Concert : Baroness + Nebra à la Maroquinerie

par Melchior Tersen, le 26.01.10 | 0 commentaire | Publier dans MySpace !
Cela fait presque un mois jour pour jour que les fêtes de Noël sont passées, mais comme le colis de l’oncle qui habite à l’étranger, certains cadeaux de Noël arrivent en retard. C’est le cas de Nebra et de Baroness, groupes prestigieux programmés dans une salle à taille humaine et dont le show tombait (en plus) un samedi soir.

Ce sont les Suisses de Nebra qui lancent la soirée. La pochette de leur EP désigné par Seldon Hunt (graphiste ayant officié pour Isis, Neurosis, Kid 606) représente une Voie lactée tachée de petites comètes éparses. Spatial et nébuleux, à l’image de leur artwork, Nebra est né de chocs d’astéroïdes, d’attirance vers les trous noirs et de l’infini stellaire terrifiant. Dense, terriblement chargé, aucun répit ne sera donné à l’auditeur projeté dans un univers magmatique proche de celui de Knut ou de Celeste.

Les deux guitares sont épaulées par une lourde basse, formant un méandre adipeux, le son nous prend à la gorge, bouche nos sinus, glace les artères et nous pénètre par la trachée pour mieux parvenir à nous asphyxier. Un jeu de scène statique où le mélodique n’a pas sa place, la planète de Nebra ne possède ni forêt, ni eau, tout est aridité, précipice abrupt et volcan en activité.

Après 45 minutes de convulsion orgasmique due à cette injection de cyanure, les Suisses nous rendent notre âme kidnappée et la possibilité de pouvoir de nouveau éprouver des sentiments optimistes. Une énorme claque .

Baroness, quatuor américain formé en 2003, est une valeur sûre et fait partie de cette nouvelle scène métal qui a su écarter les clichés encombrants du genre. Exit donc les attitudes hautaines, les solos prétentieux et l’univers de bikers patriotique. Leur red album (2007) avait été l’un des albums les plus remarqués dans la sphère métal de ces dernières années, il faut dire qu’il regorgeait de pépites progressives et accrocheuses, accompagnées d’un univers visuel sorti tout droit du cerveau de l’inventeur du LSD. Attendu de pied ferme par tous les amateurs de riffs sableux de France (date unique obligée) le quatuor arrive, le sourire aux lèvres, l’accueil est triomphal. Les morceaux s’enchaînent, c’est technique, parfaitement maîtrisé, joué à la perfection.

Les deux guitaristes occupent tout l’espace, ils portent des tee-shirts sans manche et des tatouages sur lesquelles se perdent manticores franc-maçonnes, phœnix et tout un tas d’autres saloperies ésotériques. Les nouveaux morceaux sont moins progressifs, des solos heavy chevaliers apparaissent, mais tout est si bien mélangé que ça en devient cohérent. Aucun grumeau ni déchet.

Les amateurs de vin ont le petrus, le musée d’Orsay possède ses Van Gogh, ce soir nous avons eu Baroness, qui a comblé toute la salle. Il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour leur reprocher quoi que ce soit : communicants, simples, souriants, réellement touchés par le très bon accueil du public. Malgré un set de presque une heure trente dont un rappel, on regrettera sûrement l’oublie du morceau o appalachia, petite perle progressive qui rendrait tout compositeur jaloux.

Si Nebra a ouvert une brèche avec vue directe sur les abysses Baroness l’a refermé de manière magistrale avec leur rock festif et viril. Revenez quand vous voulez les amis, on vous paiera le déplacement, on vous fera des sandwichs et on ira même vous chercher jusqu’à la gare dans l’espoir de revivre une belle soirée comme celle-là. L’un de mes meilleurs concerts. Sincèrement.

Merci à Nebra et à Baroness pour cette magie blanche et une fois de plus un grand merci à Kongfuzi qui nous a régalé comme bien souvent.

Crédits photo : Melchior Tersen

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