AaRon

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2007 aura été une année que Simon Buret et Olivier Coursier ne sont pas prêts d'oublier. Nominé pour le prix Constantin, double disque d'or avec un premier album magique et une tournée à guichets fermés dans toute la France, AaRon aura marqué de son trip hop envoûtant les oreilles et les coeurs de beaucoup. Prétexte idéal pour vous offrir comme petit cadeau de Noël, cette interview réalisée en juillet dernier lors du festival Décibulles.

Une interview qui d’ailleurs a bien failli ne pas se faire. Après avoir passé plusieurs heures dans des bouchons monstres à l’entrée même du festival, c’est très en retard et passablement essoufflés par un sprint épique à travers champs et ruisseaux, que nous arrivons in extremis pour quelques minutes en compagnie de Simon et d’ Olivier, tous deux très disponibles et visiblement très heureux d’être là.

Est-ce que vous pourriez vous présenter l’un l’autre en quelques mots ?

aaron3 Simon : Alors lui, c’est Olivier. Il fait les arrangements, la composition de l’album. Et sur scène, il fait du clavier, de la guitare, et des surprises.

Olivier : C’est Bruce Springsteen ( rires ). C’est Simon Buret, qui chante, qui compose des textes, qui fait du piano aussi, et qui est aussi acteur.

Comment définiriez-vous en 3 mots la musique d’AaRon ?

Simon : Oula . Pourquoi 3 mots ?

Un mot chacun et un mot commun.

Simon : Libre

Olivier : Nocturne

Simon : Et vivant, voilà ( rires ).

Qui est cet AaRon ?

Simon : AaRon, c’est un acronyme du titre de l’album :  » Artificial Animals Ridding On Neverland  »

Et pourquoi ce titre pour votre 1er album ?

Simon : J’ai un peu l’impression que c’est ce que chaque être humain a en soi : nous ne sommes jamais que des animaux artificiels qui chevauchons un pays imaginaire. Et c’est très important de le nourrir. On a tous en soi une capacité d’imaginaire, cette force d’aller vers un ailleurs, de croire en certaines choses qui ne sont pas forcément palpables. Et c’est important de ne pas rester dans la réalité qu’on nous impose. Il faut savoir que chaque être humain, depuis l’enfance, pense, réfléchit par soi-même et croit en certaines choses, et c’est ça qui est beau dans l’être humain.

Ce titre de l’album était un petit peu un clin d’oeil à tout cela : bienvenue dans la terre de Neverland, qui est la vôtre, et faites y ce que vous voulez, on n’est jamais que des animaux artificiels qui chevauchent un pays imaginaire, n’est-ce pas ( sourire ). Alors là je l’ai fait en présentateur télé, WOW ( rires ) !

Vous vous êtes rencontrés en 2004, et vous n’avez sorti l’album que récemment. Qu’avez-vous fait pendant ces 3 ans ?

Olivier : Simon avait des tournages, moi j’avais des tournées. On avait des emplois du temps assez chargés. La base de l’album s’est faite assez rapidement, parce qu’on savait qu’on devait partir chacun de notre côté et après pendant un an, on s’est vu très très peu.

Simon : Moi, j’étais à la piscine une fois, et au cinéma aussi une fois je crois. Non en gros, on avait pas mal d’obligations chacun de notre côté.

Olivier : Et c’est passé très vite.

Simon :. Et ça a mis du temps pour pouvoir vraiment se concentrer juste sur l’album.

Avant même votre première date, les salles étaient déjà remplies.

Olivier : Oui, on était assez surpris.

Cela ne vous à pas un peu trop mis la pression ?

aaron2-2 Olivier : Si si, il y a une période où l’on a eu vraiment la pression. Et puis, à un moment donné on s’est calmés et on s’est juste dit  » Il faut qu’on se fasse plaisir sur scène comme quand on a composé l’album, il faut qu’on garde ça en tête « .

Simon : La chance qu’on a eue, c’est que comme tout arrivait très vite, on n’a pas eu le temps d’intellectualiser les choses. On les faisait comme ça par étape, et puis c’est vrai que là, ça aide aussi à ne pas flipper. On n’a pas vraiment eu le temps de prendre du recul, mais juste d’être dans le travail tous les jours.

Comment se passent les concerts ?

Simon et Olivier : Super bien, c’est génial !

Olivier : C’est un vrai échange avec le public.

Simon : J’adore dire ça, parce qu’à chaque fois, je me dis, on fait toujours les interviews avant le concert, et si ça se trouve, ce soir ça va être pourri !

Vous avez vu l’état du festival ?

Simon : Non pas vraiment.

Voici un aperçu (gros plan sur les chaussures pleines de boue)

Simon: Voilà, j’espère qu’on ne va pas nous jeter de la boue dans la gueule ! Pour l’instant on n’a jamais eu de souci, il y a un accueil assez chaleureux. Les gens écoutent, et c’est vraiment très agréable.

Vous avez prévu quelques dates en Israël.

Olivier : Oui, en octobre.

Simon : En fait, ça nous fait énormément plaisir. On est encore surpris, c’est une nouvelle étape, on commence à voyager un petit peu. Là on part en Israël pour 2 dates, je crois, à Jérusalem et à Tel-Aviv. Et puis après, on va à New York, et en Espagne.. Ce sont des projets pour 2008.

Il y aura donc une suite pour 2008 ?

Olivier : Oui, en 2008, ce sera plus concentré à l’étranger s’il y a des ouvertures.

Simon : Le Japon, ce serait drôle ! C’est assez surprenant. Grâce à Internet et grâce à MySpace notamment, on reçoit des messages de Grèce, de Roumanie, de Bora Bora, d’Alaska : c’est assez rigolo. C’est le symbole de la musique de ne pas avoir de frontières ! Quand tu le vois physiquement, c’est magique !

Pourquoi une seule chanson en français ?

Olivier : En fait on a plusieurs chansons en français, mais qu’on a voulu garder. Le titre  » Le Tunnel  » a vraiment sa place : ça rend l’album homogène. D’en avoir mis plusieurs, cela aurait été étrange pour nous.

Simon : Et puis le fait d’en mettre qu’une en français, ça lui donne une certaine place, ça la mets en valeur.

Et la reprise de Billie Holiday ?

Simon : Moi j’ai été bercé par tout ce mouvement musical : le jazz, Billie Holiday, Nina Simone, Léonard Cohen. C’est toute mon enfance. Et puis il y a des chansons qui sont plus que des chansons. Cette chanson, c’est un cri, c’est un message, avant d’être quelque chose de musical qu’on écoute. Et puis je pense que le message est important., D’ailleurs si je parle beaucoup d’une chanson sur scène, c’est beaucoup de celle-là, parce que j’ai envie que les gens entendent cette chanson, mais aussi qu’ils l’écoutent vraiment. Il y a vraiment un message de tolérance derrière. Arrêtons-nous 2 secondes, on est unique et c’est ça qui est beau. La différence, il n’y a pas plus merveilleux. Cette chanson parle de lynchage et des Noirs des États-Unis qu’on pendait juste à cause de leur couleur. Et c’est Billie Holiday qui l’a chantée pour la première fois. C’était un poème à la base, et elle en a fait une chanson sublime, et les gens ont commencé à réaliser qu’il y avait peut-être un souci. C’était la première protest song américaine, et ça se doit d’exister.

Elle a été reprise plein de fois cette chanson. Il y a des thèmes comme ça qui sont véhiculés à travers les années, c’est beau ! Ce que je dis en concert aussi, c’est que cette chanson a été écrite en 1935 et qu’aujourd’hui, même si on est en 2007, il y a encore des homos qui se font brûlés dans le Nord de la France, ou des mecs qui se font taillader à cause de leur religion. À un moment, il faut se réveiller, c’est important.

Et puis après, juste musicalement, elle a une puissance, peut-être justement parce qu’elle a été reprise par plein de voix différentes, il y a quelque chose de très jouissif à la chanter ou à la jouer. Entre Olivier et moi, j’aime bien car une des chansons où l’on est que tous les 2 sur scène, et c’est plaisant de passer ce moment-là tous les 2.

Tout a l’air assez simple pour vous. Est-ce que ça l’est vraiment ?

Simon : Non, pas du tout. Ensuite, pourquoi te parler des choses compliquées ? On ne va pas se plaindre, il se passe des belles choses. Après, les angoisses, il y en a. Les flips, il y en a. C’est sûr que tout d’un coup, on nous octroie une grande responsabilité. Moi j’aime bien juste rappeler aux gens qu’on fait juste de la musique, qu’on n’a pas inventé un vaccin. On n’est pas en train de sauver le Monde. Il faut juste redescendre sur Terre ! Tout va bien, tout est normal ! Ce sont des beaux moments, mais il ne faut pas se la péter plus que ça non plus.

Et votre 5e album, vous le verrez comment ?

aaron1 Simon : Je pense qu’il sera en 3D, les choeurs seront faits par des requins, et à mon avis, on va l’enregistrer sur Neptune. Et puis on aura peut-être changé de sexe à cette époque-là, je ne sais pas ( rires ).

Olivier, avant AaRon, tu faisais partie du groupe Mass Hysteria. Outre la différence musicale évidente, y vois-tu des points communs entre ces deux projets ?

Olivier : Et bien je ressemble physiquement beaucoup à Yann. Je suis aussi musclé que lui. ( rires ) C’est complètement différent. Les deux ont des avantages et des inconvénients.

Simon : Ah bon, il y a des inconvénients ?

Olivier : Et bien non, j’allais dire une connerie d’ailleurs… Avec Simon, ce que j’ai adoré, c’est que tout va très vite. Le fait d’être deux, tu te poses beaucoup moins de questions. Tu’as moins de problèmes d’ego. Nous pour faire un titre, on va mettre une journée. Quand tu’as un groupe, c’est beaucoup plus long. Tout est beaucoup plus simple, et je me sens un peu plus libre. On prend une guitare, on peut aller jouer n’importe où. Quand tu as un groupe, c’est tout de suite plus de matériels, tu es plus dépendant des autres personnes, c’est complètement différent.

Simon, as-tu des projets cinématographiques ou bien est-ce que tu vas plutôt te concentrer sur la musique ?

Simon : Non, j’ai trouvé un bon équilibre justement entre les deux. Les deux se nourrissent vraiment. Dans les projets de cinéma, il y a un film qui sort le 29 août d’un Monsieur qui s’appelle Alain Berliner qui est un réalisateur belge qui s’appelle  » J’aurais voulu être un danseur « . Et puis par la suite, il y a des projets à la rentrée, il faut que je voie comment ça se passe exactement. On verra quand ça arrivera. Et puis il y a un scénario que j’ai écrit et que je compte bien réaliser à la fin de l’année. Enfin si on a le temps, j’espère.

Il y a bien sûr le film  » Je vais bien, ne t’en fais pas « . Est-ce que vous pensez que c’est la musique qui sert le film, ou bien le film a servi le titre  » U Turn » ?

Simon : Honnêtement, le film nous a complètement lancés. Philippe Lioret a pris des risques de dingue, car ce titre n’est pas une BO, c’est un personnage. C’est le personnage central du film. C’est un danger : si les gens n’adhèrent pas à ce titre, ils se font chier pendant tout le film. Après, peut-être qu’il y une autre forme de public qui est venu voir le film de Philippe. C’est difficile de répondre à cette question. Par Internet, les deux se sont portés, mais c’est sûr qu’à la base, la porte à été ouverte par Philippe.

Olivier : C’est clair, si le scénario avait été complètement nul, même avec une belle musique, les gens n’auraient pas été le voir.

Est-ce que vous aimeriez faire une BO d’un film ?

Olivier : Oui, c’est mon rêve. J’adorerais. Je sais que Simon aussi.

Simon : Ca me ferait triper ! ( rires )

Olivier : C’est génial de pouvoir habiller les images de ta propre musique. C’est lié.

Est-ce que vous croyez au destin ?

Simon : Je crois. Je pense que s’il y a un destin, on peut le changer comme on veut… Sinon, c’est terrible, si les choses sont écrites. Il faut juste ouvrir les yeux. Je pense que tout le monde a plus ou moins le même destin s’il le veut, à partir du moment où il a les conditions pour vivre des choses, pour avoir le temps de réfléchir.

Que sont devenus vos rêves ?

Simon : Putain, ils sont de plus en plus présents. Moi, je ne suis même pas au début du début du début de.

Olivier : On est en train de vivre une partie de nos rêves là.

Simon : Juste une petite partie, il ne faut pas s’arrêter à ça. Ce n’est pas grand-chose tout ça. C’est énorme et pas grand-chose en même temps.

Qu’est-ce que le mot  » Discordance  » évoque pour vous ?

Simon : II y a  » Disco  » et il y a  » Dance « . Donc c’est parfait, j’adore la disco et on danse super bien tous les 2. ( rires ).

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Image de : Fondateur de Discordance.

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