Adanowsky

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Parfois, il est bon de sortir des sentiers battus, d'écouter ou d'aller voir quelqu'un qui sur le papier ne rentre pas forcément dans votre univers musical.

C’est le cas d’ADANOWSKY, découvert en live lors de l’enregistrement d’une émission où j’étais venu voir Charlelie Couture, j’ai été immédiatement conscient qu’il se passait quelque chose, que ce personnage qui dansait, chantait et racontait des anecdotes personnelles surprenantes n’était pas n’importe qui, et certainement pas dénué de talent. Revu en concert, l’impression était la même et venait confirmer les premiers ressentis. Il était vêtu d’une veste à paillette, d’un chapeau et d’une petite moustache. Je l’avais quitté sur cette image.

Et il est parti faire un voyage, des tournées, vivre ailleurs…

La rencontre a eu lieu dans un chouette appartement vers Luxembourg, je croise Adan dans la rue désirée, une barbe, un petit boléro. Changement de Look. Changement de direction musicale. Dans la cité de dieu, Daddyno est devenu Zé Pequeno. En Amérique du Sud, Adan lui est passé de L’idole à AMADOR.

Comment vas-tu ?

Et bien ça va, mais à vrai dire aujourd’hui pas très bien…

Pourquoi donc ?
Car j’ai une mère alcoolique et on vient de la jeter à la rue.

,Mais tu vas l’aider ?

Oui bien sûr, ça va me pousser à travailler plus.

Manutention ? Manpower ?

Non je vais bosser plus de chansons, je vais tenter de devenir millionnaire pour lui acheter une maison.

Tu as mis 4 ans à sortir ce nouvel album, raconte moi ce que tu as fait pendant tout ce temps ?

Holà, plein de choses, j’ai fait des tournées partout dans le monde, vu que le CD ici, avait plus ou moins bien marché, je me suis dit que j’allais traduire le disque en espagnol, ma mère est mexicaine et mon père chilien, et après ça partir en Amérique du Sud, voir ce qui se passe là-bas. Et que cela soit au Mexique, au Chili, en Espagne ou en Argentine, j’ai trouvé un label dans chaque pays et ça a bien marché.

Bien plus qu’en France ?

Mille fois plus, ça a pratiquement été l’un des disques les plus vendus chez les disquaires en 2008. Et donc, j’ai commencé les tournées : de 2008 à 2010, j’ai joué dans tous ces pays, et en même temps j’ai enregistré mon deuxième disque. J’ai pas glandé…

Tout en espagnol ?

Oui tout en espagnol, mais aussi en anglais et en français. J’ai un peu tout mélangé.

Malgré les références sur ton MySpace, que ce soit James Brown, Nick Drake, les Doors ou Elvis, tu joues pourtant quelque chose de complètement différent…

Pas sur ce nouvel album justement. Quand j’ai conçu le premier, j’écoutais énormément Tom Waits, Paolo Conté et pas mal de jazz. En voyageant, je me suis mis à écouter de la folk 70′s, et j’ai continué à en écouter pendant 3 ans et puis le disque est sorti comme ça. Je l’ai fait avec Noah Georgeson, qui est le guitariste producteur de Devendra Banhart.

C’était un ami à toi Devendra ?

Oui, enfin on est devenu amis à la suite de cet album, j’aimais bien ce qu’il faisait, et un jour j’ai eu son adresse mail, alors je lui en ai envoyé un message en lui disant « J’adore ce que tu fais et je voudrais faire un truc avec toi, répond moi si ça te branche…  » J’ai fait le fan… Et puis j’ai attendu. La première semaine : pas de réponse. La deuxième : pareille. Et la troisième : il ma répondu « J’adore ce que tu fais : la musique, les textes. Quand tu viens à L.A, on se voit chez moi et on va faire des chansons ensemble ». On a donc enregistré une chanson et j’ai profité de l’occasion pour mixer mon album là-bas.

D’une pierre, deux coups…

Oui totalement, mais pour Noah, j’avais fait la même chose, je l’avais contacté via MySpace : « Je suis chanteur, écoute mes chansons, est-ce que ça t’intéresserait de mixer mon album…  »

Et Noah, c’est le mec de Phoenix ?

Ah non, lui c’est ROB (NDLR. Oui, moi et la musique actuelle… )

Et tu l’as connu également comme ça le mec de Phoenix ?

Image de Adanowski , Paris | 11.06.10 Je l’ai connu il y a déjà longtemps via Record Makers, le truc où il y a Tellier. On m’avait conseillé de bosser avec Rob, mais je ne voulais pas, car je travaillais déjà avec Yarol (NDLR Poupaud) et je ne pouvais pas mettre une troisième personne, donc ça ne s’est jamais fait. Les Gush, avec qui je jouais pendant toute la période d’entre CD, m’ont dit : « Tu sais, tu devrais rencontrer Rob, il aime bien ce que tu fais et pour ton album ce serait génial. ». Donc j’ai appelé Rob je lui ai dit « J’ai ces chansons, est-ce que l’on peut faire un truc ?  ». Il est venu dans mon studio et on a commencé à travailler, ça s’est tellement bien passé que finalement ça a pu se faire et on a fait l’album ensemble. Je lui ai proposé de le coproduire avec moi et il a accepté, on l’a fait et c’était génial.

Justement en parlant des Gush, je t’avais vu jouer à côté de la mairie du 3ème lors d’un festival et les Gush faisaient ta première partie. Maintenant avec le fait d’être parti longtemps, ça te fait reprendre à zéro, car l’autre fois à la Cigale, c’était toi qui faisais leur première partie.

Oui, c’est vrai, mais en Amérique du Sud, pendant 3 ans, c’étaient eux qui faisaient mes premières parties. Désormais ils ont monté, alors que pour moi en France, je dois effectivement reprendre à zéro.

C’est un challenge ?

Non, car j’ai envie de tout reprendre à zéro, effacer tout mon passé musical.

Ça ne te convient plus ce que tu avais fait ?

Je ne supportais plus mes anciennes chansons, je ne pouvais plus les écouter, il y en a une… deux… allez 3 que j’aime encore, mais c’est tout. J’avais envie de jeter à la poubelle mon CD et de le brûler, comme Bacon avec ses tableaux.

Rien que ça…. Pour Bacon c’est bien dommage d’ailleurs…

C’est vrai… Mais en même temps, je ne peux pas renier ce que j’ai fait.

C’est un peu aussi grâce à ça que tu peux faire autre chose désormais…

Oui exactement, c’est grâce à ça. Mais pour la Cigale l’autre fois, ils m’ont dit : « Tu ne veux pas faire notre première partie ?  ». Je trouvais ça fun, et ce n’était pas vraiment une première partie, on se connait tellement bien… On partageait la même scène.

Et combien d’albums as-tu vendus en Amérique du Sud ?

65 000/70 000… Un nombre comme ça.

La toute première fois que je t’ai vu joué, et au passage découvert, tu avais raconté des anecdotes, notamment sur le fait que James Brown t’avait vu danser petit ou qu’Harrison t’avait guidé à la guitare.

Et personne n’y croyait……

Exactement, c’est l’impression que j’en ai eue. Et puis en rentrant, j’ai fait des recherches et je me suis aperçu que ce n’étaient pas des salades. Penses-tu que ce sont ces rencontres qui t’ont poussée à devenir artiste ?

Non, non, ce sont juste des anecdotes. Mais dès 6 ans, je voulais faire de la musique et je faisais du piano. À 13 ans, je jouais dans un groupe.

La musique reste ta priorité ?

Oui, complètement…

Tu aimerais refaire l’acteur ?

Oui, je joue de temps en temps. Mon dernier était le Julie Deply Two days in Paris. Mais dernièrement je me suis centré sur la musique, je n’ai pas vraiment eu le temps de passer des castings. Cela arrive que l’on me propose des rôles pour des longs-métrages. Il y a en a eu un que je n’ai pas pu faire, car j’étais en tournée en Amérique du Sud : c’était un film où je devais être un homme-taureau… C’est marrant, on me propose toujours des rôles bizarres… Et le second, c’est un western aux États-Unis, c’est une espèce de nouveau Tarantino qui tourne ça et je vais le faire. Et puis il y a les clips que je réalise et où joue dedans, donc je fais quand même un peu l’acteur, d’ailleurs il y a le nouveau clip de Me Siento Solo

On peut déjà le voir ?

Il est sur YouTube, c’est l’histoire d’un homme qui se sent seul malgré le fait qu’il soit toujours accompagné, mais il a une sensation de solitude et rien n’y fait bien qu’il soit aimé, et que tout le monde l’adore.

Ce sont donc des thèmes plutôt tristes qui structurent l’album ?

En fait lorsque j’ai fait cet album, mon ex-nana est partie à Berlin pendant 2 mois et elle ne m’a pas trop donné de nouvelles, pas vraiment appelé. Je sentais que c’était la fin et je me suis dit que j’allais faire cet album, je l’ai composé chez moi et Me Siento Solo parle un peu de ça, mais le reste de l’album est beaucoup plus lumineux : ça parle d’ouverture. C’est arrivé à un moment où j’ai arrêté de fumer, heu de boire, j’ai jamais fumé, et je ne me droguais pas non plus, mais j’avais complètement arrêté de boire. J’étais donc super sain et je l’ai fait dans ce trip-là, mais ça a complètement à voir avec le personnage propre de ce disque, car c’est une trilogie et si ça se trouve pour le 3e disque, je vais être un gros drogué… Je ne sais pas.

Tu ne sais pas encore ? C’est le hasard ? Ou maintenant que tu en parles tu as déjà prévu de devenir un junky ?

Je ne sais pas encore, ce sera une surprise !!! (Rires)

Tes prochains projets musicaux seront dans le style d’AMADOR ou tu aimerais sonner de manière complètement différente ?

Chaque disque sera complètement différent, et je suis déjà en train de bosser les morceaux du 3e album et le changement est inimaginable, ça n’a rien à voir.

Ton père aime ta musique ?

C’est mon fan, il aime bien ce que je fais.

Tu avais dis que tu aimais te vêtir en prince pour aller chercher du pain, ça t’arrive toujours de faire le fantasque ?

Ouais ça arrive, c’est rare, mais ça arrive. Désormais, quand je suis au Mexique et que je vais à une fête, je ne peux pas sortir sans être habillé de façon extravagante, ça fait partie du personnage. Ici je m’en fous un peu, car le disque n’est pas sorti, mais là-bas je dois faire attention à tous les détails.

Donc t’es un homme concept en Amérique du Sud.

Très ! Pour le premier c’était l’idole, donc j’étais toujours habillé avec des trucs clinquants, du strass. Pour le deuxième, c’est un type qui s’appelle Amador, donc qui est obsédé par l’amour, qui est mystique, un peu sombre et là je sors avec les yeux maquillés. C’est assez drôle, et pour les Mexicains c’est super sérieux : ils me parlent du personnage comme si j’étais toujours ce personnage. Mais c’est drôle, car il y a deux ans, j’étais un inconnu total, j’arrive là bas et au fur et à mesure, le truc a pris de l’ampleur et maintenant on m’arrête dans la rue « Hey Adanowfsky, Adanosky, une autographo per favor ! Photos photos » (Rires)

Ça te plait la célébrité ?

C’est amusant et fascinant. Pour l’ego c’est génial, mais c’est éphémère, ça peut s’arrêter demain. Je vais finir par déprimer et mourir, car ça s’arrêtera un jour. Mais il faut se concentrer sur l’œuvre en elle-même, sur l’étape de création tout en prenant plaisir, et après viendra ce qui viendra. Mais être attaché à ça, c’est moyen, c’est une illusion, ce n’est pas ce qui m’intéresse vraiment. Si ça marche tant mieux, sinon tant pis.

T’étais en Amérique quand il y a eu la grippe aviaire, tu chantais avec un masque dans la rue ?

C’était une énorme crise, mais aussi un grand mensonge, car avant il ne s’était rien passé, et après pas grand-chose non plus. Au final les morts c’étaient des vieux qui étaient déjà malades et qui ont eu la grippe. Il parait que la vraie grippe a fait beaucoup plus de morts que la grippe porcine, c’était un gros bluff. Obama était arrivé au Mexique et 2 semaines plus tard il y avait la grippe porcine, c’est bizarre quand même.

Il avait amené des surprises dans sa valise… (rire)

Oui je pense qu’il avait caché des masques, mais je sens que c’était un truc économique. Pendant 4 jours il n’y avait plus personne dans les rues, des gens ont perdu beaucoup d’argent, et d’autres, plus puissants, en ont amassé pas mal aussi.

Aimerais-tu passer à la réalisation ?

Carrément, déjà je suis en train d’écrire une pièce de théâtre et je termine un livre de conte.

Pour enfants ou adultes ?

Pour adultes ! Le contenu n’est politiquement pas correct. Pas du tout même, surtout pour des gosses : ça parle d’inceste, de ce genre de chose… Enfin, ça parait bizarre dit comme ça…

Pas du tout, ça ne me choque pas…

Mais actuellement c’est surtout faire le troisième disque.

C’est ta priorité ?

Oui, développer le nouveau personnage, c’est assez long, déjà que celui-là a mis beaucoup de temps à émerger… La façon dont il s’habille, comment il va parler en interview, la musique qu’il joue…

Quand tu me dis ça, je pense à Joaquin Phoenix qui a joué un jeu similaire en se retirant du cinéma et en se créant un personnage.

Ha bon je ne connaissais pas…

Renseigne-toi, il y a à voir avec ce que tu me racontes…

J’aimerais aussi faire un film sur Amador, que les morceaux soient des séquences, donc je suis en train de l’écrire et je le ferais au Mexique, ça risque d’être long à faire, mais on verra.

Et là tu restes un peu chez nous ?

Je reste 9 jours, et je retourne au Mexique, car le disque sort là bas.

Tu penses finir ta vie au Mexique ?

C’est très chaotique le Mexique, c’est pollué, c’est terrible ! Au bout d’un moment, je me suis dit : « Je vais aller à Los Angeles trouver des musiciens là-bas, car au Mexique les musiciens ce sont tous des métalleux et à Los Angeles j’ai trouvé une maison, j’ai acheté des meubles, une Cadillac des années 80 blanche… Oui, je me la pète (rires) et donc au bout d’un certain temps je me suis fatigué de Los Angeles. Il y a un truc qui n’est pas organique, pas humain… C’est vraiment Hollywood, alors tout le monde sourit, il y a de super énergies, mais il y a un truc fake qui me dérange. J’ai donc préféré le chaos du Mexique à la superficialité de Los Angeles. Au moins, c’est vrai là-bas : il y a des couilles, de la tequila et des mariachis.

Crédits photo : Nicolas Brunet

Adanowsky sera en concert le 17 juin à la Maroquinerie

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Adanowsky, Amador sortie le 26 juin 2010

MySpace : http://www.myspace.com/adanowsky

A propos de l'auteur

Image de : Melchior 22 ans, aime roder en écoutant du hip-hop ou du rock, écrire des reports sur des groupes de hardcore, prendre des photos qui n'interressent personne, B2ObA, Burzum, les films de Cronenberg, les loups, George Michael et Tears For Fears ....

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