucis. Dans le cadre d'un exposé scolaire, il révèle quelque chose sur ses parents qui va bouleverser la manière dont les autres le voient.

adorationIl est très difficile de parler de l’intrigue des films d’ Egoyan tant la découverte des différents points du récit constitue le coeur de la narration de ce cinéaste. Énoncer ne serait-ce qu’un élément de l’intrigue constituerait une atteinte à l’intégrité du message. Ici plus que jamais, Egoyan torture son histoire, prend des chemins sinueux et ténébreux pour reconstituer son intrigue. Construit de manière non chronologique, le film s’efforce à capter les errances psychologiques de Simon.

Ce puzzle mental, plein de mensonges et de faux-semblants, s’assemble de manière étrange. Chaque scène vient éclairer d’une nouvelle lumière tout ce qui s’est passé avant. Le récit est construit par couche et c’est au spectateur de remettre ses différentes parties dans l’ordre, comme s’il s’agissait d’une lente exposition des faits, dont tous les éléments ne nous seraient révélés qu’à la toute fin du film.

Cet univers d’allégations, mêlant vrai et faux, film et vidéo, mystère et révélation, a souvent valu à Atom Egoyan d’être comparé à David Lynch . Néanmoins, à la différence de ce dernier, le réalisateur d’ Adoration donne toujours toutes les clés pour comprendre ses récits, ce qui lui a valu de nombreuses critiques. Mais loin de tout élucider de manière lourde et maladroite, Egoyan choisit de laisser l’explication de certains comportements dans l’ombre. Il décide ainsi de se concentrer sur les conséquences plutôt que sur les circonstances, conférant un aspect mystérieux à ses protagonistes. L’identification aux personnages est donc souvent compromise, mais la précision avec laquelle le cinéaste caractérise ses individus nous permet de plonger dans l’histoire.

Plus qu’une addition de différents éléments, le film se construit comme un tout. Chaque scène ne peut être vue séparément du reste du métrage. Elle n’a pas, comme dans beaucoup de films, d’existence propre. Elle n’existe que par ce qui la précède et ce qui la suit. Pris hors du contexte, chaque élément peut paraître obscur, sans signification. Ce n’est qu’une fois intégrée dans le tout qu’il peut déployer toute sa puissance. C’est pour cela que le montage revêt une signification toute particulière.

En effet, Egoyan a pris pour habitude de laisser son monteur assembler chaque séquence. Une fois ce travail terminé, le réalisateur les ré-assemble dans un ordre différent afin de mieux juxtaposer les émotions, et ainsi d’approfondir l’impact de son oeuvre. Cette technique donne à ses films un aspect très cérébral, voire froid selon certains, mais Egoyan choisit de toucher le spectateur par d’autre moyens.

Dans Adoration, l’expérimentation est tellement poussée jusqu’à son paroxysme, que le film peut paraître abscons. Celui-ci demande une attention permanente pour ne pas perdre le fil du récit. Les efforts du spectateur sont néanmoins récompensés par un film énigmatique qui reste en mémoire bien après sa vision.

Partager !

En savoir +

Adoration, Atom Egoyan dans les salles depuis le 15 avril 2009

Fiche AlloCiné : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=134065.html

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article